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30 octobre 2020

Boko Haram : que peut-on attendre des 300 militaires américains que Barack Obama déploie au Cameroun ? Sélection


Boko Haram : que peut-on attendre des 300 militaires américains que Barack Obama déploie au Cameroun ?

Décryptage par Onesiphore Nembe, notre expert des questions sécuritaires dans la région du Lac Tchad.

En visite le 20 juillet dernier aux Etats-Unis, Muhammadu Buhari espérait un important soutien militaire américain, sauf que le nouveau chef d’Etat nigérian comptait sans savoir que son pays était sous embargo militaire pour cause d’exactions commises dans la guerre contre Boko Haram par les soldats nigérians. Au bout de quatre jours de discussion avec la puissance américaine, la délégation présidentielle est repartie pour Abuja avec un prêt de 2,1 milliards de dollars obtenus grâce à l’intervention américaine auprès du FMI. Côté militaire le refus a été sans appel. Depuis lors la position américaine dans cette guerre est devenue floue.

Un récent rapport condamnait les militaires camerounais pour des exactions commises sur le champ de bataille, la même raison évoquée pour refuser la vente et l’offre du matériel militaire à la puissance nigériane. Du coup on se demande si l’Amérique applique la politique de deux poids deux mesures entre le Cameroun et le Nigeria ?

L’annonce au congrès ce mercredi 14 octobre par Barack Obama de l’envoi d’une troupe américaine de 300 soldats au Cameroun montre un revirement de la position des Etats-unis. Ces militaires qui ont commencé leur débarquement au Cameroun selon une source qui a requis l’anonymat, pourraient traduire une intention de soutenir les forces armées qui combattent contre les islamistes et pas de soutenir le Nigeria avec qui l’Amérique est à couteaux tirés sur plusieurs dossiers. Et puis l’Amérique apporte l’expertise militaire au Cameroun et pas l’armement, un fait qui montre que l’administration Obama reste juste dans ses principes.

300 soldats américains armés sur le sol camerounais

Mais pendant que les éléments américains déployés au Cameroun sont armés « afin de pouvoir se défendre » selon le courrier de Barack Obama, on se demande bien s’il s’agit d’une équipe qui travaille dans le domaine du renseignement et de la reconnaissance aérienne ? « Oui », pense un commandant camerounais qui a requis l’anonymat. Le même homme déclare que « le renseignement est exposé autant que les troupes et doit de ce fait être armé ». Pour votre information les soldats en charge de renseigner les troupes sont les premiers à fouler le champ de bataille pour identifier les sites ennemis.

Les militaires américains et « les risques de chevauchement »

Alors que le matériel militaire que ces soldats américains font entrer au Cameroun n’est pas encore connu par notre équipe, on s’interroge sur le commandement de ces 300 soldats. Seront-ils sous le commandement du général camerounais Bouba Dubekreo, commandant du premier régiment de 5 450 hommes ? Aucune précision dans ce sens, mais ils « resteront au Cameroun jusqu’à ce que leur soutien ne soit plus nécessaire », souligne le courrier de M. Obama. A ce niveau le commandant camerounais précise que si cette troupe « n’est pas sous le commandement du général Bouba, les risques de chevauchement sont grands, ajoutant qu’elle pourra renseigner qui elle veut », un fait qui serait désastreux pour la force mixte multinationale.

Plusieurs corps de renseignement dans le même périmètre

Toujours selon le courrier du président américain, le gouvernement camerounais a approuvé le lancement de cette opération, sauf que le texte ne précise rien quant à la position du Nigeria et du Tchad, deux autres piliers de cette guerre contre les islamistes de Boko Haram. Une équipe de français engagée dans le domaine du renseignement est sur le terrain dans la région frontalière entre le Niger et le Nigeria. Depuis le 15 septembre dernier, à la suite d’une entente entre le président Buhari et son homologue français, François Hollande, les deux pays ont mis en place un comité de défense commun lequel restera en contact permanent jusqu’à l’extinction de la secte.

Au total plusieurs corps de renseignement travaillent sur le dossier et semblent se rattacher plus à des Etats qu’à la force mixte multinationale supposée combattre Boko Haram. Certes les Etats n’ont pas d’amis mais des intérêts, mais en l’espèce l’intérêt semble commun : débarrasser la région du Lac Tchad des islamistes, et il serait juste d’accorder les violons. Affaire à suivre…sur AFPmag.

 

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About : Ginette Hess Skandrani

Écologiste, membre co-fondatrice des Verts, présidente de "La Pierre et l'Olivier" réseau de solidarité avec le peuple de Palestine, Co-fondatrice de la commission d'enquête non gouvernementale sur la vérité en Libye,