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25 octobre 2020

Libye : le pouvoir face aux assassinats politiques


Libye : le pouvoir face aux assassinats politiques

http://www.lefigaro.fr/international/2012/10/01/01003-20121001ARTFIG00718-libye-le-nouveau-pouvoir-face-aux-assassinats-politiques.php

Par Thierry Portes Mis à jour le 01/10/2012

La dépouille
        du général Abdel Fattah Younès accompagnée par des combattants
        de la rébellion, le 29 juillet 2011, à Benghazi.
La dépouille du général Abdel Fattah Younès accompagnée par des combattants de la rébellion, le 29 juillet 2011, à Benghazi. Crédits photo : GIANLUIGI GUERCIA/AFP

À Benghazi, plus de quinze hauts gradés militaires libyens auraient été tués depuis un an et au moins autant d’attentats ont été perpétrés contre des symboles de l’État ou de l’Occident. Les enquêtes piétinent.

La mort de l’ambassadeur américain Christopher Stevens aura été le point d’orgue d’une série d’assassinats de hauts gradés militaires libyens – plus d’une quinzaine – et d’au moins autant d’attentats contre des symboles de l’État ou de l’Occident, ces derniers mois à Benghazi. Les affrontements tribaux ont été plus meurtriers à l’Ouest, près de la frontière tunisienne, ou dans les cités du désert, au sud du pays. Tripoli n’a pas été épargnée par les règlements de comptes entre brigades rebelles. Mais c’est à Benghazi, là où elle est née, que la révolution a commencé à chanceler sous les coups portés par les islamistes et les anciens kadhafistes.

Le meurtre originel aura été celui du général Abdel Fattah Younès, le 28 juillet 2011, à Benghazi. Le plus haut gradé des forces sécuritaires de la dictature passé à la révolution, dès le début de celle-ci, rassemblait sous sa coupe de «commandant en chef de l’armée de libération nationale» toutes les katiba (brigades) de combattants de la province de Cyrénaïque, la seule à l’époque à avoir secoué le joug de la dictature.

Le contrôle d’Abdel Fattah Younès sur les différents groupes de combattants de la rébellion était, certes, tout relatif. Mais avec sa mort a été enterrée l’idée même d’une armée de libération nationale. Les autorités libyennes cherchent seulement à la ressusciter aujourd’hui, un an après la fin de la dictature en octobre 2011, parce que les Américains, furieux exigent que le ménage soit fait parmi toutes ces katiba plus ou moins «loyalistes», «islamistes», «séditieuses» ou «mafieuses».

Ex-kadhafistes

Il est généralement admis que le général Younès, convoqué à Benghazi pour répondre à une enquête sur son possible double jeu avec les kadhafistes, a été assassiné par les islamistes. Ceux-ci réglaient ainsi leur compte avec leur ennemi d’hier, ce militaire qui, à la fin des années 1990, combattait le Groupe islamique combattant libyen (GICL) affilié à al-Qaida. Reprenant les armes pour la révolution, les survivants du GICL ont par la même occasion sapé les fondations d’un pouvoir révolutionnaire naissant que soutenait l’Occident.

Selon plusieurs sources, au moins trois récentes actions criminelles conduites à Benghazi seraient directement liées à l’enquête, qui venait d’être relancée, sur la mort du général Younès: les explosions qui ont endommagé le palais de justice de Benghazi dans la nuit du 26 avril 2011 ; l’attaque, tôt le lendemain matin, de la prison où est retenu Salem Obeidi, le principal accusé dans cette affaire ; puis l’assassinat, le 26 juin, du juge Jumaa al-Jazoui, qui avait convoqué le général Younès à Benghazi le jour où il tomba dans un guet-apens mortel. Comment mieux enterrer une affaire qu’en cherchant à supprimer certains dossiers gardés au tribunal, le principal accusé dans sa prison et le juge qui avait commencé à l’instruire?

