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4 mars 2021

De quoi Moncef Marzouki est-il le nom ?: La haine de l’Algérie comme sacerdoce,


institut tunisien des relations internationales

Par Pr Chems Eddine Chitour

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Contribution, De quoi Moncef Marzouki est-il le nom ? : La haine de l’Algérie comme sacerdoce

Par Pr Chems Eddine Chitour École polytechnique, Alger

«Monsieur le Président, que Dieu vous garde en vie. La Tunisie trouvera toujours l’Algérie à ses côtés.» (Déclaration de Chadli Benjedid à Habib Bourguiba, décembre 1984)

La phrase de Caton, l’ancien sénateur romain, à propos de Carthage, «Delenda Carthago est» (il faut détruire Carthage), peut, par analogie, expliquer la haine de Moncef Merzouki : «Delenda Algérie est»( il faut détruire l’Algérie). Cette obsession maladive de Moncef Marzouki est une constante s’agissant de l’Algérie qui n’a jamais laissé tomber le peuple tunisien. Il sera élu à la hussarde par une Constituante vampirisée par Ennahda. Mais quand le peuple fut appelé à voter par deux fois, il subira une humiliation mémorable. Nous allons montrer d’où vient cet acharnement vain contre l’Algérie qui a de tout temps été proche du peuple tunisien.

Qui est Moncef Marzouki ?

Nous résumons quelques étapes de son parcours, Mohamed Moncef ben Mohamed Ahmed Bedoui-Marzouki, homme d’État tunisien, né en 1945. Son père émigre au Maroc en 1956. De retour en Tunisie en 1979, il exerce en tant que médecin. Il sera licencié de la faculté de médecine de Sousse. Les postes qu’il a occupés en France ne sont pas dus à un quelconque concours de professorat mais à des interventions de ses protecteurs. Ainsi comme lu sur Wikipédia, le cabinet du ministre français de l’Éducation nationale, Jack Lang, demande au doyen de la faculté de médecine de l’université Paris-XIIIe de l’embaucher comme professeur invité de santé publique en 2001 (…) Il cherchera ensuite un autre travail comme chargé de mission dans le réseau de santé de Creteil de 2004 à 2011. Le président Jacques Chirac le fait venir en France, «arguant du fait», rapporte-t-il, «qu’ [il avait] obtenu un poste à la faculté de médecine de Bobigny comme professeur invité de santé». Moncef Marzouki est marié à Béatrix Rhein et père de deux filles, Myriam et Nadia, bien intégrées dans la société française. Il recevra la Légion d’honneur (France) le 4 juillet 2013 ainsi que l’Ordre de la souveraineté (Maroc) le 31 mai 2014. (1)

«Il est président de la République du 13 décembre 2011 au 31 décembre 2014. Il présente sa candidature à l’élection présidentielle de 2014. Moncef Marzouki affronte au second tour Béji Caïd Essebsi, 55,68% des voix, qui l’emporte face à Marzouki, qui obtient 44,32%. Il est battu au suffrage universel direct, au second tour de l’élection présidentielle de 2014, par Béji Caïd Essebsi.

À nouveau candidat en 2019, il est éliminé dès le premier tour avec un score très faible. Par deux fois, le peuple tunisien lui a infligé un camouflet. Son premier voyage officiel à l’étranger a lieu en Libye, le 2 janvier 2012, Il entame une tournée maghrébine à partir du 8 février, se rendant d’abord au Maroc, où il séjourne trois jours et rencontre notamment le roi Mohammed VI, puis en Mauritanie et en Algérie.( 1)

Paulina Jonqueres d’Oriola décrit le parcours de Moncef Merzouki comme celui d’un agitateur : «Il a passé la majeure partie de sa vie au Maroc et en France. Après scolarité au lycée français de Tanger, Moncef Marzouki obtient une bourse pour partir étudier dans l’Hexagone. Il étudie alors la médecine à Strasbourg. Revenu au pays, outre ses fonctions de professeur de santé publique, il devient président de la Ligue tunisienne des droits de l’homme en 1989. En 1994, il se présente à l’élection présidentielle en Tunisie, ce qui lui attire les foudres de Ben Ali qui l’emprisonne. Marzouki est contraint à l’exil. Il choisit alors la France où il exerce la médecine. À distance, il entame en 2003 un rapprochement souvent critiqué avec le parti islamique Ennahda, précisant vouloir s’éloigner de ‘’la vieille gauche laïcarde et francophone, totalement déconnectée des vrais problèmes de la société tunisienne’’. La Françafrique ne passera plus par la Tunisie. L’alliance avec les islamistes lui a permis d’accéder au pouvoir en 2011.»(2)

Don Quichotte ou démagogue teigneux ?

