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21 juin 2021

Au premier rang pour saluer


http://www.france-palestine.org/Au-premier-rang-pour-saluer

Au premier rang pour saluer
Par Uri Avnery
Lundi 19 Janvier  2015

Les trois terroristes islamiques auraient pu être très fiers d’eux  s’ils
avaient vécu pour le voir.

En commettant deux attaques, assez  banales selon les normes israéliennes,
ils ont semé la panique dans toute la  France, jeté des millions de
personnes dans les rues, réuni plus de quarante  chefs d’états à Paris. Ils ont
modifié le paysage de la capitale française et  d’autres villes de France en
mobilisant des milliers de militaires et de  policiers pour protéger des cibles
potentielles juives ou autres. Pendant  plusieurs jours ils ont fait la une
des informations du monde entier, trois  terroristes, agissant probablement
seuls, trois.

Pour d’autres  terroristes islamiques potentiels d’Europe et d’Amérique,
cela doit représenter  un énorme succès. C’est une invitation pour des
individus et des groupuscules à  refaire la même chose, partout.
Le terrorisme signifie répandre la peur. Les  trois de Paris ont à coup sûr
réussi à le faire. Ils ont terrorisé la population  française. Et si trois
jeunes sans aucune qualification peuvent faire cela,  imaginez ce que
pourraient faire trente, ou trois cent.
Franchement, je  n’aime pas les énormes manifestations. J’ai participé
dans ma vie à beaucoup de  manifestations, peut-être plus de cinq cent, mais
toujours contre les pouvoirs  en place. Je n’ai jamais participé à une
manifestation à l’appel du  gouvernement, même pour une bonne cause. Cela me
rappelle trop l’ancienne union  soviétique, l’Italie fasciste et pire, pas pour
moi, merci.
Mais cette  manifestation particulière fut aussi contre-productive. Non
seulement elle a  prouvé que le terrorisme est efficace, non seulement elle
incite à des attaques  similaires, mais elle porte aussi atteinte au vrai
combat contre les  fanatiques.

Pour mener un combat efficace, on doit se mettre dans la peau  des
fanatiques pour tenter de comprendre la dynamique qui pousse de jeunes  musulmans
nés sur place à commettre de tels actes. Qui sont-ils ? À quoi  pensent-ils ?
Quels sont leurs sentiments ? Dans quel environnement ont-ils  grandi ? Que
peut-on faire pour les faire changer ?
Après des décennies de  désintérêt, c’est une rude tâche. Cela demande du
temps et du travail, sans  garantie de résultats. Il est beaucoup plus facile
pour les politiques de  défiler dans la rue devant les caméras. Et qui
marchait au premier rang,  rayonnant comme un vainqueur, notre irremplaçable
Benjamin  Netanyahou.

Comment a-t-il fait pour arriver là ? Les faits se sont  déroulés en un
temps record. Il semble qu’il n’était absolument pas invité. Au  contraire, le
président François Hollande lui avait adressé un message  explicite, je
vous en prie, ne venez pas. Cela ferait de la manifestation une  expression de
solidarité avec les juifs, au lieu d’une protestation publique en  faveur de
la liberté de la presse et d’autres « valeurs républicaines ».

Benjamin Netanyahou vint malgré tout, escorté de deux ministres  d’extrême
droite.

Placé au second rang, il fit ce que font les  israéliens, il a poussé de
côté un président noir africain placé devant lui pour  se mettre lui-même au
premier rang.
Une fois-là, il se mit à adresser des  signes aux gens sur les balcons le
long du parcours. Il était rayonnant, comme  un général romain à son défilé
triomphal.
On peut imaginer les sentiments de  François Hollande et des autres chefs d’
états, qui tentaient d’afficher une  attitude solennelle et triste de
circonstance, face à cette manifestation de  culot.
Benjamin Netanyahou est venu à Paris dans le cadre de sa campagne
électorale. En vétéran chevronné, il savait que trois jours à Paris, avec la  visite
de synagogues et des discours juifs et fiers, valaient plus que trois
semaines à domicile, à polémiquer.
Le sang des quatre juifs assassinés dans  le supermarché kascher n’était
pas encore sec, que les dirigeants israéliens  appelaient les juifs de France
à faire leurs bagages pour venir en Israël.  Israël est, comme chacun sait, l
’endroit le plus sûr au monde. C’était là une  réaction sioniste
instinctive, presque automatique. Les juifs sont en danger.

