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30 octobre 2020

Qui sont les rebelles dans le tas ? par Ahmed Halfaoui


http://www.lesdebats.com/editions/250911/les%20debats.htm

Qui sont les rebelles dans le tas ?
Les télévisions, les journaux, les radios, les «spécialistes» et «experts» politiques et de guerres… tous à l’unisson ont des mots formatés et prêts à l’emploi.

Sur un registre unique, ils parlent de la même voix et développent tous le même référent, sans changer une virgule. Ils sont d’autant plus sans nuances qu’ils sont protégés de toute voix contraire et de tout risque d’être contredit. La partition est parfaite, elle ne l’a jamais été autant. A telle enseigne qu’il est difficile de ne pas imaginer une sorte d’union sacrée orchestrée par un maître d’œuvre pointilleux jusqu’à l’obsession.

La presse est devenue unique, aussi nombreux que sont les acteurs et aussi divers que sont leurs horizons, religieux, linguistiques, ethniques. Un vent puissant a balayé les réfractaires, le vacarme étouffe ceux qui sont restés. Le premier laboratoire d’observation de ce phénomène nous est offert par la Libye.

On parle toujours de «rebelles» en Libye, pourtant il y a un Etat, avec un drapeau tout neuf, qui y a été installé par l’OTAN. La remarque vient du fait que ce n’est pas pour désigner la résistance populaire qui, depuis sept mois fait toujours front dans le pays, mais les troupes du pouvoir «élu» d’abord dans les salons des grandes puissances et confirmé par l’ONU.

Mais, comme on n’en est pas à une incongruité près dans le dossier libyen, les mots perdent de leur importance. Ce qui oblige à une gymnastique assez pénible. Récapitulons. Un rebelle est quelqu’un qui s’oppose à une autorité en place. En face, une armée régulière, c’est-à-dire une armée qui est détentrice du monopole légal de la violence.

Cette armée est constituée, pour le moment, des bombardiers de l’OTAN et de troupes indigènes au sol. Ainsi, pour parler justement, comme l’autorité en place est le CNT/OTAN, les rebelles ne peuvent être que les Libyens qui défendent leur terre et leurs maisons à Syrte, Beni Walid, Ras Lanouf, Zaouiah, Tarhouna, Sebha, Brega et là où ils tiennent des positions, et qui font le coup de feu à Tripoli et partout dans le pays.

Rien ne justifie, dans pareil cas, le vocabulaire qui règne dans les médias. Rien ne justifie non plus d’invoquer la menace d’un dictateur qu’on dit en fuite et recherché, quand c’est lui qui est menacé par les «grandes offensives» successives, suivies de «retraites tactiques». Mais, de toute évidence, il y a un semblant de pudeur qui peut faire croire qu’il est plus difficile pour eux de soutenir un Etat qui fait sauvagement bombarder sa propre population et tant pis si les représentants du CNT/OTAN sont les premiers rebelles à jouir du statut de membres des Nations unies.

Auquel cas, le mensonge initial, qui consistait à dire que c’était en défense des droits du peuple de Libye que la «communauté internationale» s’était mobilisée, n’en est que plus gros. Parce que ce sont les civils, composant ce même peuple, qui se font bombarder et qui meurent par centaines par jour.

L’Humanité est, par là même, avertie, si elle ne le savait déjà, qu’il n’y a plus rien de bon à attendre de l’ordre mondial qui s’annonce.
Par Ahmed Halfaoui

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About : Ginette Hess Skandrani

Écologiste, membre co-fondatrice des Verts, présidente de "La Pierre et l'Olivier" réseau de solidarité avec le peuple de Palestine, Co-fondatrice de la commission d'enquête non gouvernementale sur la vérité en Libye,