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24 novembre 2020

Le journal de Résistance.fr


Samedi 15 novembre 2014

Marx et ça repart !Il y a un peu moins d’un mois, une grande journée d’action a marqué la vie de ce pays. Vous l’avez oubliée ? Vous êtes excusable : la grève interprofessionnelle et les manifestations pour la défens de la Sécurité sociale, à l’appel de la CGT, n’ont absolument pas désorganisé la production, et la mobilisation a été tellement modeste que la centrale syndicale elle-même est restée très discrète sur les chiffres…

Étranges défaites

Si Thierry Lepaon est actuellement dans le collimateur des médias, c’est pour le péché véniel des frais de rénovation de son appartement parisien et nullement pour la passivité de la confédération qu’il dirige. Aucune grande grève sous Hollande, malgré une série de cadeaux indécents au Medef, et une soumission servile aux diktats de Bruxelles et Berlin qui imposent l’austérité à vie sur le continent.

Une fois de plus, on ne gêne pas le PS au pouvoir. Mais le mal est plus profond : la CGT a certes lutté davantage sous la droite officielle, mais elle a toujours perdu… et toutes ses défaites étaient programmées. En quoi une journée de grève et de manifestations gêne-t-elle le capital ? Directement, en rien. Ce qui inquiète le grand patronat, c’est le danger d’une grève illimitée, c’est-à-dire la seule action qui touche son unique organe sensible : le portefeuille. L’action ponctuelle n’a donc de poids que si elle est assortie d’un avertissement clair : « Aujourd’hui, nous sommes dans la rue. Si vous ne nous entendez pas, la prochaine grève sera beaucoup plus dure. »

Les dirigeants des confédérations syndicales le savent parfaitement, et ceux de CGT mieux que tous. La dernière grande lutte progressiste victorieuse en France a été celle du Contrat Première Embauche. Et si Villepin a dû reculer, c’est bien parce que les lycéens qui la menaient n’obéissaient pas aux consignes des responsables syndicaux : ils sont entrés en grève illimitée, et n’ont cessé le mouvement qu’avec la victoire. La dernière grande lutte syndicale victorieuse en France fut celle de 1995, dirigée par la CGT des transports ferroviaires (SNCF et RATP) : là encore, grève générale interprofessionnelle jusqu’au retrait du plan Juppé de casse de la Sécu. Rien à voir avec la pitoyable journée du 16 octobre !

Depuis, nous assistons au même spectacle affligeant : la CGT, seule ou avec d’autres, programme une « journée d’action » de temps en temps. Quand la colère du monde du travail est à son comble, la cadence s’accélère : plusieurs journées en 2003 et 2010 pour les retraites, par exemple. Mais plus jamais de mot d’ordre de grève interprofessionnelle illimitée. Pourquoi ?

Déraillement historique

En décembre 1995, juste après la victoire contre le plan Juppé, la direction confédérale de la CGT demandait l’adhésion de la centrale à la Confédération européenne des syndicats (CES). La CFDT fut la première centrale française à en faire partie (c’est tout dire !) suivie de FO.  Mais on n’entre pas à la CES sans montrer patte blanche : pour être acceptée, la CGT dut « toiletter » ses statuts. L’objectif de l’abolition du salariat et de l’exploitation capitaliste (un des fondamentaux du marxisme) en disparut purement et simplement ! En 1999, la CGT put quitter la Fédération syndicale mondiale et rejoindre la CFDT (qui venait de se signaler en trahissant grossièrement le prolétariat lors de la grande lutte de 1995) au sein de la CES. Elle devenait enfin une de ces  « forces de proposition » qu’apprécient tant le Medef et ses « éditorialistes »…

Que fait donc la CES ? Au printemps 2003, alors que plusieurs pays d’Europe étaient en ébullition suite à une série de plans de casse des retraites (l’Autriche elle-même connut une grève générale : du jamais vu dans ce pays !), la CES tenait congrès et accueillait triomphalement un certain Valéry Giscard d’Estaing, qui lui présentait son projet de Traité Constitutionnel Européen (celui-là même qui serait piteusement blackboulé par le peuple français lors du référendum de 2005) ! Son rôle n’est pas de fédérer les luttes en Europe, bien au contraire : elle fonctionne grâce aux subventions de l’Union Européenne !

