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27 octobre 2020

À Milan les pourparlers sur le gaz sont dans l’impasse



Editions Démocrite

20/10/2014

 

Ukraine

À Milan les pourparlers sur le gaz sont dans l’impasse

par Alexander Mercouris

Impasse à Milan

Les informations concernant le sommet de Milan arrivent toujours au compte-gouttes. Toutefois il est clair qu’il n’y a pas eu de percée et que la crise ukrainienne est restée dans l’impasse. Porochenko a déclaré que les «paramètres» d’un accord sur le gaz avaient été trouvés, mais il semble que rien de tel ne se soit produit.

Le commentaire le plus insipide de la journée a été formulé par van Rompuy, avec son constat de «progrès» dans le fait que Poutine aurait dit ne pas vouloir que le conflit en Ukraine ne gèle et que l’est de ce pays ne devienne une autre Transnistrie. Pour saisir l’absurdité de ce commentaire il faut juste imaginer Poutine dire solennellement le contraire aux Européens: «nous voulons que le conflit en Ukraine gèle et que l’est de ce pays devienne une autre Transnistrie!»

Ce n’est pas pour la première fois que Poutine apparait comme un homme entouré de nains.

Si j’ai bien compris, l’idée d’un petit déjeuner de travail entre Poutine et les dirigeants européens, vient d’Angela Merkel. Avec les économies allemandes et européennes en difficulté, en partie à cause de la politique de sanctions qu’elle a elle-même imposé, Merkel a besoin que cette crise prenne fin. Entretemps elle n’ose pas tenir tête aux États-Unis et à leurs alliés européens, ainsi qu’aux atlantistes allemands. Elle voudrait que Poutine cède devant toutes leurs demandes, et qu’il la sorte ainsi du pétrin dans lequel elle s’est elle-même mise. Elle pensait arriver à ses fins en mettant la «pression» sur Poutine (c’était l’objet de cette réunion petit déjeuner), mais déconcertée devant son échec a pris un air renfrogné de colère.

Habituée à intimider d’autres dirigeants européens et à obtenir ce qu’elle veut, Merkel, face à un adversaire de son niveau, est restée sans réaction. Elle me rappelle Obama, il y a deux ans, qui est également reparti déconcerté et en colère après un tête à tête avec Poutine lors d’un sommet sur la crise syrienne.

En attendant, alors que les économies européenne et allemande ralentissent, l’économie russe s’accélère, malgré la baisse du prix du pétrole; en même temps la désintégration de l’Ukraine prend de l’élan. En politique et en diplomatie, comme à la guerre, il est nécessaire de savoir quand se replier avant que la situation ne se transforme en déroute. Les Européens ne font montre ni de cette capacité ni de cette compréhension. Par conséquent nous sommes les témoins d’une déroute.

 

Les pourparlers sur le gaz à Milan

Plus les informations ruissellent des pourparlers sur le gaz à Milan, plus l’image qu’y s’en dessine est laide.

Depuis le mois de juin, les Russes disent que le prix contractuel du gaz fourni à l’Ukraine est de $485 les 1.000 mètres cubes, mais qu’ils sont prêts à offrir, sur une base temporaire, une réduction de $100/1.000 m3, portant ainsi le prix du gaz à l’Ukraine cet hiver à $385/1.000 m3. Seule condition, l’Ukraine doit régler ses arriérés et payer à l’avance les livraisons de gaz.

Les Russes n’ont jamais dévié de cette position. Les Ukrainiens n’ont pas cessé de la rejeter.

D’après ce que j’ai compris, la position ukrainienne est que pour eux le prix «correct» pour le gaz russe serait de $269/1.000 m3, prix que Ianoukovitch aurait obtenu grâce aux réductions qu’il avait négocié avec Poutine en décembre dernier. Les Ukrainiens insistent pour que tous les arriérés soient recalculés sur la base de ce prix et que ce n’est qu’après qu’ils envisageront de les payer. Entretemps et sous la pression européenne, ils ont dit accepter de payer unprix plus élevé (apparemment $320/1.000 m3) à titre temporaire, jusqu’à ce que le différend soit réglé. Cependant, ils insistent pour que les versements au cours de cette période soient pour le gaz fourni et non pas pour le règlement des arriérés.