Leur seul refuge sûr est Israël. Hâtez-vous de venir. Le jour suivant,  les
journaux israéliens annonçaient joyeusement qu’en 2015 plus de dix mille
juifs français étaient près à venir vivre ici, poussés par un antisémitisme
croissant.

Apparemment, il y a beaucoup d’antisémitisme en France et dans  les autres
pays d’Europe, mais probablement beaucoup moins que d’islamophobie.  Mais
la lutte entre juifs et arabes sur le sol français à peu de rapports avec  l’
antisémitisme. C’est un combat importé d’Afrique du Nord.

Quand la  guerre de libération algérienne éclata en 1954, les juifs de
là-bas durent  choisir leur camp. Presque tous choisirent de soutenir la
puissance coloniale,  la France, contre le peuple algérien.

Il y avait à cela des antécédents  historiques. En 1870, le ministre
français de la justice, Adolphe Crémieux, qui  se trouvait être juif, accorda la
citoyenneté française à tous les juifs  algériens, les distinguant de leurs
voisins musulmans.

Le Front de  Libération Algérien (FLN) fit de gros efforts pour amener les
juifs locaux à  prendre parti pour lui. Je le sais parce que je fus quelque
peu concerné.

Leur organisation clandestine en France me demanda de créer un groupe de
soutien israélien, afin de convaincre nos coreligionnaires algériens.

Je  fondai le « comité israélien pour une Algérie libre » et éditai des
documents  qui furent utilisés par le FLN pour gagner les juifs à leur cause.

En  vain, les juifs locaux, fiers de leur citoyenneté française,
apportèrent  loyalement leur soutien aux colonialistes. À la fin, les juifs jouèrent
un rôle  important dans l’OAS, le mouvement français extrémiste clandestin
qui mena une  lutte sanglante contre ceux qui combattaient pour la liberté. Il
en résulta que  tous les juifs fuirent l’Algérie en même temps que les
français lorsqu’arriva le  jour du choix. Ils n’allèrent pas en Israël.

Ils allèrent presque tous  en France, à la différence des juifs marocains
et tunisiens, dont beaucoup  vinrent en Israël. En général, les plus pauvres
et les moins éduqués choisirent  Israël, tandis que l’élite d’éducation
française alla en France et au  Canada.

Nous assistons maintenant à la poursuite de cette guerre sur le  sol
français entre musulmans et juifs algériens. Les juifs « français » tués  lors de l
’attaque avaient tous les quatre des noms nord-africains et ils ont été
enterrés en Israël.

Pas sans difficultés, le gouvernement israélien a  exercé de fortes
pressions sur les quatre familles pour enterrer leurs fils ici.  Elles voulaient
les enterrer en France, près de chez eux.
Après beaucoup de  marchandage sur le prix des tombes, les familles ont
fini par donner leur  accord.

On a dit que les israéliens aiment l’immigration mais qu’ils  n’aiment pas
les immigrants. Cela vaut certainement pour les nouveaux immigrants  «
français ». Ces dernières années, des touristes « français » sont venus ici en
grand nombre.

Ils n’ont pas été souvent appréciés. En particulier  lorsqu’ils se sont
mis à acheter tous les appartements sur le front de mer de  Tel Aviv en les
laissant vides, comme une sorte d’assurance, tandis que les  jeunes locaux ne
pouvaient ni trouver ni se payer des appartements dans la  région
métropolitaine. Pratiquement tous ces touristes et immigrants « français  » sont d’
origine nord-africaine.