Une ou deux fois par an, la CES organise une manifestation de permanents (jamais de grève !), la plupart du temps à Bruxelles, pour demander une « Europe plus sociale ». À la fin de cette manifestation, un dirigeant prend la parole pour dire en substance : « si nous ne sommes pas entendus, nous recommencerons. » Et devinez quoi ? La manifestation n’a aucun impact, et une autre « journée d’action européenne » du même tonneau est décidée six mois ou un an après. Pendant ce temps, le grand patronat européen tremble !

Réorienter l’Europe ? Changer la CES ?

La CGT, de par la volonté de ses dirigeants, s’est donc coulée dans le moule de la CES : jamais elle ne dénonce l’intégration européenne. Elle se contente de réclamer une « Europe sociale » dont la simple lecture du traité de Maastricht montre qu’elle est une vaste blague. Jamais plus elle n’organise de grève générale illimitée : seulement des « journées d’action » au soir desquelles le patronat sait qu’elle ramènera sagement ses militants au bercail.

Voilà pourquoi toutes les luttes nationales progressistes, à l’exception du mouvement des jeunes contre le CPE, ont été perdantes depuis près de vingt ans : le plus puissant syndicat de la classe ouvrière est piloté en sous-main par des eurocrates. Quand la CGT a demandé à entrer dans la CES, ses dirigeants ont vendu le processus à la base en expliquant qu’ils allaient changer la CES de l’intérieur. On voit ce qu’il en est en réalité…

Franz Lieber

Dimanche 9 novembre 2014

Y'a bon colonisationVingt-cinq ans après la chute du mur de Berlin, loin de l’opulence des pays riches, la diplomatie occidentale continue de frayer avec les dictateurs qu’elle paye grassement pour engager des guerres par procuration. En clair, pour lutter contre ses propres ennemis. Le dernier exemple en date est celui de l’ex-Président du Burkina Faso Blaise Compaoré, déposé à la faveur d’un soulèvement populaire.

Le curriculum vitae de l’ex-dictateur retrace l’une des périodes les plus sombres de l’Afrique contemporaine. Le Burkina Faso s’appelait la Haute-Volta et était encore une colonie française lorsque naquit dans une petite ville au nord de Ouagadougou Blaise Compaoré, en 1951. Fils d’un ancien tirailleur, il s’engage dans l’armée de son pays après être passé par des écoles militaires, au Cameroun, au Maroc puis à l’École d’infanterie située à l’époque à Montpellier. Le beau Blaise comme on l’appelait à cette époque en raison de son physique avantageux est affecté en 1981 à la tête du centre national d’entraînement commando où il succède à un certain Thomas Sankara. Celui-ci est son aîné de deux ans. Les deux hommes s’étaient liés d’amitié lors d’un stage d’instructeur parachutiste à Rabat, en 1978. Au sein de l’armée voltaïque, le duo fonde avec d’autres camarades de promotion le Regroupement des officiers communistes.

La Haute-Volta est alors en proie à des coups d’État militaires à répétition depuis son accession à l’indépendance, le 5 août 1960. Cette instabilité chronique profite aux courants progressistes, dont l’idéologie influence la génération montante des officiers subalternes à laquelle appartiennent Thomas Sankara et Blaise Compaoré, principaux acteurs de la Révolution de 1983.

Le premier nommé parvient finalement au pouvoir le 4 août 1983 et préside par la même occasion le Conseil national de la Révolution. Thomas Sankara fait rapidement changer le nom de la Haute-Volta, nom issu de la colonisation, en un nom issu de la tradition africain, le Burkina Faso, ce qui signifie le pays des hommes intègres. Il définit son programme comme anti-impérialiste, notamment dans son discours d’orientation politique. Ce dernier, comme son nom l’indique, est la référence théorique de la révolution. Blaise Compaoré est ministre dans ce gouvernement qui entend privilégier les éléments les plus fragiles de la société.