Pour Samy Ghorbal, c’est un des personnages les plus controversés de la scène politique tunisienne. Ses détracteurs, tout aussi nombreux, le dépeignent comme un démagogue teigneux et lui reprochent d’avoir sacrifié ses convictions démocrates et humanistes sur l’autel d’une alliance contre-nature avec les islamistes d’Ennahda. Ils le considèrent, avec un mélange de condescendance et d’affliction, comme un «idiot utile» et lui prédisent un destin à la Bani Sadr (le premier président de la République islamique d’Iran, allié de l’ayatollah Khomeini qui le destituera ensuite). Les observateurs, de leur côté, ne cachent pas leurs doutes et leur perplexité. Marzouki, «l’arabiste de gauche», a tiré à boulets rouges sur tous ses adversaires non islamistes».(3)

En fait, Moncef Merzouki n’était pas connu et vivait loin de la Tunisie, il pensait que c’était une opportunité extraordinaire de se mêler à la curée suite au dictateur déchu : «Il était rentré en Tunisie, écrit Samy Ghorbal, dès le 18 janvier, après neuf années d’un exil volontaire à Bobigny. Son arrivée s’était déroulée dans un relatif anonymat. Rien de comparable avec la marée humaine provoquée, quelques jours plus tard, par le retour de l’autre grand paria de la politique, Rached Ghannouchi, le leader historique des islamistes d’Ennahda, exilé à Londres. Son incursion sur la place de la Kasbah, occupée par des milliers de manifestants hostiles au gouvernement de transition mis en place au lendemain de la chute de Ben Ali, avait viré au fiasco : accueilli aux cris de ‘‘Dégage, dégage !’’, il avait manqué d’être molesté et avait du être promptement exfiltré. Dans les semaines qui avaient suivi, il avait encaissé sans broncher les rebuffades du microcosme tunisois Pour tous, la cause était entendue: Marzouki était un has been et son parti, le CPR, une coquille vide.»(3)

L’acharnement à émerger de cet homme politique off shore bien au chaud avec la vie bien établie en famille — ses filles seront de brillantes chercheuses —, qui s’est cru à la chute de Ben Ali un destin national. «Il en fallait plus», écrit Samy Ghorbal, cependant, pour décourager cet écorché vif endurci par les harcèlements et l’exil, marié à une Française et père de deux filles, Myriam et Nadia, il décide, en 1979, de rentrer au pays et s’installe à Sousse. Insensiblement, le médecin social se transforme en militant associatif.

L’alliance avec les islamistes

Il faut reconnaître à Moncef Merzouki d’avoir saisi sa chance qu’une place était à prendre même au prix de compromis et de compromission qui vont le faire adopter une position diamétralement opposée à celle qu’il prétendait défendre, les droits de l’homme, en s’acoquinant aux islamistes, pourvu qu’il ait une visibilité même celle d’un président d’opérette, comme nous le verrons avec la prise de pouvoir réelle d’Ennahda des principaux postes régaliens. L’épris de lettres françaises, de laïcité, franchit le Rubicon et s’associe avec les islamistes quitte à renier tout ce qu’il a tenté de faire croire pour être adoubé en Occident

