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25 octobre 2020

La Libye sème la panique au Maghreb


La Libye sème la panique au Maghreb

Le Point.fr – Publié le

Maroc, Algérie et Tunisie craignent de voir le chaos libyen déborder chez eux. Dans les trois pays, l’armée a demandé à des officiers de différer leurs congés.

Le chaos libyen fait peur aux pays du Maghreb.
Le chaos libyen fait peur aux pays du Maghreb. © MAHMUD TURKIA / AFP
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Intox ou menaces réelles ? Le chaos grandissant en Libye met les responsables maghrébins sur les dents. La situation libyenne est, il est vrai, inquiétante : le pays, immense et peu peuplé aux frontières poreuses, n’est plus gouverné depuis de longs mois. Les milices y font la loi et le pays est en voie de « somalisation ». Aussi, les rumeurs se multiplient-elles sur des menaces islamistes de djihadistes liés à al-Qaida – voire à l’État islamique – qui prépareraient une campagne d’attentats à partir de la Libye. On parle de tunnels creusés sous la frontière libyo-algérienne, voire algéro-marocaine, pour faire entrer des armes et des explosifs… Douteux.

Faute d’informations précises de la part des autorités maghrébines, c’est le récent bombardement à Tripoli, de milices, par des avions inconnus, qui a semé la panique au Maghreb, obligeant la France et les États-Unis à déclarer qu’ils étaient étrangers à ce raid. Mardi 19 août, le suspens a pris fin. Officier libyen dissident, le général Khalifa Hattar a annoncé être à l’origine du bombardement. On ignorait qu’il disposait d’avions… Les autorités libyennes affirment que les avions sont étrangers. Pourraient-ils être égyptiens ? Car Hattar et le président égyptien, le maréchal Sissi, avec lequel il partage une même détestation des islamistes, sont proches…

Les responsables maghrébins prennent néanmoins les menaces au sérieux. Est-ce à l’approche du 11 septembre ? Ou à la suite d’informations américaines fournies, semble-t-il, à la mi-août, aux différentes capitales ? Quoi qu’il en soit, dans les trois pays (Tunisie, Algérie, Maroc), l’armée a demandé à ses officiers de différer leurs congés.

Réelle inquiétude

Au Maroc, pays pourtant le plus éloigné de la Libye, les Far (Forces armées royales) ont déployé un vaste dispositif (missiles sol-air, batteries de défense anti-aériennes…) depuis le 15 août, pour s’assurer de la sécurité des lieux stratégiques. Du matériel militaire est visible près du phare, sur la côte, au centre de Casablanca. Tanger et Marrakech sont aussi ostensiblement gardés. L’armée reste évidemment muette, mais semble craindre une attaque aérienne et des infiltrations venant de la frontière algérienne. Le 19 août, des hélicoptères survolaient la frontière entre les deux pays.

En Algérie, le déploiement de forces est moins spectaculaire, mais l’inquiétude apparemment aussi réelle. La gendarmerie ratisse, en particulier, la région frontalière avec la Tunisie, craignant les djihadistes venus de Libye qui disposent de complicités dans le massif des Chambas qui abrite des « barbus » tunisiens. Récemment, le Premier ministre algérien, Abdelmalek Sellal, déclarait que la situation sécuritaire en Libye ne pouvait être tolérée plus longtemps, suscitant immédiatement dans la presse une interrogation sur une éventuelle intervention algérienne. Il n’en est rien dans l’immédiat. L’Algérie a toujours refusé d’envoyer son armée hors de ses frontières. Alger préfère jouer la carte diplomatique. En Libye, comme elle le fait au Mali, où Alger sert d’intermédiaire entre le gouvernement et les groupes armés du nord du pays, l’Algérie tente de réconcilier la famille libyenne. En vain.

Les esprits évoluent cependant : récemment, le ministre algérien des Affaires étrangères, Ramtane Lamamra, déclarait qu’il faudrait constituer une force des pays d’Afrique du Nord (qui pourrait inclure l’Égypte), sous l’égide de l’Union africaine (comme il y en a une en constitution en Afrique subsaharienne). Les États-Unis et la France, soucieux de ne pas intervenir au Maghreb et de ramener la sécurité en Libye, pays pétrolier important, poussent à une telle solution, qui permettrait aux pays maghrébins de lutter contre leurs djihadistes. Un problème : que ferait le Maroc ? Le royaume est hors de l’Union africaine depuis 1984, lorsque ce qui était alors l’OUA a admis la République arabe sahraouie en son sein. Son actuel déploiement de forces ne signifie-t-il pas aussi que rien ne peut se faire sans le Maroc ?

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About : Ginette Hess Skandrani

Écologiste, membre co-fondatrice des Verts, présidente de "La Pierre et l'Olivier" réseau de solidarité avec le peuple de Palestine, Co-fondatrice de la commission d'enquête non gouvernementale sur la vérité en Libye,