Le 15 octobre 1987, Thomas Sankara est assassiné dans un énième coup d’État. Accusé d’être le cerveau derrière la disparition tragique de son ami et prédécesseur, Blaise Compaoré nie toute implication. Vingt-sept ans après les faits, le mystère de cette disparition reste entier. Le gouvernement français de l’époque, un gouvernement de cohabitation avec Jacques Chirac Premier ministre et François Mitterrand président de la République, ainsi que plusieurs gouvernements africains proches de la France, sont soupçonnés d’avoir joué un rôle dans les événements qui ont précipité la fin de Thomas Sankara et de treize de ses compagnons.

Le comité des droits de l’homme des Nations Unies a condamné en 2006 le Burkina Faso pour « refus d’enquêter sur les circonstances de la mort de l’ancien chef d’État ». Blaise Compaoré n’en a pas moins continué son parcours en entretenant des relations très étroites avec Paris, ce qui lui permet de promouvoir les intérêts de l’ex-puissance coloniale en Afrique. Son clan a en parallèle soutenu activement les milices de Charles Taylor au Liberia et en Sierra Leone, participé à des trafics de diamants au profit du mouvement rebelle angolais de l’UNITA pour finalement jouer un rôle trouble vis-à-vis de certains groupes armés qui ont occupé le nord du Mali à partir de début 2012.

Compaoré est aussi devenu un courtier politique au profit des États-Unis. Ces derniers disposent depuis 2007 d’une base dans la capitale burkinabé. Cette base constitue un réseau d’espionnage dans la région avec des avions espions survolant la Mauritanie, le Mali et le Sahara. Par ailleurs, l’Oncle Sam a offert en début d’année des équipements militaires d’une valeur totale de 1,8 million de dollars comme « matériel de soutien pour les forces de maintien de la paix burkinabé » (sic). Ce n’est pas pour rien que le quotidien Le Monde titrait le 26 avril 2010 son article consacré à la présidentielle gagnée par le président burkinabé avec près de 81 % des voix : « Blaise Compaoré, ex-putschiste devenu artisan de la stabilité en Afrique ».

Alors que le président déchu a été exfiltré par les forces spéciales françaises en Côte d’Ivoire, le nouvel homme fort du pays semble être le lieutenant-colonel Isaac Zida. Adoubé par l’armée, il a affirmé lundi 3 novembre vouloir ouvrir la porte à un régime de transition dirigé par un civil. Paris et Washington ne semblent pas inquiets de la tournure des événements. Le nom du futur dirigeant importe finalement peu, du moment que l’armée, équipée et entraînée par l’Occident, soit en mesure de mettre fin à toute situation instable.

Nous assistons en quelque sorte à une valse des dictateurs, comme si finalement personne n’était descendu dans la rue pour les destituer. Rien ne serait pire pour les puissances occidentales qu’un régime islamique, nous dit-on. Ces basses manœuvres seraient donc organisées pour conjurer la fièvre islamiste. Soit. Mais est-il possible que personne ne se rende compte que cette politique, basée sur l’ingérence et le mépris des peuples, ne fait qu’alimenter la popularité des groupes djihadistes, perçus comme la seule alternative anti-impérialiste et révolutionnaire dans ces régions ?

Bruno Delahaye, ex-responsable de la cellule africaine de l’Élysée, affirmait dans un entretien publié par le Figaro le 12 janvier 1998 qu’il avait dû recevoir dans son bureau quatre cents assassins et deux mille trafiquants de drogue. « On ne peut pas ne pas se salir les mains avec l’Afrique », ajouta-t-il. Tout n’est pourtant qu’une question de volonté. Il semble néanmoins qu’on s’achemine vers un changement dans la continuité. Dommage que les Africains soient les derniers à en profiter. Le continent noir est sous pression. Les troubles qui ne manqueront pas d’éclater à terme auront au moins le mérite de clore cette partie de l’histoire que d’aucuns ont appelée à tort la décolonisation.

Capitaine Martin

Dimanche 2 novembre 2014

Mur entre Israël et la CisjordanieLa nuit des 8 et 9 novembre 1989 reste un symbole de liberté en Europe. À la stupeur du monde entier, le mur qui coupait Berlin en deux depuis vingt-huit ans se fissure. La fin du « rideau de fer », selon l’expression instaurée par Churchill lors de son discours à Fulton le 5 mars 1946 a nourri l’espoir de la fin des divisions entre les peuples.