Quand on leur demande ce qui les pousse  à venir en Israël, ils répondent
de façon unanime, l’antisémitisme. Ce n’est pas  un phénomène nouveau. En
réalité, la grande majorité des israéliens, eux-mêmes  ou leurs parents ou
leurs grands-parents, furent conduits par l’antisémitisme à  venir ici.

Les deux termes, antisémitisme et sionisme, sont apparus à peu  près en
même temps, vers la fin du dix-neuvième siècle. Theodor Hertzl, le  fondateur
du mouvement sioniste, en conçut l’idée lorsqu’il travaillait en  France
comme correspondant étranger d’un journal de Vienne pendant l’affaire
Dreyfus, lorsqu’un antisémitisme virulent en France atteignit de nouveaux  sommets.

Antisémitisme, cela va de soi, n’est pas le mot qui convient.  Les arabes
sont des sémites, eux aussi. Mais le mot est en général employé pour
désigner seulement ceux qui ont la haine des juifs.

Plus tard, Theodor  Herzl courtisa les dirigeants ouvertement antisémites
de Russie et d’ailleurs,  les appelant à l’aide et promettant de les
délivrer des juifs.

C’est  aussi ce qu’ont fait ses successeurs. En 1939, l’Irgoun clandestin
projeta une  invasion de la Palestine avec l’aide de généraux profondément
antisémites de  l’armée polonaise. On peut se demander si l’état d’Israël
aurait pu voir le jour  en 1948 s’il n’y avait pas eu l’Holocauste.
Récemment, un million et demi de  juifs russes ont été poussés en Israël par l’
antisémitisme.

Le sionisme  est né à la fin du dix-neuvième siècle en réponse directe au
défi de  l’antisémitisme. Après la révolution française, la nouvelle idée
nationale s’est  emparée de toutes les nations européennes, grandes et petites,
et les mouvements  nationaux étaient dans leur ensemble plus ou moins
antisémites.

La  croyance fondamentale du sionisme est que les juifs ne peuvent vivre
nulle part  ailleurs que dans un état juif, parce que la victoire de l’
antisémitisme est  partout inéluctable. Que les juifs d’Amérique se réjouissent de
leur liberté et  de leur prospérité, tôt ou tard cela prendra fin.

Ils sont condamnés  comme les juifs de partout en dehors d’Israël.

La nouvelle atrocité de  Paris ne fait que confirmer cette croyance
fondamentale. Il y a eu très peu de  commisération en Israël. Plutôt, un sentiment
inavoué de triomphe. La réaction  instinctive des israéliens ordinaires est
« on vous l’avait dit » et aussi «  venez vite, avant qu’il ne soit trop
tard ».

J’ai souvent tenté  d’expliquer à mes amis arabes que les antisémites sont
les plus grands ennemis  du peuple palestinien. Les antisémites ont aidé à
pousser les juifs vers la  Palestine et ils sont aujourd’hui en train
refaire la même chose. Et certains  des nouveaux immigrants vont à coup sûr s’
installer au-delà de la Ligne Verte  dans les territoires palestiniens occupés,
sur des terres arabes  spoliées.

Le fait qu’Israël tire profit de l’attentat de Paris a conduit  des médias
arabes à penser que toute l’affaire n’est en réalité qu’une opération  «
sous fausse bannière ». Donc, dans le cas présent, les auteurs arabes étaient
en réalité manipulés par le Mossad israélien.

Après un crime, la première  question qui vient à l’esprit est « cui bono
», à qui cela profite ? Il est  évident que le seul à sortir vainqueur de
cette atrocité est Israël. Mais en  tirer la conclusion qu’Israël est derrière
les djihadistes est une pure  absurdité.

Il est clair que l’ensemble du djihadisme islamique sur le  territoire
européen ne nuit qu’aux musulmans. Les fanatiques de toutes espèces  viennent
généralement en aide à leurs pires ennemis. Les trois musulmans qui ont
perpétré les atrocités de Paris ont certainement rendu un grand service à
Benjamin Nétanyahou.

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Je suis Hassanna Aalia

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