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28 novembre 2021

Un nouveau chapitre du conflit Isaélo-palestinien vient de s »ouvrir


Fort du régime de dissuasion qu’il a mis en place face à Israël, le Hamas est passé à une nouvelle étape de sa stratégie et présente désormais son combat comme celui de l’ensemble des Palestiniens. Un nouveau chapitre du conflit israélo-palestinien vient de s’ouvrir.

 

J’ai l’impression d’être dans le film « Retour vers le futur », et de revivre tous les combats perdus par les Palestiniens et leurs alliés de la gauche israélienne anti-annexionniste Prenons la colonisation dans le quartier de Cheikh Jarrah, à Jérusalem-Est, qui est revenue dans l’actualité.

J’y avais filmé l’arrivée des premiers colons en février 2001. Dix ans plus tôt, j’étais là lors de leur installation à Silwan, sous les remparts de la Vieille ville, près de la porte des immondices. Autre exemple : au sud-est de la Vieille ville, à Ras al Amoud, près du cimetière du Mont des Oliviers et de la Maison d’Abraham tenue par le Secours catholique, un milliardaire américain avait acquis, en 2003, les titres de propriété d’un terrain. Les maisons qui s’y trouvaient ont été détruites et la construction d’une colonie a débuté. Le mouvement la Paix maintenant et des militants palestiniens avaient manifesté leur opposition sur place, affrontant la police. En vain. C’est aujourd’hui Maale Ha Zeitim (la colline des olives), en plein secteur musulman, une colonie habitée par une centaine de familles juives.

Ce qui a changé, c’est l’attitude du Hamas qui n’a jamais montré beaucoup d’empressement à prendre la défense des Palestiniens de Jérusalem. Quelle mouche l’a donc piqué, le 10 mai dernier, en décidant de lancer des roquettes vers la ville sainte, tout en se proclamant le défenseur de Cheikh Jarrah, d’Al Aqsa, et des musulmans de Palestine. L’organisation islamiste entend-elle remettre en question la stratégie israélienne mise en place par Ariel Sharon, qui l’a bien servi, et lui permet de contrôler Gaza ? Pour la comprendre, il faut revenir sur un peu d’histoire récente.

Général, commandant de la région militaire sud, en 1971, Sharon est de ceux qui ont porté l’Islam radical sur les fonts baptismaux. Son attention avait été attirée par l’association religieuse d’aide social créée par le Cheikh Ahmed Yassine, membre de la Confrérie des Frères musulmans. Il avait même eu l’exquise attention d’offrir les maillots et les ballons de l’équipe de foot du Cheikh. Les services de renseignement considéraient qu’il représentait l’antidote au terrorisme de l’OLP de Yasser Arafat, et les militaires vont le laisser imposer son fondamentalisme sur l’ensemble de ce territoire brûlant au passage le seul cinéma de Gaza et tous les cafés qui servaient un peu d’alcool. En 1988, Yassine a tombé le masque et proclamé la charte du Hamas stipulant : « la terre de Palestine est une terre islamique pour toutes les générations de musulmans jusqu’au jour de la résurrection. ». Les islamistes palestiniens sont en miroir avec les messianistes juifs pour qui la terre d’Israël n’appartient qu’au seul peuple juif.

Mais, pour Sharon l’ennemi prioritaire a toujours été l’OLP, la seule organisation palestinienne susceptible d’obtenir des concessions territoriales d’Israël dans le cadre d’une paix qu’il juge dangereuse. Premier ministre, en mars 2002, il ira jusqu’à détruire les institutions de l’Autorité palestinienne et assiégera le QG de Yasser Arafat après l’attentat contre l’hôtel Park à Netanya, le soir de la Pâque juive, qui avait fait trente morts et cent quarante blessés. Pourtant, l’auteur de l’attaque n’était pas issu de l’OLP ou du Fatah, mais bien du Hamas, dont l’objectif était, ce jour-là d’empêcher la conclusion d’un cessez-le-feu et de torpiller l’initiative de paix saoudienne votée à Beyrouth par la Ligue arabe, et – entre parenthèse- rejetée également par Sharon.