Depuis, à l’heure de la mondialisation, de l’ouverture des frontières, de la libre-circulation, d’Internet, l’homme construit des dizaines de murs. Parfois longs de plusieurs milliers de kilomètres, barbelés ou électrifiés, atteignant parfois huit ou dix mètres de hauteur, à double paroi, gardés par des soldats, des caméras ou des drones de reconnaissance, souvent renforcés par des mines antipersonnel, les murs de séparation contemporains peuvent ne pas se montrer comparables dans leurs caractéristiques. Les plus fréquents relèvent du domaine sécuritaire, qu’il soit civil ou militaire. Ils ont été construits pour contenir l’immigration ou pour lutter contre la contrebande ou le trafic de drogue. Ils divisent les peuples et les cultures et ont pour point commun de ne jamais remplir totalement leur mission première.

Des milliers de kilomètres de frontières réputées infranchissables séparent aujourd’hui les États-Unis et le Mexique, l’Union européenne et l’Afrique (notamment entre l’Espagne et le Maroc, mais aussi tout le long des côtes méditerranéennes par une forme de blindage maritime, une mer blindée), l’Inde et le Bangladesh, l’Irak et l’Arabie saoudite, etc.

En avril 2002, le gouvernement d’Ariel Sharon a décidé de construire un mur continu le long de la Ligne verte, ligne d’armistice de 1949 et frontière établie en 1967. Les Israéliens parlent de « clôture de sécurité » ou de « barrière de séparation », ou encore de « barrière antiterroriste » ou de « mur de la honte ». Pour Alexandra Novosseloff, la construction de ce mur ne suscite aucun état d’âme : « c’est un fait qui ne fait même pas l’objet de débats dans la société. Les organisations non gouvernementales qui combattent son tracé ou ses conséquences humanitaires n’ont pas remis en cause son principe même. Israël veut matérialiser sa séparation d’avec son voisin. Construire le mur, c’est entamer une séparation définitive dont les gouvernements israéliens étaient déjà convaincus quand ils construisirent une barrière de sécurité autour de la bande de Gaza ». Pour les Palestiniens, la construction du mur confisque leurs terres, les exproprie. « Des plaintes sont régulièrement déposées auprès de la Cour suprême israélienne. Rarement celle-ci a invalidé le tracé initial du mur ou celui imposé par les faits. De façon paradoxale, sans les Palestiniens, leur main d’œuvre, leurs entreprises, leurs carrières, ce mur n’aurait jamais vu le jour. 26.000 Palestiniens sont employés à sa construction ! ».

L’anniversaire de la chute du mur donne chaque année lieu à de nombreux commentaires. Fin mai 2014, le Premier ministre ukrainien Arseni Iatseniouk a affirmé « qu’il n’y aura plus jamais de mur de Berlin en Europe ». En 1989, la complexité et l’ampleur des phénomènes de la mondialisation ne s’étaient qu’en partie manifestées. Les années quatre-vingt-dix et plus encore le début du XXIème siècle ont montré la face cachée de ce phénomène : le terrorisme, l’immigration, les inégalités, la criminalité, l’exclusion sociale, les luttes sociales, la pauvreté, mais aussi la financiarisation de l’économie, les guerres commerciales et l’érosion des droits des travailleurs sont autant d’aspects qui ont marqué les des dernières décennies.

Les murs contemporains n’ont pas pour ambition de stopper les contacts avec les ressortissants de l’autre côté, comme c’était le cas du mur de Berlin. Ils se préoccupent d’enfermer dehors les indésirables. Il définit une communauté sociale et territoriale digne de protection et il définit également les catégories dangereuses dont il convient de se protéger. Il marque surtout un pouvoir de décision (décider de la séparation), un pouvoir de contrôle (contrôler le déplacement des autres) et un pouvoir de catégorisation (légitimer la séparation par la stigmatisation des réprouvés).

Dernières en date, les enclaves urbaines fortifiées (les barrios privados d’Amérique latine, ou quartiers résidentiels surveillés). Ces dispositifs qui ont tendance à se répandre dans le monde entier supposent l’anticipation permanente d’une menace extérieure qui appelle le déploiement de techniques d’inspirations militaire et technique pour contrôler un territoire privatisé. Au sein de ce territoire, un mode de gouvernance privé tend à se substituer au gouvernement public.