Je ne vais pas détailler l’absurdité de la position ukrainienne qui considère que le prix proposé à Ianoukovitch, sous des conditions que l’Ukraine n’a jamais remplies, comme le prix «correct» à substituer au prix contractuel convenu. Hormis les Ukrainiens, personne, ni même les Européens n’en sont convaincus.

Revenons sur ce qui s’est passé à Milan. Pour moi, l’attitude des hommes politiques ukrainiens demeurent mystérieuse. Alors que publiquement ils surenchérissent entre eux sur celui qui sera le plus dur avec la Russie, dès qu’ils se trouvent face à face avec Poutine pour négocier sur les questions de gaz se décomposent, se révélant de spectaculairement mauvais négociateurs. Nous avons vu cela se produire avec Timochenko en 2009 et nous venons de le voir se reproduire avec Porochenko à Milan.

En bref, plus tôt dans la journée, Porochenko avait déclaré que les «paramètres» d’un accord gazier avec la Russie avaient été établis. Cette annonce a provoqué une brève agitation donnant lieu à des expressions d’espoir y compris dans les titres des journaux, et même dans la déclaration de Hollande affirmant que les deux parties avaient presque surmonté leurs différences.

Il s’est avéré, alors que la journée avançait, que les «paramètres» dont Porochenko disait avoir convenues avec la Russie, étaient les mêmes que l’offre initiale russe. En d’autres termes Porochenko avait cédé, peut-être sans s’en rendre compte, aux demandes de M. Poutine.

Poutine a même dit que la question qui restait en suspens était de savoir comment l’Ukraine allait trouver l’argent pour s’acquitter des obligations dans lesquelles elle venait de s’engager. Il a avancé comme suggestion que les Européens paient pour le gaz et les arriérés, soit directement, soit par l’intermédiaire d’un nouveau prêt du FMI à l’Ukraine. C’est quelque chose que les Européens ont toujours refusé de faire.

Quoi qu’il en soit, quand finalement Porochenko s’est aperçu que les «paramètres» auxquels il avait consenti n’étaient autres que ceux que les Russes exigeaient depuis le début, sa réaction a été de quitter théâtralement énervé la réunion organisée à la hâte avec Poutine, et d’annoncer que tout compte fait il n’y avait pas d’accord.

Poutine a pour sa part maintenu la position de la Russie et déclaré publiquement que celle-ci ne fournirait pas à crédit du gaz à l’Ukraine (à quoi rime la contre-proposition ukrainienne) et que «c’était final».

Il semble donc que nous soyons dans une impasse, et en dépit de certains titres de journaux parus plus tôt dans la journée, qu’il n’y ait pas de progression réelle. Pendant ce temps Porochenko s’est ridiculisé face à tous les dirigeants d’Europe et d’Asie. Les discussions sur le gaz qui auront lieu le 21 octobre 2014 viennent d’être rendues plus difficiles.

Poutine, juste avant d’aller à Milan, avait déclaré que la Russie se réservait le droit de réduire la quantité de gaz acheminé vers l’Europe par l’Ukraine, si cette dernière devait recommencer à voler le gaz destiné à d’autres clients. C’est d’ailleurs ce que la Russie avait fait en 2009 et il ne fait aucun doute que c’est ce qu’elle fera à nouveau. Sauf si les Européens adressent un ultimatum à Porochenko pour qu’il accepte l’offre russe, une coupure totale de gaz se profile.

18 octobre, 2014

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About : Ginette Hess Skandrani

Écologiste, membre co-fondatrice des Verts, présidente de "La Pierre et l'Olivier" réseau de solidarité avec le peuple de Palestine, Co-fondatrice de la commission d'enquête non gouvernementale sur la vérité en Libye,