«Quand il rentre en Tunisie, poursuit Samy Ghorbal, au lendemain de la chute du régime honni, personne ne donne cher de ses chances. L’homme, qu’on dit aigri, détone : il est trop exalté, trop intransigeant, trop austère et trop cassant. (…) Car même s’il possède quelques réseaux au sein de la diaspora française, il ne dispose d’aucune implantation territoriale en Tunisie. (…) Au début, la mayonnaise ne prend pas. Marzouki est inaudible. Les sondages le créditent d’un ou deux points de pourcentage. (…) Il réserve ses flèches les plus dures aux partis de l’ancienne opposition à Ben Ali, qu’il accuse d’être devenus les otages des forces réactionnaires et contre-révolutionnaires.. Mais pas question de diaboliser les islamistes, ‘‘d’authentiques patriotes’’ avec lesquels il est possible de s’entendre et de faire un bout de chemin ensemble. Même s’il se défend d’être devenu leur valet, et même s’il réfute l’idée selon laquelle le CPR, noyauté, serait devenu une succursale d’Ennahda, (…) Très vite, une stratégie d’alliance se dessine, car Ennahda pressent qu’elle ne pourra pas gouverner seule. Arc-bouté sur la défense de l’identité arabo-musulmane de la Tunisie, Marzouki prône l’abandon de la langue française dans l’enseignement et l’arabisation totale des programmes. Le score réalisé par le CPR le 23 octobre ouvre à Marzouki les portes de la Présidence. Mais le véritable chef de l’Exécutif sera le Premier ministre, Hamadi Jebali, dont la formation, Ennahda, trustera tous les postes de souveraineté. Désorientés par la tournure des tractations, certains militants du CPR commencent à s’interroger : et si le pacte avec les islamistes se révélait, à l’usage, n’être qu’un marché de dupes ?»(3)

La présidence échevelée du président Marzouki

Il n’est pas étonnant dans ses conditions que les Tunisiens ne le prennent pas au sérieux : «Les moqueries se sont multipliées sur les réseaux sociaux à l’encontre du président Marzouki, qui est déjà l’une des cibles favorites de la Toile tunisienne, surnommé par certains ‘‘tartour’’ —’’pantin’’ en arabe maghrébin. Un quolibet bien cruel qui a fait le tour de la Toile tunisienne au point d’être repris dans une dépêche de l’AFP. L’affaire de l’extradition, le 24 juin, vers la Libye, sans son aval, de l’ancien Premier ministre libyen Al Baghdadi Al Mahmoudi a surtout bafoué sa crédibilité de chef d’État. La ‘‘décision prise de façon unilatérale’’ a fini par ruiner la réputation du militant des droits de l’Homme qui avait pourtant, humiliation supplémentaire, affirmé, il y a peu, son opposition à cette extradition en l’absence de garantie d’un procès équitable à Tripoli, pour l’ancien kadhafiste.»(4)

Naturellement Moncef Marzouki s’est écrasé devant son chef de gouvernement, l’islamiste Hamadi Jebali. qui est de fait le réel dirigeant du pays. «Par cet acte, pousuit l’auteur et en outrepassant publiquement ses prérogatives, Ennahda a manifestement cherché à affaiblir le président. Le but de la manœuvre serait de le disqualifier aux yeux des Tunisiens dans la perspective de la présidentielle de mars 2013. (…) À la suite de cet esclandre, un président digne de ce nom peut-il rester à son poste, et conserver encore une influence et une audience auprès de la population tunisienne ?» s’interroge TunisieNumérique.(4)

Moncef Marzouki reprend du service contre l’Algérie

Il se veut le redresseur de tort et distribue les mauvais points et les bons points sur commande, notamment des pays du Golfe. Il s’est particulièrement illustré dans sa croisade hystérique contre l’Algérie. Comme l’écrit Boualem Snaoui : «(…) Le hasard n’a pas de place en politique, et il est difficile de dissocier cette ‘’injonction’’ de celle des anciens compagnons idéologiques de notre ‘‘Hugo’’ à nous, qui, dans une fabuleuse déclaration, composée de récitations, nous annoncent qu’ils ont engagé une ‘‘chasse à courre’’ C’est Moncef Marzouki, le Zapata de Tunis, qui a pris la tête de la cavalerie de cette ‘‘chasse à courre’’ des ‘’artarins de Tarascon’’, à qui il ne manque plus que Chelghoumi, cet autre expert musulman, qu’il faut absolument accompagner d’un interprète ‘‘Français-Français’’. Dans leur œuvre de ‘‘chasse’’, où ils oublient juste de nous exposer leurs prouesses de lutte contre l’islamophobie, qui bat des records dans le monde, ils reprennent presque mot à mot l’une des conclusions de l’International Crisis Group : ‘’C’est donc ce «Président-fantôme Tartour de Carthage» de Salah Horchani, qui a failli transformer Tounès El Khadra (Tunisie verte) en désert, qui vient nous convaincre qu’il y a des ‘’révolutionnaires des printemps arabes’’, sans nous citer un seul de ces ‘’révolutionnaires’’. Salah Horchani l’a même excommunié en déclarant : ‘‘Vous n’êtes plus mon Président !’’»(5)

