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22 juillet 2019

Libye : un missile s’abat sur un centre de détention de migrants, tuant 40 personnes


L’ONU s’inquiète, depuis la reprise des combats à Tripoli, du sort des migrants et réfugiés « en danger près de zones d’affrontements ».

Par Publié aujourd’hui à 03h08,

Une attaque avait déjà eu lieu à Tadjourah le 29 juin.
Une attaque avait déjà eu lieu à Tadjourah le 29 juin. MAHMUD TURKIA / AFP

Quarante migrants ont été tués et au moins 80 blessés, dans la soirée de mardi 2 juillet à Tadjourah, banlieue située à l’est de Tripoli, lors d’un raid aérien lancé contre un centre de détention de migrants, selon différentes sources officielles. Le gouvernement d’« accord national » (GAN) de Faïez Sarraj – soutenu par la communauté internationale – a aussitôt dénoncé un « crime odieux » et un « meurtre de masse » imputable, selon lui, aux forces du maréchal Khalifa Haftar.

Ce raid survient alors que l’Armée nationale libyenne (ANL) de Haftar, qui mène depuis début avril une offensive contre le GAN de Tripoli, avait annoncé l’imminence de nouvelles attaques aériennes sur des cibles militaires dans la capitale libyenne. En trois mois, la « bataille de Tripoli » opposant les deux camps qui se disputent le pouvoir en Libye, a fait environ 700 morts et 4 000 blessés ainsi que près de 100 000 déplacés.

Le raid de Tadjourah illustre la situation dramatique des ressortissants étrangers à Tripoli, pour l’essentiel des migrants et des réfugiés originaires d’Afrique subsaharienne et d’Asie, pris au piège des combats. Les centres de détention officiels, rattachés au département de lutte contre la migration illégale (le DCIM, son acronyme anglais), comprennent environ 3 400 migrants dans la région de Tripoli. Le nombre réel de migrants détenus est toutefois probablement plus élevé si l’on prend en compte les « prisons sauvages » gérées par des milices.

Péril humanitaire croissant

Selon l’Organisation internationale pour les migrations, environ 660 000 migrants résident en Libye. Certains sont venus y travailler – l’économie libyenne continue de fournir des opportunités de travail en dépit du chaos ambiant –, tandis que d’autres ne souhaitent qu’y transiter sur la route de l’Europe.

Les premières images diffusées mardi soir du centre de détention de Tadjourah montraient des corps ensevelis sous des gravats ensanglantés. Elles témoignaient également de l’acheminement dans un hôpital local de dizaines de blessés. Les scènes illustrent le péril humanitaire croissant qui menace Tripoli et ses environs alors que la guerre entre le GAN de Sarraj et l’ANL de Haftar entre dans une nouvelle phase.

La perte, fin juin, par Haftar de la localité de Gharian, cité située à 80 km au sud-ouest de Tripoli où il avait installé son centre de commandement régional, annonce une nouvelle escalade des combats. Les raids aériens lancés mardi soir étaient censés préluder à une contre-offensive de l’ANL de Haftar sur Tripoli.

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Le drame de Tadjourah ne devrait pas manquer de relancer la controverse sur les conséquences de la politique de verrouillage des frontières européennes aux candidats à la migration vers le Vieux Continent. En effet, le refoulement vers le territoire libyen des embarcations de migrants par les gardes-côtes de Tripoli multipliant les interceptions en mer est dénoncé par de nombreuses organisations non gouvernementales compte tenu des risques encourus par ces migrants.

Sur les six premiers mois de l’année, le nombre d’arrivées de migrants en Italie ou à Malte – la route dite de la « Méditerranée centrale » principalement alimentée par la Libye – a chuté à 3 724 personnes, soit une baisse de 78 % par rapport à la période équivalente de 2018.

Outre les risques de mauvais traitement encourus dans les centres de détention, ces migrants ou réfugiés sont exposés à une dégradation de leur environnement sanitaire. Médecins sans frontières attire l’attention depuis des semaines sur la situation « désastreuse » du centre de détention de Zinten (sud-ouest de Tripoli) où sont concentrés 900 détenus dont beaucoup sont atteints de tuberculose. Au moins 22 d’entre eux sont décédés depuis septembre. Beaucoup de ces migrants sont des Erythréens et des Somaliens considérés comme éligibles au statut de réfugiés par le Haut-Commissariat aux réfugiés des Nations unies.

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About : Ginette Hess Skandrani

Écologiste, membre co-fondatrice des Verts, présidente de "La Pierre et l'Olivier" réseau de solidarité avec le peuple de Palestine, Co-fondatrice de la commission d'enquête non gouvernementale sur la vérité en Libye,