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1 décembre 2022

La solitude Libyenne


 âr Robert Charvin

22 10 2022

La Révolution libyenne, sous la direction de Mouammar Kadhafi, a tenté durant des années, sans grand succès, de constituer un mouvement favorable à une sorte de souveraineté collective bénéfique au développement de chacun des Etats concernés face à l’Occident prédateur*.

Les Etats arabes (Egypte, Maroc, Syrie…), après quelques hésitations, s’y sont vite refusés ; les Etats d’Afrique Subsaharienne, malgré de fortes sympathies pour Tripoli, (par exemple, celle du Burkina Faso) n’ont pas suivi. L’URSS et les pays de l’Est, alliés de circonstances, étaient incertains : ils n’appréciaient pas les critiques libyennes à l’encontre du communisme soviétique.

Les partis communistes occidentaux, à l’exception du P.C. portugais, étaient réservés, bien qu’à titre individuel, quelques militants aient été solidaires jusqu’à l’agression de 2011.

Dans ces conditions très complexes, la Jamahiriya, soumise à un pesant embargo pour « excès d’indépendance » vis-à-vis des E.U. et des grandes compagnies pétrolières, victime d’une hostilité systématique des grands médias, ne pouvait pleinement expérimenter la tentative originale de transformation sociale et politique initiée par la Révolution du 1er Septembre 1969. La réalité concrète du système libyen ne pouvait qu’être un compromis entre le volontarisme des révolutionnaires et les pressions de l’impérialisme occidental. Le fonctionnement interne de la Libye ne relevait pas de la seule responsabilité de ses dirigeants et de son peuple : la logique propre à la Libye subissait les ingérences exogènes des plus puissants qu’elle !

Après des décennies de résistance, en 2011, miné par de nombreuses trahisons, menacé de destruction comme l’avait été l’Irak, affaibli par l’opposition islamiste et la chute du prix du pétrole, le régime de Tripoli a cédé, croyant pouvoir survivre en usant de compromis et compter sur l’avidité financière des dirigeants occidentaux les plus corrompus.

Dans les années 2000, surtout après 2007-2008, le réalisme et les offres faites aux affairistes occidentaux à qui Tripoli a ouvert grandes les portes n’ont pas suffi…

Après 2011, les Etats agresseurs se sont vus « assistés » de plusieurs Etats prédateurs, visant à récupérer dans la mesure du possible, au mépris de la souveraineté libyenne, les ressources de la Libye, utilisée par ailleurs comme « rempart » contre les mouvements migratoires.

Le temps passant, cependant, la justice française et libyenne découvrent peu à peu les sinistres affaires financières qui expliquent sans doute la détermination d’effacer le régime kadhafiste et Mouammar Kadhafi lui-même !

La justice française, ainsi qu’une certaine presse (Médiapart, par exemple), est en voie de relancer « l’affaire des financements libyens » : de hautes personnalité avaient besoin d’argent pour leurs élections et se sont servies, de surcroît, à titre personnel ! Les procédures en cours depuis des années avancent et le renvoi devant le tribunal semble s’approcher notamment avec la découverte des « archives Gaubert » (un affairiste ayant laissé des traces de ses opérations), enfermées dans des coffres de la police après onze ans, selon Médiapart !

La justice libyenne, de son côté, a auditionné, entre autres, Bachir Salah et Ahmed Ramadan qui semblent « très au courant… » !!

Il est ainsi un fait certain, c’est que Mahmoud Baghdadi, dernier Premier ministre du régime de Kadhafi avant sa chute, était en relation étroite avec Claude Guéant (entretien à la prison de Tunis, avant son extradition en Libye !)

L’Histoire dira peut-être bientôt si la France et ses alliés ont détruit la Libye pour des raisons « humanitaires », comme nous le raconte B.H. Levy, ou si les vraies raisons étaient d’une autre nature !

Dans l’attente, il serait utile et juste que les citoyens français et européens, les plus lucides, notent dans leur agenda, le nom de la « Libye », passée sous silence si souvent, dont l’histoire vraie est très révélatrice !

 

Robert CHARVIN

 

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