Aller à…
RSS Feed

25 août 2019

S’agissant de l’économie libyenne, à quels problèmes le nouveau gouvernement va-t-il être confronté ?


S’agissant de l’économie libyenne, à quels problèmes le nouveau gouvernement va-t-il être confronté ?

Aux mêmes problèmes que sous Kadhafi. Si l’économie a été privatisée depuis le début des années 1990, – il existe en Libye des entreprises privées, des avocats, des médecins etc. -, il n’en est pas de même des secteurs stratégiques. Comme je l’explique dans mon livre, « Kadhafi, vie et mort d’un dictateur » (Editons Bourin), Kadhafi était confronté au problème, ô combien complexe, de la privatisation des entreprises nationales. Sous Kadhafi, 163 entreprises avaient été privatisées, voire données aux salariés, mais ce fut un désastre. La plupart des salariés se sont retrouvés à la rue faute de rentabilité suffisante de leur entreprise. La nouvelle équipe devra régler ce problème. Il sera d’autant difficile que le secteur privé est réduit à la portion congrue. Il y a en effet beaucoup d’entreprises d’import-export déjà très encombrées. Il va donc être très difficile de replacer les salariés.

Il y a aussi le chômage – de 30% sous Kadhafi – et particulièrement celui des jeunes, lesquels représentent au moins 35% de la population. Où vont-ils travailler, d’autant que seulement 16% des jeunes sont diplômés en Libye (chiffre d’avant la révolte) ? Ces jeunes au chômage vont certainement préférer alimenter les milices aux trafics diffus et lucratifs (armes, drogue, alcool…braquages de banques….) que de travailler dans les usines où le salaire moyen est de 160 euros ou de suivre une formation dans des centres qui se perdent dans les dédales de l’administration, laquelle est quasiment paralysée !

Ensuite, il y a le problème des produits subventionnés. Quand Kadhafi a voulu supprimer les subventions, il y a eu des manifestations en Libye. Le pétrole ne résout pas tout ! Enfin, il faut savoir que la mort de Kadhafi a entraîné une totale désorganisation dans la redistribution, et dans la corruption. Sous sa férule, tout ceci était organisé. Aujourd’hui, ce n’est plus le cas. Ceci explique en partie l’anarchie qui règne aujourd’hui. Le chef étant mort, tout le monde cherche à s’accaparer des circuits de redistribution et de corruption. Les nouvelles autorités auront énormément de mal d’une part à combattre la corruption si tel est leur objectif. Ou remettre sur pied tous les circuits de redistribution ou de corruption.  

On ne voit Kadhafi que sous un aspect, celui du tyran qui réprimait. Que peut-on dire d’autre de lui ?

Dans mon livre, j’explique que Kadhafi a été le maître d’œuvre en Libye de la récupération de la richesse pétrolière qui était aux mains des étrangers. Il a ainsi été à l’initiative de l’augmentation des prix du baril du pétrole que l’Opep n’arrivait pas à augmenter. Il est à l’origine donc des deux chocs pétroliers. Cette action a entraîné dès le début une guerre sur la question du pétrole entre Kadhafi et les Occidentaux, en particulier les Etats-Unis. En 1973, il a été le premier à nationaliser les « sisters » pétrolières anglo-saxonnes. L’Iran a bien tenté de le faire mais a échoué sur la question. En 1982, les Etats-Unis lui ont fait payer son audace et son orgueil en réduisant un quota important d’importation de pétrole libyen. Ceci combiné à une baisse du prix du baril a entraîné une baisse énorme des recettes pétrolières en Libye – elles passent de 22 milliards de dollars à 6 milliards de dollars. La société libyenne coule au point que Kadhafi est obligé d’emprunter sur les marchés financiers. Il cachera tout cela pendant longtemps à sa population. A partir de 1984, Kadhafi arrête ainsi toute importation et tout travaux d’infrastructure. On connait la suite, la vengeance : Lockerbie, UTA, l’embargo… La Libye est dans un trou noir. Elle refait surface réellement à partir de 2005 avec les premiers contrats pétroliers. La Libye redevient riche à ce moment-là.

En savoir plus sur http://www.atlantico.fr/decryptage/apres-mort-kadhafi-libye-plus-etat-helene-bravin-519573.html#3kIJ7DruiyLOJ8ZV.99

Plus d’histoires deLibye

About : Ginette Hess Skandrani

Écologiste, membre co-fondatrice des Verts, présidente de "La Pierre et l'Olivier" réseau de solidarité avec le peuple de Palestine, Co-fondatrice de la commission d'enquête non gouvernementale sur la vérité en Libye,