En 2004, il a décidé d’évacuer toutes les colonies israéliennes de Gaza, leurs habitants devant être transférés en Israël. Le 8 octobre 2004, Dov Weissglass, son avocat et conseiller en a expliqué les raisons : « Arik (Sharon) ne considère pas Gaza comme une région d’intérêt nationale au contraire de la Judée-Samarie (nom biblique de la Cisjordanie). Le retrait signifie le gel du processus politique. Et, lorsque vous gelez ce processus, vous empêchez la création d’un État palestinien et toute discussion sur les réfugiés, sur les frontières et sur Jérusalem ». Le retrait de Gaza s’est effectué sans anicroche en septembre 2005, unilatéralement, sans la moindre coordination avec l’Autorité autonome qui n’a pas été autorisée à déployer un bataillon de police supplémentaire. Pourtant, les renseignements militaires israéliens avaient averti : sans de tels renforts, le Fatah et la police de Mahmoud Abbas ne pourront pas faire face au Hamas s’il décide de prendre le contrôle de ce territoire par la force. En juin 2007, l’organisation islamiste est passée à l’action. Les fonctionnaires de l’Autorité autonome sont expulsés ou assignés à domicile. Les casernes de la police, les bases de la sécurité préventive, sont prises d’assaut. Il y a plus de 110 morts et 550 blessés, la plupart des militants et des combattants du Fatah. L’armée israélienne a laissé faire, elle n’est pas intervenue.

Deux ans plus tard, revenu au pouvoir, Benjamin Netanyahu a scrupuleusement continué d’appliquer la stratégie de Sharon d’affaiblissement de l’Autorité autonome et de l’OLP. Aucun accord politique n’est conclu avec Mahmoud Abbas, impuissant face au développement de la colonisation en Cisjordanie et à Jérusalem-Est. Donald Trump a apporté sa contribution en transférant l’Ambassade des États-Unis de Tel Aviv à Jérusalem et en poussant plusieurs états arabes à normaliser leurs relations avec Israël, indépendamment de toute avancée vers une solution au problème palestinien. Face aux islamistes, Netanyahu a maintenu le blocus partiel de Gaza, mais en autorisant le financement du Hamas par le Qatar. Régulièrement, un jet privé atterrit à l’aéroport Ben Gourion près de Tel Aviv. L’émissaire Qatari en descend avec des valises de billets. La police israélienne l’escorte jusqu’au barrage d’Erez où la somme est remise au Hamas. En dix ans, cela représente deux milliards de dollars. On ne connait pas le montant des sommes envoyées par l’Iran ce qui, au fil des ans, a permis aux organisations islamistes de développer leurs capacités militaires. Leurs missiles, représentent une menace pour Tel Aviv, l’aéroport Ben Gourion, et le centre du pays. Israël n’a donc plus que deux options pour les affronter : des accords de cessez-le feu épisodiques ou la réoccupation militaire de Gaza par Tsahal, ce qui impliquerait – sans garantie de succès – une terrible effusion de sang.

Mais l’environnement géopolitique a changé. Benjamin Netanyahu a quitté le pouvoir. Un nouveau gouvernement se met en place à Jérusalem ; Donald Trump n’est plus là, remplacé par Joe Biden favorable à une solution à deux États, ce qui remet en selle l’Autorité autonome de Mahmoud Abbas. Fort du régime de dissuasion qu’il a mis en place face à Israël, le Hamas est passé à une nouvelle étape de sa stratégie et présente désormais son combat comme celui de l’ensemble des Palestiniens, de la Méditerranée au Jourdain. Un nouveau chapitre du conflit israélo-palestinien vient de s’ouvrir.

 

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