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29 novembre 2020

Sauver des vies ? C’est simple comme ouvrir les frontières


Sauver des vies ? C’est simple comme ouvrir les frontières

par Jean Level

samedi 3 janvier 2015

Alors que ces derniers jours deux cargos remplis de migrants ont été à deux doigts de s’écraser sur les côtes Italiennes, un rappel s’impose : personne ne meurt en franchissant des frontières ouvertes. Pour sauver des vies, nous pourrions donc commencer par arrêter de financer la mort.

Sur les neuf premiers mois de 2014, plus de 3000 personnes sont mortes en tentant de franchir « illégalement » la Méditerranée. Et des centaines de plus ont perdu la vie en tentant de rejoindre les Etats-Unis depuis les pays plus au Sud. On dit que c’est la mer qui tue les premières, et le désert qui a raison des secondes. Comme si en 2014 les eaux et le sable étaient encore un obstacle pour des gens prêts à dépenser des milliers d’euros (ce qu’ils donnent à leur passeur) pour un aller simple, alors qu’un billet d’avion ne leur en aurait coûté que quelques centaines.

Ce sont les frontières humaines qui tuent, pas les frontières naturelles.

D’ailleurs en 2014, aucun des milliers de voyageurs entre la France continentale et la Corse n’est mort, et ce malgré la « frontière naturelle » Méditerranée. Et cette même Méditerranée n’a tué aucun Européen se rendant en Libye, alors que dans le même temps des centaines de migrants tentant le voyage dans l’autre sens (et souvent en payant plus cher) ont disparu en mer. La différence ? Pas la distance, le trajet est le même. Ni les moyens, vu que les personnes décédées avaient payé leur passage au prix fort. La différence c’est que pour les premiers, obtenir l’autorisation de passage c’est simple comme un dossier administratif, alors que pour les seconds c’est quasiment mission impossible. La différence c’est qu’aux premiers on autorise les moyens de transport sûrs, alors qu’on les interdit aux seconds. Pas d’avion ou de ferry pour eux : s’ils veulent passer, ça sera clandestinement, avec les dangers qui vont avec. Pas d’avion ou de route sûre (elles existent, évidemment) pour le Mexicain qui veut passer aux Etats-Unis : pour lui ça sera le désert dans ce qu’il a de plus terrible. La frontière naturelle n’est depuis longtemps plus suffisante pour rendre une migration mortelle sans action humaine pour la renforcer.

Non seulement cette frontière naturelle n’est pas suffisante, mais en elle n’est même pas nécessaire pour tuer les migrants, car l’action humaine peut se suffire à elle-même. Aucun obstacle naturel n’existait entre la RFA et la RDA. Juste un mur, un rideau de fer de 5km de large et qui a tué des centaines de personnes, là où aujourd’hui plus personne ne meurt

Si la vie humaine prévaut, alors il faut laisser circuler les gens.

On peut imaginer deux moyens d’éviter ces morts : le premier c’est de rendre l’immigration encore plus difficile et dangereuse, pour décourager les migrants. C’est ce que tentent les Etats-Unis. Le résultat ? Même quand les flux de migrants diminuent, le nombre de morts augmente. Car ceux qui ne sont pas découragés par la difficulté sont alors obligés d’emprunter des voies de plus en plus dangereuses. Comme souvent, quand la répression parvient réduire à un phénomène grâce à la peur qu’elle provoque, elle plonge aussi ceux qui restent dans plus de clandestinité, avec les risques pour la vie qui vont avec (un exemple flagrant étant sans doute l’avortement).

Le seul vrai moyen de sauver ces vies et donc de laisser les frontières ouvertes. C’est de cesser d’interdire aux gens d’emprunter des moyens de circulation sûrs, et qu’on n’a même pas besoin de payer pour eux, vu qu’ils payent déjà leur trajet aujourd’hui. Pour celui ou celle qui place la vie humaine au dessus de tout, c’est la seule position cohérente.

Car vouloir maintenir ou accentuer les freins aux migrations revient à placer quelque chose avant cette vie : pour certains ce « quelque chose » sera une certaine vision de l’économie, pour d’autres ce sera une idée de ce doit être la société, ou toute autre raison ou valeur, mais au final tous affirment, explicitement ou non, que cette valeur vaut le sacrifice des migrants. A moins bien sûr de se réfugier derrière l’affirmation que « si ils ne voulaient pas mourir, ils n’avaient qu’à rester chez eux », comme si le fait que le candidat à la migration sache que le voyage est risqué suffisait à dédouaner ceux qui soutiennent la création de ces dangers.

 

Les progrès techniques permettent de s’affranchir toujours plus facilement des frontières naturelles et de la menace qu’elles peuvent représenter pour la vie. Si bien qu’aujourd’hui les seuls qui y sont exposés sont ceux à qui on interdit l’utilisation de ces moyens de voyager en sûreté, interdiction que nous finançons collectivement. Chaque décès de migrant est facilement évitable, et tous ceux qui respectent fondamentalement la vie humaine doivent se poser la question : « Est-il acceptable que l’argent de tous serve à mettre en place les conditions de la mort d’autrui, via la limitation de sa Liberté de circula

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About : Ginette Hess Skandrani

Écologiste, membre co-fondatrice des Verts, présidente de "La Pierre et l'Olivier" réseau de solidarité avec le peuple de Palestine, Co-fondatrice de la commission d'enquête non gouvernementale sur la vérité en Libye,