Les classes sociales s’isolent. Elles restent entre elles et n’ont même plus conscience d’être riches. Le Frankfurter Allgemeine Zeitung a montré à quel point en Allemagne, il est facile de ne pas se rendre compte qu’on fait partie des plus favorisés. Au quotidien, les classes sociales supérieures ne rencontrent en effet guère de personnes différentes d’elles. Et leurs amis et leurs connaissances ont au moins autant d’argent qu’elles.

On ne rêve pas d’être moins libre, plus pauvre, plus humilié, plus exploité, plus dominé, moins instruit… Pourtant, la précarité est déjà une réalité pour nombre de travailleurs, de privés d’emploi et de retraités, et la peur du déclassement n’a jamais été aussi prégnante chez les autres. Ceux qui pensaient qu’après 1989, après la désagrégation de l’URSS, c’était la fin de l’histoire ou dit autrement, la victoire définitive du capitalisme, commencent à déchanter. L’éternelle grande peur des possédants, des dominateurs cyniques, qui leur fait dire que tout doit changer dans l’univers de la finance pour que rien ne change dans l’univers capitaliste sont en train de prendre un coup derrière la tête.

Capitaine Martin

Les murs dans le monde

Samedi 25 octobre 2014

Europe et lobbiesRenato Soru a fondé Tiscali, le fournisseur d’accès à Internet basé en Sardaigne, région qu’il a présidée de 2004 à 2009. L’homme d’affaires italien est depuis mai 2014 eurodéputé et perçoit à ce titre les émoluments que prévoit une telle fonction : une rémunération mensuelle (avant imposition) de 8.020,53 euros qui, après déduction de l’impôt européen et de la cotisation d’assurance accidents, s’établit à 6.250,37 euros. À l’instar de nos députés nationaux, les députés européens perçoivent différentes indemnités. Ces dernières visent à couvrir les frais qu’ils encourent dans l’exercice de leurs fonctions parlementaires. Ils touchent ainsi une indemnité de frais généraux de 4.299 euros par mois ; cette indemnité vise à couvrir les frais encourus dans l’État membre électeur (comme les frais de gestion du bureau de député, les frais de téléphone et postaux ainsi que l’achat, l’utilisation et la maintenance d’équipements informatiques et télématiques).

Ce n’est pas tout. Les députés doivent souvent voyager à l’extérieur ou à l’intérieur de leur État membre d’élection dans l’exercice de leurs fonctions, mais à d’autres fins que des réunions officielles (par exemple, pour assister à une conférence ou à une visite de travail). À cet effet, pour les activités en dehors de leur État membre d’élection, les députés peuvent bénéficier du remboursement des frais de voyage, de leur hébergement et des dépenses jusqu’à un maximum annuel de 4.243 euros.

Enfin, le Parlement verse une indemnité forfaitaire de 304 euros par jour pour couvrir l’ensemble des autres frais auxquels font face les députés lors des périodes d’activités parlementaires… à la seule condition qu’ils attestent de leur présence en signant un des registres officiels ouverts à cet effet.

Renato Soru est d’autant plus un eurodéputé comblé qu’il est rentré en 2000 dans le classement des milliardaires établi chaque année par le magazine Forbes grâce au boom que connaît Internet. Ses indemnités parlementaires font figure d’argent de poche à côté des bénéfices engendrés par Tiscali. Il n’est pourtant pas le seul dans ce cas-là. Et comme lui, près de la moitié des eurodéputés ont en dehors de leurs activités parlementaires des activités qui pourraient influer sur le cours de leur mandat ce qui, bien que n’étant pas illégal, soulèvent des questions sur d’éventuels conflits d’intérêt. C’est d’ailleurs ce qu’a révélé le 13 octobre Transparency International, une organisation qui se consacre à la transparence et à l’intégrité de la vie publique et économique. Pour l’occasion, l’ONG s’est appuyé sur les déclarations d’intérêts financiers que tout eurodéputé doit déposer.

Les nouvelles règles d’éthique imposent ainsi de déclarer leurs activités professionnelles durant les trois années ayant précédé leur entrée en fonction au Parlement, ainsi que leur participation pendant cette même période aux comités ou conseils d’administration d’entreprises, d’organisations non gouvernementales, d’associations ou de tout autre organisme ayant une existence juridique.

