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27 octobre 2020

Libye : Brigands révolutionnaires et Nations Unies


Libye : Brigands révolutionnaires et Nations Unies

Alexandre Mezyaev
Mardi 27 Mars 2012

 

Libye : Brigands révolutionnaires et Nations Unies

Le Sous-Secrétaire général aux affaires politiques, B. Lynn Pascoe (à gauche), parle avec des membres du Conseil de sécurité, incluant Susan Rice de Zunie (à droite), Gérard Araud de France, Peter Wittig d’Allemagne, et Mark Lyall Grant du Royaume-Uni, avant la réunion du Conseil sur la situation en Libye. (29 Février 2012)

      Tandis que l’OTAN et le CCG persévèrent dans leur projet de remodelage du Grand Moyen-Orient et de l’Afrique du Nord, un flux constant de combattants passe de Libye en Syrie et vice versa. Selon Alexander Mezyaev, loin de rechercher la paix comme le stipule sa charte, l’Organisation des Nations Unies est devenue un instrument de ce projet.

Réseau Voltaire, Alexandre Mezyaev, 22 mars 2012

      Pour la première fois après son établissement en septembre de l’année dernière, le Conseil de sécurité a examiné les résultats de l’opération Mission en Libye. Le rapport du Secrétaire général de l’ONU a été soumis pour examen à l’attention du Conseil afin de convaincre ses membres de la nécessité de prolonger les activités de la Mission. C’est ce qui a été fait. Le Conseil de sécurité a pris la décision de prolonger l’opération Mission pendant une nouvelle période allant jusqu’à 12 mois et stipulé un nouveau mandat. Comme il l’indique, la Mission consiste à : aider les autorités libyennes à définir les besoins et les priorités nationales partout, dans le pays entier ; promouvoir la primauté du droit ; surveiller et protéger les droits de l’homme ; rétablir la sécurité publique ; lutter contre la prolifération illégale de toutes sortes d’armes et matériel apparenté (les missiles sol-air épaulés, connus sous le nom de systèmes portatifs de défense aérienne, sont particulièrement préoccupants).

Quoi que le rapport du Secrétaire général des Nations Unies tentant de décrire les autorités libyennes sous un jour des plus positifs, l’examen minutieux des événements en Libye n’a pu être évité.

Le nouveau rapport de Ban Ki-moon contient des informations sur les opérations de combat des forces loyales à la Jamahiriya arabe libyenne, qui continuent à résister aux occupants de l’OTAN/ONU et à leurs collaborateurs locaux. La résistance se déroule dans les grandes villes : Tripoli, Bani-Walid, Corfou etc. (1).

Essayant d’amoindrir la gravité de la situation, le Secrétaire général des Nations Unies qualifie d’« escarmouches » les actes de guerre, et ce n’est pas la seule absurdité dans son rapport qui ne clarifie guère la compréhensibilité de la situation, mais la rendrait plutôt encore plus complexe. Par exemple, en plus des nouvelles autorités libyennes et des « sympathisants de l’ancien régime », apparaît tout à coup un troisième acteur : certaines « brigades révolutionnaires ». Qui sont-elles, quelles régions contrôlent-elles, qui les commande – le rapport ne pipe mot à ce sujet. Mais le texte fait bien comprendre le besoin de ce nouvel acteur : Les « brigades révolutionnaires » continuent à procéder à des arrestations de présumés partisans de l’ancien régime, et à leur interrogatoire, y compris en des endroits révélés, ainsi qu’à contrôler les centres de détention connus. Perpétrés par les brigades, il y a « de graves actes de torture et des mauvais traitements, sans compter la mort en garde à vue, en particulier à Tripoli, Misrata, Zintan, Gheryan. » (2) Tout devient clair maintenant. Les nouvelles autorités libyennes n’ont rien à voir avec elles ; tout est de la faute de certaines « brigades » mythiques. Encore une autre question surgit : Si les brigades opèrent dans la ville de Tripoli elle-même, qu’est-ce que contrôle le « gouvernement » ?