L’assassinat, le 29 juillet dernier, de Souleiman Bouzraidah, un colonel des services secrets libyens tôt passé du camp de Kadhafi à celui de la révolution, serait, selon sa famille, également rattaché à cette affaire. Souleiman Bouzraidah avait sans doute une idée précise des assassins du général Younès, mais il connaissait également beaucoup d’autres secrets. Il aurait pu aussi bien être exécuté par les islamistes que par d’ex-kadhafistes.

Groupes islamistes violents

En Libye, les enquêtes piétinent. Aucune liste exhaustive des assassinats politiques n’est disponible. «Je pense que nous en sommes à dix-neuf militaires tués», assure Moustapha Bosen, un chef d’entreprise, membre des premiers exécutifs mis en place à Benghazi durant la guerre civile, et qui a gardé beaucoup de contacts. «Mais, précise-t-il, il faut différencier les assassinats de gradés des forces armées de ceux d’anciens responsables de la Sécurité intérieure sous Kadhafi.» Durant la dictature, la Sécurité intérieure était chargée de la traque de tous les opposants au régime. «Parmi les premiers rebelles, se souvient Moustapha Bosen, il y avait d’anciens prisonniers politiques, pour la plupart des islamistes. L’un, très pieux, me disait qu’il tuerait celui qui l’avait torturé dix heures de suite, même s’il le retrouvait à La Mecque!» On dit à Benghazi que des katiba islamistes, celle d’Ansar al-Charia notamment, ont également exécuté plusieurs anciens de la Sécurité intérieure, pour asseoir leur réputation. Personne en tout cas ne pleure ces tortionnaires qui avaient perdu leur métier.

Les assassinats de hauts gradés de l’armée passés à la révolution minent, en revanche, la stabilité du nouvel État. Sur au moins trois d’entre eux, les témoignages concordent. Personne ne doute en effet de la sincérité des engagements en faveur de la nouvelle Libye du colonel Souleiman Bouzraidah, attendu par un tireur aux abords de sa mosquée le 29 juillet, du général Mohammed Hadiya al-Feitouri, également tué par balles devant sa mosquée le 10 août, et du colonel de l’armée de l’air Badr Khamis al-Obeidi, abattu au volant de sa voiture, le 10 septembre dernier.

Sur ces exécutions, «l’accusation remonte directement aux anciens kadhafistes installés en Égypte», assure Mohammed al-Taynaz, le représentant du ministère de la Défense à Benghazi. Selon lui, «ces assassinats devant des mosquées visaient à orienter les soupçons vers les islamistes. Le but est de fragiliser l’institution militaire. Les kadhafistes veulent punir Benghazi d’avoir commencé la révolution. Ils savent aussi que créer de l’instabilité à Benghazi, c’est créer de l’instabilité dans tout le pays.» Un objectif que partagent aussi les groupes islamistes violents.


Kadhafi tué par un agent secret, affirment des officiels à Tripoli

Mouammar Kadhafi a-t-il été tué par un agent des services secrets français, à la faveur du lynchage  du 20 octobre 2011? C’est la thèse du quotidien italien Corriere della Sera, qui s’appuie sur une interview de l’ex-premier ministre libyen Mahmoud Jibril à la télévision égyptienne Dream TV. «Un agent étranger était infiltré avec les brigades révolutionnaires pour tuer le colonel Kadhafi», a déclaré Jibril. Le quotidien italien cite ensuite des «sources diplomatiques à Tripoli» qui spéculent: «Si c’était le cas,  cet agent serait forcément français», car «Sarkozy avait de nombreuses raisons de faire taire Kadhafi».  Selon le spécialiste de la Libye  Patrick Haimzadeh, «si des Français  ont formé des combattants libyens,  on les voit mal leur donnant l’ordre d’abattre le colonel, et a fortiori commettant le meurtre eux-mêmes.»Mahmoud Jibril chercherait à occuper le paysage médiatique et à faire oublier son passé de collaborateur  de Kadhafi, ajoute le chercheur.

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About : Ginette Hess Skandrani

Écologiste, membre co-fondatrice des Verts, présidente de "La Pierre et l'Olivier" réseau de solidarité avec le peuple de Palestine, Co-fondatrice de la commission d'enquête non gouvernementale sur la vérité en Libye,