Les cas comme celui de Renato Soru ne manquent pas. Le député européen Guy Verhofstadt est simultanément administrateur indépendant du holding Sofina, administrateur du fonds de pension néerlandais APG et administrateur de l’armateur APX. Ces trois mandats lui ont rapporté en 2013 des revenus bruts respectifs de 130.000, 42.840 et 60.000 euros. Saluons la situation particulière de Nathalie Griesbeck qui gagnerait quelque 33.000 euros par mois dans le cadre des soixante-huit mandats qu’elle exerce. Son assistante parlementaire a rapidement déclaré que Mme Griesbeck avait été désignée par le conseil général de Moselle dans cinquante-cinq organismes en tant que titulaire pour le remplacer, et dans treize organismes en tant que suppléante. « Toutes ces activités sont en outre strictement non rémunérées et exercées au titre du conseil général de Moselle », a souligné l’assistante parlementaire de l’eurodéputée. On est rassurés.

Sur les 751 membres du Parlement européen, 398 (53 %) disposent de revenus en plus de leur traitement de député. Ils gonflent leur salaire annuel d’un montant qui varie entre 5,8 et 18,3 millions d’euros. Transparency International a également constaté des violations au code de conduite des députés en matière d’intérêts financiers et de conflits d’intérêts : sept déclarations sont restées entièrement vierges, un eurodéputé a fourni sa déclaration trois mois après l’échéance et quarante-six déclarations indiquent un revenu durant les trois dernières années inférieur à 1.000 euros par mois.

Cet été, la Britannique Sharon Bowles était embauchée par le London Stock Exchange quelques jours à peine après avoir quitté la présidence de la commission parlementaire des affaires économiques et financières. « Elle avait su tisser pendant ses cinq dernières années un réseau impressionnant parmi les dirigeants des grandes institutions financières, et elle ne cachait pas vouloir le faire fructifier par la suite », persifle un ancien collègue de Parlement.

Depuis le début de la crise, les citoyens sont toujours plus attentifs aux scandales liés à la corruption et aux relations entre politiciens et entreprises privées, dans lesquelles ceux-ci occupent souvent des postes importants. On nous assure que la recommandation d’interdire pendant trois ans toute reconversion d’anciens commissaires dans le lobbying figurait dans une étude diligentée par le Parlement européen en 2008. C’était d’ailleurs l’un des engagements de José Manuel Barroso au début de son second mandat.  « Le Président et l’ensemble de la Commission sont parfaitement conscients de leurs responsabilités et promeuvent l’intérêt général au sein de l’Union européenne sans n’autoriser aucune pression extérieure ou intérêt personnel afin d’exercer une influence indue sur le principe de décision », assurait la Commission en février 2010. Force est de constater que ces déclarations n’ont pas beaucoup fait bouger les lignes. Honnêtement, l’Europe sociale, vous y croyez toujours ?

Capitaine Martin

Samedi 18 octobre 2014

Umbrella RevolutionNos médias (les médias du capital, ne l’oublions pas !) adorent les manifestants hongkongais qui, par milliers prétendent-ils, brandissent des parapluies pour exiger la démocratie, la pure, la vraie, l’authentique !

Il paraît que le gouvernement chinois n’est pas d’accord. Il préférerait désigner lui-même les hommes qui dirigeront Hong Kong. Alors, qui a raison, les manifestants ou le gouvernement chinois ? Attention aux réponses un peu trop spontanées !

Nous qui avons l’expérience de cette démocratie dont rêvent, paraît-il, certains Hongkongais, on sait bien que celui qui gagne ce genre d’élection est celui qui a le soutien du capital : la presse lui passe la soupe tous les jours, les sondeurs expliquent qu’il est incontournable et les experts montrent que son programme est vraiment tout ce qu’il y a de plus raisonnable. En somme, le vainqueur est celui qui dispose de grosses sommes d’argent attribuées à sa campagne par ceux qui en disposent, et qui comptent avoir comme « élus » des gens qui prendront soin de leurs intérêts !

On l’a bien vu en France en 2007 lorsque la presse, les sondeurs et les experts ont largement contribué à promouvoir Nicolas Sarkozy. Les mêmes, en 2012, ont soutenu François Hollande ! On constate (comme c’est surprenant !) que l’un et l’autre mènent des politiques relevant de la même stratégie… en faveur du capital !