Ian Martin, le représentant spécial de l’ONU pour la Libye, est venu de Libye pour participer à la session du Conseil de sécurité et faire la lumière sur ce à quoi ressemble la situation sur place. Son rapport ne fut rien de moins qu’un triste spectacle. Il a aussi observé l’existence de certaines « brigades armées », mais on ne sait ni qui elles sont, ni sous quelle autorité elles agissent. (3)

Shalgam, le représentant permanent de l’ONU en Libye, était plus ouvert. Il a dit franchement qu’il y avait des régions où le gouvernement ne pouvait pas établir son autorité. L’absence de présence policière et de tribunaux rendant impossible pour les nouvelles autorités d’être responsables de ce qui se passe là-bas. Mais Shalgam n’a en aucune façon précisé où sont situées ces régions du pays hors du contrôle gouvernemental. Selon le droit international, toute autorité constitue un gouvernement légal si elle contrôle le territoire. C’est de droit. Il est tacitement reconnu de facto que le gouvernement doit contrôler au moins la plus grande partie du pays. C’est exactement ce qui manque dans le cas du Conseil national de transition. Voilà pourquoi les représentants ont besoin d’inventer des rapports assez biscornus.

Les autorités de « nouvelle Libye » savent que leur tête peut tomber en un clin d’œil. C’est pourquoi le représentant de l’ONU en Libye a sonné l’alarme. Il a dit qu’il est connu que certains anciens dirigeants du régime de Kadhafi ont comploté un coup d’État. « Dans les tout derniers jours un certain nombre de cellules armées ont été arrêtées. Elles complotaient de saboter Tripoli et d’y jeter des bombes. Des agents de Al-Kadhafi envoient des fonds en Libye pour des actes de sabotage. » (4) Shalgam a dit avoir envoyé au Conseil de sécurité et à la Cour pénale internationale des copies d’enregistrements de conversations téléphoniques de l’ancien premier ministre libyen, Al-Baghdadi al-Mahmoudi (qui vit désormais en Tunisie), donnant personnellement des instructions pour lancer des actes de sabotage. Une semaine, Abdel Rahim al-Kib, l’actuel « premier ministre » libyen, s’est adressé au Conseil pour lui supplier d’annuler l’embargo sur les armes contre la Libye.

Que brûle la terre sous les pieds du « gouvernement ». Pour sauver le régime actuel, le Conseil de sécurité de l’ONU a abrogé l’embargo contre la Libye sur les livraisons d’armes, qui a été rendu exécutoire par l’article 14 de la Résolution 1973, mais les articles 9 et 10 de la résolution 1970 (avec les amendements introduits par la résolution 2009) sont restés en vigueur. La résistance populaire contre les nouvelles autorités continue toujours. Mais les supplications libyennes pour qu’on leur rende leurs fonds, saisis par les « démocraties occidentales », sont restées, on ne sait pourquoi, sans réponse. La résolution « ordonnait » juste au Comité des Sanctions de superviser en permanence les autres étapes introduites par les résolutions 1970, 1973 et 2009, qui concernent uniquement l’Autorité d’investissement libyenne et le Portefeuille libyen d’investissements africains. Il envisageait aussi une plausible abrogation des sanctions par le Comité, mais seulement le cas échéant. (5)

Dirigée par I. Martin, il y a sous le couvert de la Mission des Nations Unies une opération spéciale visant à envoyer en Libye les bandits de l’« opposition » syrienne.

Dès que le fait a été connu (6), I. Martin a essayé de faire croire que ce ne sont pas des militants, mais plutôt des « réfugiés » fuyant le régime sanguinaire de Bachar el-Assad. Mais pour toute personne ayant déjà vu une carte, il est évident que l’on ne peut « fuir » de Syrie en Libye que par la Jordanie et Israël, en traversant ensuite l’Égypte. Et surmonter tout cela pour obtenir l’asile dans le pays le plus « sans problème » ! On dirait que ces gens ne sont pas des réfugiés, mais plutôt des marathoniens. Comme on peut le voir, c’est une autre histoire loufoque. Mais personne ne se soucie de la véracité des explications fournies.

Les sessions du Conseil de sécurité de l’ONU sont devenues depuis longtemps des exemples de cynisme et d’hypocrisie, une scène à l’échelle mondiale servant à propager des histoires inventées afin d’amener l’opinion publique à appuyer les plus sanglants et ignobles crimes.

Le 9 mars, à Genève, la Commission internationale d’enquête sur la Libye a présenté un rapport officiel à la session du Conseil des droits de l’homme de l’ONU. Son président, (l’ancien chef de la Cour pénale internationale) Kirsch, a déclaré que des crimes contre l’humanité et des crimes de guerre ont été commis en Libye. Il a dit qu’il était nécessaire de faire une enquête supplémentaire sur les actions de l’OTAN dans le pays, ainsi que sur les circonstances de la mort de Mouammar Kadhafi et de son fils Mutassim.

