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5 mars 2021

Tebboune, un nouveau Bouteflika ?


Publié par Gilles Munier sur 17 Décembre 2020, 08:08am

Catégories : #Algérie

par Nour-Eddine Boukrouh (revue de presse : Le Matin d’Algérie – 15/12/20)*

Le chef de l’État Abdelmadjid Tebboune s’est adressé dimanche dernier par tweet aux Algériens depuis un lieu indéterminé après une disparition qui a duré près de deux mois. 

Dans un enregistrement de moins de cinq minutes dans une ambiance lugubre, il leur a annoncé qu’il était guéri grâce à Dieu et à la compétence des médecins algériens et allemands, et qu’il serait de retour au pays dans une à trois semaines.

II a parlé de son absence comme l’aurait fait par skype avec sa famille inquiète un émigré dans la « ghorba » (exil) longtemps privé de moyens de communication.

Mais quand il a récité les célèbres et émouvants vers du savant algérois Abderrahmane al-Thaâlibi (1384-1471), on ne savait pas s’il pensait à l’Algérie ou à lui-même : « Les humeurs de l’Algérie sont très inaccoutumées ; Pour les gens, jamais le malheur ne peut l’emporter. A chaque fois que par un désastre elle se trouve affectée, Ou bien qu’y apparaisse quelque adversité, Le Miséricordieux la fait suivre par une grande facilité ».

Si c’est à l’avenir de la patrie qu’il pensait, il doit se livrer à un profond examen de conscience pour justement résister à la tentation de devenir un nouveau Bouteflika car le pays ne le supporterait pas. A aucun prix, même celui du chaos, le peuple algérien n’acceptera cette perspective.

Il doit aussi se rappeler que quelques décennies après que le saint homme eut composé cette ode, l’Algérie rentrait dans une longue nuit coloniale qui allait durer plus de quatre siècles (occupation espagnole puis ottomane puis française).

Si c’est à son propre sort qu’il songeait, nous lui souhaitons une longue vie à condition qu’il ne prenne pas en otage l’Algérie comme l’a fait Bouteflika. S’il est réellement guéri, bon retour à la présidence de la République ! S’il se sait irrémédiablement affaibli, qu’il organise son départ et aille se reposer chez lui le plus vite possible, sinon il sera à l’origine de problèmes terribles.

Son intervention inattendue, non annoncée, clandestine à certains égards, a fait l’objet de commentaires dont quelques-uns se sont arrêtés aux anomalies dont elle était truffée comme si l’homme voulait duper les Algériens en leur faisant croire qu’il ne lui est arrivé que ce qui est arrivé à Johnson, Bolsonaro et Trump, et qu’il allait par conséquent reprendre rapidement son travail au service de la nation.

Ce n’est pas le cas car ces chefs d’États n’ont pas été évacués en Allemagne ; ils n’ont pas été soustraits à la vue de leurs compatriotes et isolés de tout contact avec eux durant deux mois ; le monde entier avait quotidiennement de leurs nouvelles et, surtout, leurs peuples n’ont pas été soumis aux épreuves humiliantes et préjudiciables que Bouteflika a fait subir à l’Algérie durant six ans.

La brusque réapparition de Tebboune avait en réalité pour but d’éviter le constat d’empêchement évoqué dans l’article 102 de la constitution en vigueur (devenu l’article 94 dans la constitution de Tebboune, rejetée par le référendum du 1er novembre dernier) en ces termes : « Lorsque le Président de la République, pour cause de maladie grave et durable, se trouve dans l’impossibilité totale d’exercer ses fonctions, le Conseil constitutionnel se réunit de plein droit, et après avoir vérifié la réalité de cet empêchement par tous moyens appropriés, propose à l’unanimité au Parlement de déclarer l’état d’empêchement…» 

Il a cessé « pour cause de maladie grave et durable » d’exercer ses fonctions depuis la mi-octobre sans que quiconque ne puisse y redire ou tenter une quelconque procédure car la constitution en vigueur (de même que celle par laquelle il se proposait de l’amender) ne précise pas à partir de combien de jours, semaines, mois ou années, le Conseil constitutionnel doit « se réunir de plein droit pour vérifier la réalité de cet empêchement et proposer au Parlement de déclarer l’état d’empêchement ».

Il vient de s’octroyer trois semaines de répit supplémentaires en exploitant cette énième carence du texte constitutionnel algérien qui ne cesse d’être pris au dépourvu par les incessantes et innovantes turpitudes présidentielles. Dans trois semaines on sera le 3 janvier 2021, et Tebboune aura passé deux mois et demi à l’étranger sans qu’on n’y puisse rien. Ce n’est pas normal, ce n’est pas admissible.

Dans son speech sur tweeter, Tebboune a assuré aux Algériens qu’il suivait « heure par heure les affaires du pays » sans préciser depuis quand et pour combien de temps encore, et ajouté, dans une dérive surréaliste, qu’il « transmettait ses instructions à la présidence de la République » alors qu’en son absence nul fonctionnaire de la présidence n’est habilité à instruire des membres du gouvernement. Il aurait dû dire « au Premier ministre », mais il ne l’a pas dit pour on ne sait quel intriguant motif.

En réponse à la montée des tensions à nos frontières, il s’est contenté d’affirmer que l’Algérie était plus forte qu’on ne le pensait en ayant à l’esprit certainement sa puissance militaire dont chaque Algérien se réjouit, est fier et est prêt à donner sa vie. Cela, le monde entier le sait.

Pour ma part, je ne crois pas du tout à la probabilité que notre pays soit un jour attaqué militairement par le Maroc, une coalition arabo-israélienne ou la France. Je ne parle même pas des autres pays frontaliers. Si l’Algérie doit être affaiblie, poussée à la guerre civile, affamée, voire disloquée et dépecée, ce sera par des voies économiques, idéologiques et politiques.

Notre premier ennemi c’est nous-mêmes : la fracture entre le pouvoir et le peuple, la gouvernance ignare et la gestion incompétente de nos dirigeants depuis des décennies, le populisme et le charlatanisme islamiste qui nous a coûté il n’y a pas longtemps des centaines de milliers de morts et des dizaines de milliards de dollars de dommages… Cela aussi, le monde entier le sait.

 

Nourredine Boukrouh est un intellectuel et homme politique algérien. Il a été ministre du Commerce (2002-2005). Il est l’auteur de nombreux ouvrages; et d’analyses reprises notamment par le site Oumma.com

*Source : Le Matin d’Algérie

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About : Ginette Hess Skandrani

Écologiste, membre co-fondatrice des Verts, présidente de "La Pierre et l'Olivier" réseau de solidarité avec le peuple de Palestine, Co-fondatrice de la commission d'enquête non gouvernementale sur la vérité en Libye,