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16 octobre 2019

« Libérer le Mali est la seule et unique priorité du moment si nous ne voulons pas être soumis à la loi des sauvages pour longtemps »


 « A force de jouer avec les étincelles, on met le feu à toute la plaine  » Ce propos de Mao Zedong peut s’appliquer à ce qui se dessine aujourd’hui dangereusement au Mali et dans toute la sous-région. Nous savons que l’armée malienne, à elle seule, est incapable de reconquérir le nord occupé. Cette armée, aujourd’hui déchirée et divisée en plusieurs factions, ne sait même plus de qui elle doit recevoir des ordres. Sont-ce les ordres émanant du » président » Dioncounda Traoré qui priment ?  Ou ceux du capitaine putschiste,
gonflé de prétentions et tapis dans l’ombre, qu’elle exécute ? Alors que le premier ministre, Modibo Diarra, qui se prend pour le premier
personnage du pays et ne manque pas une occasion pour se mettre en contadiction avec le « président »,  n’en fait qu’à se tête ! Où est le
pouvoir central ?

Mais la principale question que nous devons nous poser est encore plus inquiétante ! Peut-on encore parler d’état malien ?  Les faits, tels qu’ils se présentent, nous obligent à penser que non. Sinon qu’est-ce qu’un état qui était sensé être indivisible et qui se retrouve avec
deux lois dont chacune se veut  fondamentale ? Le Mali n’est pas et n’a jamais été un état fédéral. Mais aujourd’hui nous avons, dans ce pays, la loi de Bamako et celle du Nord. On serait même tenté de parler des peuples du Mali au lieu du peuple malien ! Ce qui définit un état, c’est sa capacité à monopoliser la violence légitime, à juger et à punir, donc à édicter sa loi sur l’ensemble de son territoire. Or ce que nous voyons aujourd’hui, c’est la loi  qui punit,  ampute des mains et lapide des femmes. Cette loi obscure est imposée par des hommes  sortis des ténèbres, mais elle est appliquée dans une partie d’un pays dont l’autre partie vit sous une autre loi !  Aussi je pense que ceux qui continuent à parler d’un état malien  font preuve de
cécité face à une situation qui, à tout moment, peut faire disparaître le Mali tel que défini depuis son accession à l’indépendance en 1960 et embraser la sous-région. Le Nord-Mali est en train de devenir de jour en jour, sans que l’on y prenne trop garde, la capitale de tout ce que l’Afrique compte  de fondamentalistes, de laissés- pour- compte et, surtout, d’hommes n’ayant rien à perdre. Leur point de convergences d’où, pensent-ils, ils pourront partir à la conquête de
nouveaux territoires. Et cela en brandissant  des slogans éculés: lutte contre la corruption et contre l’immoralité, retour aux valeurs fondamentales de l’islam etc…Il faut dire que trop longtemps  les régimes de la sous-région se sont attelés à fabriquer l’homme qui n’a
rien perdre. Cet homme qui se sent méprisé et exclu du partage des richesses, cet homme pour qui les gouvernements ne sont rien d’autres que des associations de malfaiteurs, pour ne pas dire des sectes féodales qui ne servent que les leurs. Pour cet homme, qui en arrive à se dire qu’une fin effroyable est préférable à un effroi sans fin, le Nord-Mali est une aubaine puisqu’on lui fait miroiter un monde  juste basé sur les instructions du Saint Coran. C’est un leurre mais il ne le voit pas, tout absorbé par le mirage  d’un idéal.

Mais ce qui se passe au Mali prouve, encore une fois, l’incapacité des pays africains à se sortir seuls des situations de crise. Le manque de promptitude de la C. D. E. A. O. et de L’union africaine n’a fait qu’aggraver une situation. Si la C.D.E.A.O., fondée en 1975 et réunissant plus d’une quinzaine pays, est incapable de mobiliser 33000 hommes, je dis qu’il y’ a franchement de quoi désespérer d’une telle organisation sous-régionale. Nous savons tous qu’il faudra l’appui logistique de certains pays occidentaux pour reconquérir le Mali, mais je doute de la volonté politique des pays africains. Le Mali divisé est un enfer aux portes des pays frontaliers, contrairement aux calculs politiques et aux arrières pensées de salon. Aucune négociation ne doit être entreprise avec ceux qui ont divisé le Mali. Ceux sont des idéologues, et on ne peut convaincre un idéologue qui est dans un monde dont il est le seul à comprendre les mécanismes. Négocier, c’est céder quelque chose, car on ne peut négocier sans faire des concessions. Le Pays de Filly Dabo Cissoko doit retrouver son unité. Toute son unité !  Et
ceci est l’affaire de tous les pays de la sous-région. Ceux qui se mettront à l’écart doivent s’attendre à en payer les conséquences. Le terrorisme n’ayant pas de terre d’élection, les fanatiques interpréteront leur passivité comme une forme d’adhésion à leur vision du monde. Il me semble que la première chose à faire est d’exhorter ce qui reste de l’exécutif malien à parler d’une seule voix. Que le premier ministre cesse de dire le contraire de ce que dit le « président ».  Le temps de la politique  » du cède-moi ta place » est encore loin.

Libérer le Mali est la seule et unique priorité du moment si nous ne voulons pas être soumis à la loi des sauvages pour longtemps. Car celui qui détruit la culture, et quelle Culture, n’a aucune autre perspective que la sauvagerie ! Et c’est par peur des ténèbres que nous pleurons Tombouctou. Et nous pleureront encore et encore jusqu’au jour où l’espoir brillera sur cette ville qui nous appartient tous !

Sakho Mamadou.(Mamadou Boubou Sakho)

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About : Ginette Hess Skandrani

Écologiste, membre co-fondatrice des Verts, présidente de "La Pierre et l'Olivier" réseau de solidarité avec le peuple de Palestine, Co-fondatrice de la commission d'enquête non gouvernementale sur la vérité en Libye,