«Avec Marzouki, on est chanceux, puisqu’il va pouvoir nous expliquer comment des députés européens, de droite, de gauche, des ‘‘Verts’’, de l’extrême droite, qui ne s’accordent sur aucune des politiques engagées par le Parlement et les Etats de l’UE, se sont spontanément rassemblés comme un seul ‘‘homme’’, sans hésitations, sans réticences, le 28 novembre, pour porter le même bulletin de vote d’une résolution en faveur du ‘‘Hirak des bananistes’’ en Algérie ? Au moment même où les «Gilets jaunes» se faisaient éborgner, mutiler, lapider, presque sous les fenêtres du Parlement européen. (…) Au moment où je rédige cette contribution, j’apprends que dans la nuit du vendredi 6 au samedi 7 novembre 2020, pas moins de 21 incendies se sont déclarés ‘’spontanément’’ et simultanément aux alentours de grandes villes algériennes, touchant pas moins de dix wilayas (régions) du pays.

Deux morts, des dizaines de citoyens hospitalisés après l’inhalation des fumées, des centaines de milliers d’hectares de végétations partis en fumée, destruction de la faune locale et de l’écosystème. Marzouki pourra-t-il nous expliquer la ‘‘spontanéité’’ et la simultanéité du déclenchement de ces incendies nocturnes en plein automne ?»(5)

Le conflit du Sahara occidental avec le Maroc

Moncef Marzouki, décidément en verve et y travaillant sur commande, s’en est, à nouveau, pris à l’Algérie concernant le conflit du Sahara occidental, en accusant le régime algérien de «vendre de l’illusion au front Polisario». «Les déclarations de l’ancien président de la République à propos du sujet épineux du Sahara occidental ont provoqué l’ire des Algériens. Alors qu’il se faisait rare sur la scène médiatique depuis qu’il a annoncé son retrait définitif de toute activité politique, Moncef Marzouki est revenu avec ses déclarations polémiques… toujours à la presse étrangère. Dans un entretien donné à Al Qods Al Arabi et publié dans les colonnes du journal londonien le 19 juin 2020, l’ancien président du temps de la Troïka consacre une importante partie au dossier du Sahara occidental. Il impute l’échec de la construction maghrébine à l’Algérie ‘’seul pays membre qui avait refusé, à l’époque, l’initiative présentée pour redonner vie à l’union du Maghreb arabe [en 2012, ndlr]’’. ‘‘Il abonde sur le conflit opposant le Maroc et le Front Polisario sur le Sahara occidental. Celui qui prétend qu’on lui attribue le titre de défenseur des droits de l’Homme n’a pas été dans ses déclarations pour défendre le droit d’un peuple, tel qu’édicté dans l’esprit et la charte des Nations unies et de l’Union africaine, s’agissant du Sahara occidental, dernière question de décolonisation en Afrique inscrite à l’ONU. Faisant fi de l’histoire de la question du Sahara occidental, de la lutte du peuple sahraoui contre la colonisation espagnole, poursuivie contre l’occupation marocaine après l’invasion de l’armée marocaine des territoires grâce aux Accords de Madrid et la volte-face de l’Espagne de ne pas achever le processus de décolonisation des territoires du Sahara occidental.

Marzouki n’a fait que reprendre la lecture de Rabat, pour communiquer sur les raisons de l’échec de la construction maghrébine», écrit le Courrier de l’Algérie dans son édition du mardi 23 juin 2020. En 2019, le journal algérien Algérie Patriotique avait accusé Moncef Marzouki de régler ses comptes avec le régime algérien. Le journal avait écrit à l’époque : «[Moncef Marzouki] en veut à Abdelaziz Bouteflika qui lui aurait tourné le dos et aurait soutenu son rival, Béji Caïd Essebsi.»(6)