Dans le cas particulier de Hong Kong, on remarque que la méthode employée par les manifestants se rapproche des « révolutions orange » : une revendication soi-disant démocratique, un emblème simple à reconnaître (ici, les parapluies) et l’occupation permanente d’un lieu central.

Le gouvernement chinois et les Hongkongais ont bien repéré ce qui se tramait. La main étasunienne et britannique ne fait aucun doute ! Cette revendication « démocratique », si elle était effectivement mise en œuvre, aurait en effet comme conséquence à court terme de séparer Hong Kong de la Chine, et de revenir sur l’accord de rattachement de 1997.

Car si on parle auourd’hui de rattachement, c’est qu’il y avait auparavant séparation : pendant les guerres de l’opium au milieu du XIXème siècle, les puissances coloniales avaient obligé le gouvernement chinois de l’époque à concéder des territoires à leur profit exclusif, sous forme de bail de long terme. C’est ainsi que Hong Kong, territoire chinois, est devenu britannique. À l’époque, les Chinois ont parlé de « traités inégaux », dont fait partie le traité de Nankin.

Les Britanniques pensaient bien que Hong Kong leur appartenait toujours. Mais, au terme de ce long bail centenaire, le gouvernement chinois a fait valoir ses droits et signifié à la Grande-Bretagne qu’il ne serait pas renouvelé : Hong Kong allait redevenir une terre chinoise, gouvernée par la Chine.

La République populaire de Chine et le Parti communiste chinois avaient bien préparé l’affaire : pour convaincre les Britanniques de ne pas faire d’histoire et apaiser les craintes de l’économie hongkongaise, l’accord proposé se résumait en : « un pays, deux systèmes » (c’est d’ailleurs la même proposition que fait la Corée du Nord à la Corée du Sud depuis 1953 : « un pays, deux système »).

L’économie de Hong Kong relève donc d’un système capitaliste, sous contrôle de Pékin. Hong Kong n’est donc pas « un pays indépendant » : c’est une province chinoise, mais administrée de façon très spécifique.

Il est certain que la Chine n’envisage pas un instant de revenir en arrière. Les guerres de l’opium sont bel et bien terminées et Hong Kong restera à la Chine.

Le gouvernement chinois a donc expliqué que le futur gouverneur de Hong Kong sera élu par les habitants du territoire. Cependant, les candidats ne pourront pas être des hommes sous influence faisant campagne avec des financements étasuniens et britanniques : Pékin propose donc des candidats qui portent le principe simple, mais complexe : « un pays, deux systèmes »…

Ce type de filtre est-il légitime ? Oui, parce que le « laisser-faire » favorise de fait la fortune, l’argent de l’étranger anglo-saxon, et, dans le cas particulier de Hong Kong, aurait pour but une nouvelle séparation.

On aura remarqué que le gouvernement chinois traite l’affaire par la négociation et un usage prudent des forces de police. Mais il ne cède pas. L’humiliation des traités inégaux du XIXème  siècle n’est pas oubliée ! Aujourd’hui, la Chine a réglé les questions de frontières avec la plupart de ses voisins, en particulier la Russie. Reste la question de Taïwan et celles, en suspens, avec le Japon et le Vietnam.

Il y a là une tentative manifeste des États-Unis de déstabiliser la Chine. Il y en aura d’autres, soyons-en certains. N’accordons aucun crédit à ces manœuvres !

D.R.

Par Résistance Publié dans : Á propos Communauté : La Cyber-résistance
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Dimanche 12 octobre 2014

Président blanc et liberté blancheLes États-Unis, mieux qu’aucun autre pays, sont passés maîtres dans l’art d’entretenir les mythes liés à leur histoire. Le rêve américain est un concept qui remonte à l’arrivée des pèlerins, au XVIIème siècle. Aujourd’hui, il repose sur trois éléments majeurs : l’espoir d’une vie prospère, l’égalité comme valeur fondamentale et le sentiment d’appartenance à une Nation à nulle autre pareille.  Les discours du président Obama évoquent ces thèmes de mérite personnel et de possibilité de mobilité sociale pour l’ensemble de la population.

