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26 novembre 2020

«Nous avons négligé la région du Sahel»


Abdelaziz Rahabi. Diplomate

«Nous avons négligé la région du Sahel»

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le 11.10.12 |

EL WATAN

La nomination d’un émissaire de l’ONU pour le Sahel «après une large consultation au sein du Conseil de sécurité consacre définitivement le caractère international de la crise malienne», estime M. Rahabi. Reste que «l’Algérie a-t-elle le temps de convaincre et les moyens d’influer sur la situation ?», s’interroge le diplomate.

– L’option d’une intervention militaire au Mali semble se préciser. Pensez-vous qu’elle est inévitable ?
La nomination, hier, d’un émissaire de l’ONU pour le Sahel après une large consultation et un consensus au sein du Conseil de sécurité consacre définitivement le caractère international de la crise. Nous n’étions déjà plus au stade des options dès lors que le Mali avait lui-même demandé l’envoi d’une force internationale ouverte, dit-il, à tous ceux qui voudraient y participer. Il n’a pu le faire qu’après concertation avec la France et les USA qui ont besoin d’une couverture du Conseil de sécurité pour l’envoi d’une force de la Cédéao qui servira elle-même de couverture à des opérations ciblées et ponctuelles des armées occidentales. La question qui se pose aujourd’hui est de savoir si l’Algérie a encore le temps de convaincre et les moyens d’influer sur la situation.

 

– Justement, comment analysez-vous la position d’Alger qui est visiblement opposée au recours à une opération militaire ?
Le fait de rejeter une intervention étrangère à ses frontières est une position doctrinale connue de tous et l’Algérie ne doit pas manquer une occasion de le faire, car l’histoire de chaque pays détermine en grande partie ses principes de politique étrangère. Mais cela n’est pas suffisant. Nos dirigeants, qui sont d’une sensibilité pathologique aux flatteries des puissants, n’ont pas réalisé qu’ils ont favorisé la mise en place du scénario pakistanais à nos frontières en se laissant convaincre, ces dernières années, par le rôle d’allié et de rempart contre le terrorisme international conféré par des puissances occidentales, notamment les Etats-Unis d’Amérique, la Grande-Bretagne et la France.

On a fait croire à l’Algérie qu’elle avait l’expérience et les moyens et qu’elle pouvait compter sur l’assistance militaire des Occidentaux. Cela a eu pour effet de mieux l’exposer et d’en faire la cible privilégiée du terrorisme international. Nous n’avons pas tiré toutes les leçons de l’expérience pakistanaise, notamment des zones tribales sous administration fédérale (Fata) qui échappent à l’autorité des Etats.

 

– L’Algérie a-t-elle raison d’agiter la menace du chaos en cas d’intervention militaire ?

Notre pays a toutes les raisons de s’inquiéter, car les frontières représentent par définition un front potentiel ou actif. Et si l’on observe la situation dans notre région, nous réalisons que l’Algérie a rarement vécu une conjoncture aussi délicate. Elles sont instables avec la Mauritanie et le Maroc et hostiles avec le Mali et la Libye. D’autre part, les mouvements armés dans cette région sont mieux équipés, mieux organisés et plus motivés que les armées régulières des pays du Sahel. Ils sont financés en partie par les pays occidentaux qui ont cédé au chantage et payé près de 90 millions de dollars de rançons, ce qui représente près de 10% des budgets du Mali et du Niger.

 

– Le Mujao, par exemple, qui ne cible que l’Algérie à travers les attentats de Tindouf, Tamanrasset, Ouargla et l’enlèvement des diplomates à Gao, confirme que son mandat vise essentiellement la déstabilisation de l’Algérie. Tout indique qu’il exécute une feuille de route de pays tiers, que les Etats du Sahel n’ont plus d’autorité sur leur territoire et que les puissances occidentales n’ont plus le monopole de l’intervention par procuration. Comment peut-on qualifier la position de Washington qui, d’un côté privilégie un règlement politique, et d’un autre ne ferme pas la porte à une solution militaire ?
Il est inutile de mettre en contradiction les positions des Occidentaux, car elles visent le même objectif, celui de tout faire pour que le Sahel ne se transforme pas en un nouveau Pakistan de la région et devienne une menace pour leur sécurité nationale. Les deux options ne sont pas contradictoires et, dans ce cas précis, le règlement politique de la crise malienne n’est pas envisagé par la France et les USA comme une garantie de stabilité du Mali à court terme. L’Algérie estime, pour sa part, que cela est encore possible.

 

– Pourquoi, d’après vous, y a-t-il soudainement un intérêt accru des puissances mondiales pour la région du Sahel ? Au-delà de l’insécurité qui y règne, que se joue-t-il dans cette région ?
Il s’y joue tout simplement une lutte d’influence entre les puissances et entre celles-ci et le terrorisme international, le trafic d’armes et de drogue. Les zones de confrontation dans le monde ne sont pas figées et celle du terrorisme international s’est déplacée, en 10 ans du Pakistan vers l’Afrique, car le Sahel présente les meilleures conditions d’accueil : des Etats fragiles, la pauvreté, le tribalisme et la corruption. En fait, tous les ingrédients qui favorisent l’influence des mouvements djihadistes et l’intervention étrangère.
Pour notre part, nous avons mis ces dernières années beaucoup d’énergie dans le dossier du Soudan alors que sa partition était, pour tout le monde, évidente et inéluctable, et dans celui du Nepad juste pour avoir un strapontin pendant quelques années dans le G8, un cercle mondain des puissants du monde. Nous avons négligé cette région du Sahel dans laquelle ni le chef d’Etat ni son ministre des Affaires étrangères n’ont effectué de visite. Il ne nous reste plus alors qu’à nous préparer à la gestion des dommages collatéraux de cette crise.

Hacen Ouali

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About : Ginette Hess Skandrani

Écologiste, membre co-fondatrice des Verts, présidente de "La Pierre et l'Olivier" réseau de solidarité avec le peuple de Palestine, Co-fondatrice de la commission d'enquête non gouvernementale sur la vérité en Libye,