Marzouki reprend la propagande marocaine et s’attaque à l’Algérie

En fait Moncef Merzouki a des convictions à géométrie variable. Il oublie les droits de l’homme quand cela l’arrange au nom de l’allégeance au pays où il a vécu. Karima Bennour écrit : «Moncef Marzouki renoue avec ses sorties médiatiques (…) Il abonde sur le conflit opposant le Maroc et le Front Polisario sur le Sahara occidental. Celui qui prétend qu’on lui attribue le titre de défenseur des droits de l’Homme n’a pas été dans ses déclarations pour défendre le droit d’un peuple, tel qu’édicté dans l’esprit et la charte des Nations unies et de l’Union africaine, s’agissant du Sahara occidental, dernière question de décolonisation en Afrique inscrite à l’ONU. Faisant fi de l’histoire de la question du Sahara occidental, de la lutte du peuple sahraoui contre la colonisation espagnole, poursuivie contre l’occupation marocaine après l’invasion de l’armée marocaine des territoires grâce aux Accords de Madrid et la volte-face de l’Espagne de ne pas achever le processus de décolonisation des territoires du Sahara occidental, Alger a, dans ses déclarations comme dans ses documents, affirmé de tout temps la question sahraouie sur son règlement est dans le cadre de l’ONU/UA, selon le droit international. (…) il aurait été plus judicieux pour celui qui, durant sa présidence, la Tunisie abritait des Conférences internationales pour la destruction d’autres États, telles celle des ‘’Amis de la Syrie’’ et enregistré le départ de milliers de Tunisiens combattre en Syrie (…) Et pour y parvenir, l’application de la légalité internationale est la voie, par la tenue du référendum d’autodétermination des Sahraouis, comme le stipule le droit international, auquel l’occupant marocain s’obstine à ne pas se conformer.»(7)

Moncef Marzouki, un concentré de haine personnelle

C’est à se demander ce qui amène le président mal élu à mettre toute son énergie à s’attaquer en vain à l’Algérie qui, heureusement, s’en tient plus à la proximité des peuples qu’aux bravades du sabre nain d’un Marzouki qui fait de sa croisade contre l’Algérie un fonds de commerce qui rapporte aussi bien du côté du Maroc où il a passé l’essentiel de sa vie jusqu’à l’adolescence, et à ce titre on peut penser qu’il défend d’une façon irrationnelle la cause marocaine dans l’entêtement à occuper un territoire qui a vocation à être décolonisé. Notre avocat des mauvaises causes mais aussi du côté des potentats du Golfe et ceci pour des arguments sonnants et trébuchants. On se souvient qu’à Tripoli son premier voyage à l’étranger, le lundi 2 janvier 2012, le président provisoire s’est permis de juger la politique intérieure du pays frôlant un incident diplomatique avec l’Algérie .

«Au lendemain même de la déclaration du président tunisien, Mourad Medelci, ministre algérien des Affaires étrangères, a rappelé sur la radio algérienne (‘’L’invité de la Chaîne III’’) sur un ton des plus inhabituels, les lignes rouges à ne pas dépasser dans les relations avec l’Algérie, tout en insistant sur le fait qu’elle ‘‘n’a de leçons à recevoir” de quiconque. “L’Algérie est souveraine, elle n’a pas au cours de la décennie noire reçu d’aide d’aucune partie. Elle est aujourd’hui en mesure de partager son expérience avec les autres’’ (…) Comme paru dans un article du quotidien algérien Tout sur l’Algérie, l’Algérie déplorerait ‘‘la marque d’ingratitude’’ commise par ‘‘le nouvel homme fort de la Tunisie’’ qui ‘’n’en finit pas de multiplier les petits affronts envers son voisin algérien’’. Tout en déclarant que ‘‘pour sa première visite à l’étranger en tant que chef de l’État tunisien, il choisit donc la Libye, et non le ‘‘grand voisin’’, le ‘‘grand frère’’, la ‘‘grande puissance régionale’’ que l’Algérie entend continuer à représenter.»(8)

Une ingérence plébiscitée ? L’Algérie rêvée des Tunisiens

Il en est des relations entre l’Algérie et la Tunisie comme de relations entre frères. Le seul bémol est l’arrivée intempestive de Moncef Marzouki qui a outrepassé ses degrés de liberté et de bienséance pour des raisons personnelles. Une haine irrationnelle qui ne s’explique pas. Cela ne veut pas dire que Ghannouchi «adore l’Algérie», on l’a vu avec sa proximité avec le FIS, mais il faut lui reconnaître que c’est une autre dimension que celle du locataire provisoire du Palais de Carthage affublé du quolibet le plus percutant, «tartour», un guignol. Il faut le dire, l’Algérie tient à la sécurité de la Tunisie, à la fois sur le plan sécuritaire mais n’hésite pas aussi à l’aider financièrement – et c’est son devoir — dans des situations délicates.