Le représentant de la Russie au Conseil des droits de l’homme de l’ONU a qualifié le rapport de « pas assez objectif ». C’est une interprétation étonnamment diplomatique. Fait bien connu et documenté, de multiples crimes ont été commis en conséquence des opérations de combat de l’OTAN en Libye. On peut rappeler les bombardements sur Zlitan du 9 août 2011, qui ont entraîné la mort de 80 personnes, dont 30 enfants. Ou les frappes contre le centre de télévision de Tripoli en juillet 2011. Inexplicablement ces derniers épisodes, et beaucoup d’autres (les plus importants) avec des victimes humaines sous les bombes de l’OTAN, ne sont même pas mentionnés dans le rapport de la Commission. Ce n’est pas important, le rapport contient une section spéciale consacrée à la mort de Mouammar Kadhafi et de son fils Mutassim, les avocats semblent en tirer d’étranges conclusions. Quoi qu’il en soit, la Commission insiste sur le fait qu’elle a fait de nombreuses demandes, et n’a reçu aucun rapport d’autopsie, mais seulement des images du corps, qui ne permettent pas de déterminer la cause du décès. Cela a permis de conclure que « la Commission a été dans l’incapacité de confirmer que la mort de Mouammar Kadhafi était un délit d’homicide. » (7) Les membres de la Commission, des avocats éminents, ont fait semblant d’être des débutants en matière juridique, qui n’ont jamais vu les séquences vidéo de Kadhafi humilié, ni le témoignage de ses assassins. Il se trouve qu’un fait d’une importance cruciale, un prisonnier privé de vie, n’a aucune portée juridique pour des avocats expérimentés.

Les délibérations du Conseil de sécurité de l’ONU sur la situation en Libye en mars de cette année et les conclusions de l’investigation faite par la Commission d’enquête de l’ONU sur la Libye, attestent qu’un projet visant à transformer la Libye en « zone d’ombre » de la scène politique mondiale est en cours. Des tentatives sont entreprises pour en faire une sorte de sosie de l’Irak et de la Somalie, un lieu incontrôlé où « se propagent d’une façon malade » les armes, le pompage de pétrole libre et la formation de combattants pour de nouvelles révolutions. Seulement, tant que la résistance de la Jamahiriya libyenne ne sera pas brisée, ce plan pourra être contrecarré.

Notes

(1) Référence : Rapport du Secrétaire général sur la Mission d’appui des Nations Unies en Libye, // Document de l’ONU : S/2012/129, 1er mars 2012, paragraphe 9-12.

(2) Rapport du Secrétaire général sur la Mission d’appui des Nations Unies en Libye, paragraphe 24.

(3) Référence : Rapport de I. Martin lors de la session 6728 du Conseil de sécurité de l’ONU, le 29 février 2012, // Document de l’ONU : S/PV.6728, p.3

(4) Référence : Rapport à la session 6728 du Conseil de sécurité de l’ONU par M. Shalkam, représentant de la Libye auprès du Conseil de sécurité de l’ONU, 29 février 2012, // Document de l’ONU : S/PV.6728, p.9-10.

(5) Référence : Résolution 2040 du Conseil de sécurité de l’ONU (2012), 12 mars 2012, paragraphe 9.

(6) Par exemple, M. Vitaly I. Churkin, Représentant permanent de la Fédération de Russie auprès de l’Organisation des Nations Unies, a déclaré lors de la session du Conseil le 7 mars : « Nous avons témoigné au sujet de la prolifération incontrôlée des armes libyennes dans la région. Il ne s’agit toutefois pas seulement des armes qui partent à l’étranger. Des informations indiquent qu’il y a un centre d’entraînement spécial soutenu par les autorités, en Libye, pour les soi-disant révolutionnaires syriens. Leurs cadets sont envoyés en Syrie pour attaquer le gouvernement légitime. C’est totalement inacceptable pour n’importe quel motif légitime. » (Référence : Document des Nations Unies S/PV.6731, p 8.)

(7) Rapport de la Commission internationale d’enquête sur la Libye, // Document : A/HRC/19/68. Paragraphes 33-34.

Original : www.voltairenet.org/Libya-Brigands-Revolutionaries-and
Traduction copyleft de Pétrus Lombard

 

 

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About : Ginette Hess Skandrani

Écologiste, membre co-fondatrice des Verts, présidente de "La Pierre et l'Olivier" réseau de solidarité avec le peuple de Palestine, Co-fondatrice de la commission d'enquête non gouvernementale sur la vérité en Libye,