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25 août 2019

La récolte qatarie



http://www.lesdebats.com/editions/090113/les%20debats.htm

La récolte qatarie
Les habitants des quartiers environnants de l’aéroport Houari Boumediène ont eu de la chance. Ils n’ont pas à subir les 101 détonations de coups de canon du rite originel, mais seulement 21, depuis que la raison a réduit leur nombre. Selon le protocole historique qui veut qu’il faut accueillir un hôte de marque, un chef d’Etat par exemple, en vidant son artillerie de ses charges de fer et de feu, en signe de paix… ou de soumission.
Après avoir déjà vécu bruyamment la visite de François Hollande, ils ont dû encore une fois, le matin du 7 janvier dernier, subir le vacarme des salves qui ont ébranlé leur quiétude et provoqué l’inquiétude de certains d’entre eux qui ignoraient la venue de l’émir du Qatar. Les réactions ont été à l’hauteur de l’évènement  Le sentiment dominant a été l’étonnement devant tant d’égards accordés à un personnage dont l’image est intimement associée aux tragédies libyenne et syrienne.
Les moins hostiles à l’évènement regrettaient amèrement que le pays, qui a si chèrement payé sa souveraineté, se fende en sollicitude vis-à-vis du fer de lance du néocolonialisme dans la région dite arabe. Les plus nourris de la fierté nationale s’indignaient que l’Algérie accordait autant d’importance à un roitelet qui ne lui a jamais fait de cadeau et qui a tenté de la déstabiliser à travers son Al Jazeera.
Les plus résignés rappelaient que le faste de l’accueil était plutôt destiné à ce qu’il représentait, c’est-à-dire les Etats-Unis. Ce qui est sûr, c’est que Barack Obama a dû hautement apprécier la réception dont a bénéficié l’un de ses principaux satrapes arabes. Qu’à cela ne tienne, la suite va être plus durement commentée.
Le Qatar qui est, à ce que l’on sache, à des lieues de disposer d’une quelconque compétence industrielle, sidérurgique en l’occurrence, a obtenu un partenariat dans le domaine, comme si les dizaines de milliers d’ingénieurs sortis de nos instituts et universités et nos capacités financières étaient en deçà des moyens exigés par le projet de Bellara. De quoi s’interroger sur les intentions des autorités en matière de développement national, quand elles se mettent à faire une «ouverture» de ce type, où l’apport d’un partenaire étranger n’est absolument pas nécessaire et quand ce partenaire n’a rien à offrir, hormis son argent. Un autre projet est tout aussi incongru. Il concerne l’élevage d’outardes, que les derniers de nos éleveurs peuvent mener rondement avec des retombées entièrement profitables à l’économie locale. A moins que c’est de cela qu’il s’agit, quand on nous parle d’IDE et d’intégration du pays à l’économie mondiale. Pas de quoi pavoiser donc, juste se résigner à ce que soient toujours gelées les ressources nationales, selon les règles qui ont mené à la désindustrialisation, pour montrer patte blanche à l’empire néolibéral menaçant.
Juste se soumettre au diktat d’une hégémonie dont le dernier des soucis est de permettre une émancipation de ces pays périphérisés, dont l’Algérie fait partie. Juste obéir à la religion du marché tout puissant, qui ne l’est que grâce à l’adhésion sans contrepartie à ses directives.
Par Ahmed Halfaoui

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About : Ginette Hess Skandrani

Écologiste, membre co-fondatrice des Verts, présidente de "La Pierre et l'Olivier" réseau de solidarité avec le peuple de Palestine, Co-fondatrice de la commission d'enquête non gouvernementale sur la vérité en Libye,