Samy Ghorbal décrit à juste titre le compagnonnage entre l’Algérie et la Tunisie : «(…) Mais la crise tunisienne est aussi une aubaine : le carnage du Chaâmbi et l’affaiblissement spectaculaire du gouvernement d’Ali Laârayedh a permis à l’Algérie d’exercer une influence stratégique grandissante. L’Algérie est devenue un acteur incontournable de l’équation politique tunisienne. Même diminué, le président Abdelaziz Bouteflika ne s’est pas fait prier pour se glisser dans la posture du ‘‘Grand frère’’ et venir au chevet d’une Tunisie malade de ses politiciens. La solution de la crise tunisienne passera-t-elle par Alger ? (…)»(9)

«L’ingratitude de Moncef Marzouki»

«En mars 2011, poursuit Samy Ghorbal, fraîchement nommé à la tête du second gouvernement de transition, Béji Caïd Essebsi part à Alger pour rassurer Abdelaziz Bouteflika et Ahmed Ouyahia. Les fils du dialogue sont renoués. L’Algérie observera une parfaite neutralité pendant toute la durée du processus électoral tunisien. En dépit de leurs préventions à l’égard d’Ennahda, les Algériens accueillent sans émotion le résultat du scrutin du 23 octobre. Personne n’a oublié la proximité entre les islamistes tunisiens et ceux du FIS. Rached Ghannouchi avait trouvé refuge à Alger en 1989. et ne s’était pas privé pour critiquer l’interruption du processus électoral en janvier 1992.»(9)

«(…) Sûrs de leur assise et bien disposés à tourner la page, les dirigeants algériens attendaient simplement du gouvernement de la troïka qu’il affiche ses bonnes dispositions à coopérer. Ils ont été cueillis à froid par les offenses du nouveau chef provisoire de l’État tunisien. En choisissant de se rendre à Tripoli pour sa première visite à l’étranger, le 2 janvier 2012, Moncef Marzouki a indisposé Alger. (…) La presse se déchaîne, en soulignant l’amateurisme et l’ingratitude du locataire du Palais de Carthage. Hamadi Jebali parvient péniblement à recoller les morceaux. Mais le mal est fait. Moncef Marzouki ne sera plus jamais en odeur de sainteté, et aucune de ses initiatives visant à relancer la construction du Maghreb ne trouvera d’écho positif du côté d’Alger.»(9)

«Les événements de l’été 2013, avec l’assassinat du député Mohamed Brahmi et le massacre de huit militaires tunisiens, dans le djebel Chaâmbi, marquent un tournant dans la relation entre les deux pays. Très vite, l’Algérie prend la mesure de la crise et son armée vole au secours du gouvernement tunisien. 8 000 hommes sont déployés pour sécuriser le flanc arrière de la frontière et prendre dans une nasse le groupe djihadiste responsable de la mort des soldats tunisiens. L’impact est immédiat. En quelques semaines, la situation sécuritaire, qui paraissait compromise, est rétablie. (…) Le 10 septembre, Abdelaziz Bouteflika interrompt sa convalescence pour recevoir séparément – et ‘‘à leur demande’’ — les deux principaux protagonistes de la crise tunisienne, Ghannouchi et Caïd Essebsi. Moncef Marzouki, le président tunisien, est totalement court-circuité.»(9)

«Le 15 novembre, alors que le dialogue national, mis en œuvre sous les auspices du quartet et appuyé par les grandes puissances occidentales, s’embourbe, Bouteflika reprend langue, toujours à Alger, avec Ghannouchi. Deux jours plus tard, c’est au tour de BCE d’être reçu par le numéro un algérien. Rien n’a filtré de ces différents entretiens, mais on peut imaginer que le chef de l’Etat algérien a sommé ses interlocuteurs de s’entendre.»(9)

Moncef Marzouki toujours à l’affut d’un coup tordu pour avoir une visibilité actionne son ministre conseiller pour en appeller à la fierté nationale devant cette ingérence fraternelle. «L’Algérie, poursuit Samy Ghorbal, depuis le début de la crise, a exercé une action militaire stabilisatrice et s’est impliquée activement dans la recherche d’une solution politique efficace. (…) Les Algériens sont des diplomates rugueux mais chevronnés. On suppose qu’ils savent où ils mettent les pieds. Ils jouent leur crédibilité. (…) Il semblerait pourtant que ces efforts soient perçus très favorablement par l’opinion tunisienne. C’est en tout cas ce qu’il ressort du dernier sondage réalisé par Sigma Conseil, dont les résultats ont été publiés le 19 novembre. Les trois quarts des Tunisiens déclarent avoir une image positive de l’Algérie. Le pays recueille presque autant d’opinions favorables du côté des sympathisants d’Ennahda (75,4%) que du côté des sympathisants de Nidaa Tounes (80,1%). Autant le Qatar clive autant l’Algérie rassemble et réunit. (…) L’image ombrageuse dégagée par l’Algérie sur la scène internationale, constitue un aspect qui rebute fréquemment ses partenaires européens et occidentaux. Mais c’est peut-être justement ce trait de caractère qui séduit aujourd’hui des Tunisiens en mal de prestige, d’autorité et de certitudes. (…) l’Algérie leur apparaît comme un repère, un pôle de puissance et de stabilité dans un univers régional et arabe chaotique, tourmenté, en proie à l’anarchie et la violence. Son ‘‘système’’, décrié et vilipendé de toutes parts, est inoxydable, et a fait preuve de sa résilience aux crises. Son armée est la plus puissante de la région. (…) Enfin, et c’est peut-être l’élément qui compte le plus ici : l’Algérie incarne une diplomatie de la souveraineté. Elle se donne à voir comme un pays fier pour qui l’honneur passe avant tout et qui ne courbera jamais l’échine. En résumé : comme un Etat libre, indépendant et souverain»…(9)

Au terme de cette réflexion je ne sais toujours pas où classer Moncef Marzouki sa mandature fut un non-évènement. Comme tous les révolutionnaires off shore qui tiennent plus à l’adoubement externe, Marzouki ne fera pas exception. En vendant son âme au plus offrant, lui le Marocain de cœur avec une vision hémiplégique de la notion des droits des peuples à se libérer, il nous prouve plus que jamais que son sacerdoce humanitaire était du vent.

C. E. C.

  1. Moncef Merzouki extrait de Wikipédia
  2. https://www.aufeminin. com/societe/ moncef-marzouki-le-cv-d-un-agitateur-s567.html
  3. SamyGhorbalhttp://www.slateafrique.com/79381/moncef-marzouki-la-rupture-la-compromission
  1. http ://www.slateafrique.com/90095/marzouki-est-pas-le-seul-tartour-du-maghreb
  2. oualemSnaouihttps://algerie54.com/2020/11/10/ medias-35/
  1. https://www.businessnews.com.tn/sahara-occidental–moncef-marzouki-provoque-la-colere-des-algeriens,520,99722,3
  2. Karima Bennour http://lecourrier-dalgerie.com/lex-president-tunisien-se-manifeste-merzouki-reprend-la-propagande-marocaine-et-sattaque-a-lalgerie/
  3. https:// www. businessnews. com. tn/Moncef-Marzouki-fr%C5%8Dle-l%E2%80%99incident-diplomatique-avec-l%E2%80%99Al%C%A9rie–(Mise-%C4%85-jour),520,28596,1
  4. Samy Ghorbal https://www.leaders.com.tn/article/12805-une-ingerence-plebiscitee-l-algerie-revee-des-tunisiens

Parue dans le Soir d’Algérie (édition du 7 décembre 20

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About : Ginette Hess Skandrani

Écologiste, membre co-fondatrice des Verts, présidente de "La Pierre et l'Olivier" réseau de solidarité avec le peuple de Palestine, Co-fondatrice de la commission d'enquête non gouvernementale sur la vérité en Libye,