Pourtant, tout ce qui brille n’est pas forcément de l’or et deux mandats successifs d’un président noir ne suffisent pas à effacer les blessures indélébiles d’un passé violent, expansionniste et profondément raciste. Cinquante ans à peine se sont écoulés depuis la signature par Lyndon Johnson du Civil Rights Act déclarant de fait illégale la discrimination reposant sur la race, la couleur, la religion, le sexe ou l’origine nationale. Cinquante ans qui n’ont guère fait bouger les lignes. Le pays reste plus que jamais divisé sur une base ethnique en ce qui concerne le revenu, l’instruction, la santé et la possibilité d’ester ou de se défendre en justice. Récemment, l’actrice noire américaine Danielle Watts, qui a campé le rôle d’une esclave dans Django unchained, a vécu une interpellation de plus humiliantes. Alors qu’elle se trouvait avec son mari dans leur voiture dans un quartier chic de Los Angeles, des policiers sont intervenus pour les interpeller pendant qu’ils s’embrassaient. Les forces de l’ordre ont expliqué avoir reçu l’appel d’un résident qui dénonçait une « exhibition indécente d’un homme et d’une femme à l’intérieur d’une Mercedes avec une porte ouverte ». Les policiers n’ont pas reconnu l’actrice et ont pensé que la jeune femme était une prostituée noire qui embrassait son client blanc. Ces choses sont fréquentes dans la très démocratique Amérique ; elles finissent souvent très mal lorsqu’il s’agit non pas de personnes publiques mais de pauvres hères.

Cet été, un jeune noir américain, Michael Brown, était arrêté à Ferguson parce qu’il marchait sur la route et non pas sur le trottoir. Il rentrait de faire ses courses, accompagné par un de ses copains. Il est alors abattu par un policier. Pour défendre Darren Wilson, l’agent blanc qui a tiré, le chef de la police locale invoque l’agressivité dont aurait fait preuve la victime. Mais Brown n’était pas armé, et son copain affirme que le policier a fait feu alors qu’il avait les mains en l’air. L’autopsie pratiquée à la demande de la famille du jeune homme montre qu’il a été touché par six impacts de balle, dont deux à la tête. Les résultats montrent que la balle responsable de la mort laisse supposer que la victime se tenait tête baissée, un signe de reddition au moment du coup de feu. La flambée de colère qui a suivi  serait incompréhensible si l’on se bornait à l’expliquer à travers les seules circonstances de la tragédie.

« Si l’attitude de la police fut l’étincelle qui a déclenché l’explosion de Ferguson, la pauvreté et le désespoir en sont les causes essentielles », révèle le journaliste du Saint-Louis Post-Dispatch, David Nicklaus. Dans le quartier où Brown a été abattu, habité à plus de 70 % par des Noirs, le revenu annuel moyen ne dépasse pas 27.000 dollars (21.500 euros). Et si l’on observe l’évolution des salaires perçus, les chiffres ne sont pas beaucoup plus folichons. Selon les statistiques officielles, les revenus des habitants ont chuté de 30 % depuis l’an 2000. Au même moment s’affiche une insolente richesse dans les quartiers huppés de Saint-Louis habités quant à eux par des Blancs.

Les États-Unis ne sont donc pas ce pays libre et tolérant que les scénarios de films hollywoodiens voudraient nous faire croire. Le racisme de l’époque de l’esclavage a persisté même après son abolition. Si les Noirs américains représentent 12 % de la population américaine, ils forment 42 % du fameux couloir de la mort. Le déséquilibre est encore plus frappant si l’on considère l’origine des victimes : un Noir qui a tué un Blanc a beaucoup plus de chance d’être exécuté qu’un Blanc qui a tué un Noir. Au niveau national, la majorité des victimes ne sont pas blanches. Pourtant, 80 % des sentences sont prononcées à l’égard des meurtriers d’Américains blancs. Par ce constat, on remarque d’une part que la peine de mort est un dispositif majoritairement au service des personnes de couleur blanche et d’autre part, que la vie n’a pas le même prix selon la couleur de la peau ou les capacités financières de chacun.

Le fossé entre Noirs et Blancs s’exprime aussi sur le terrain social. Entre 1984 et 2007, l’écart entre les uns et les autres a été multiplié par quatre, les foyers blancs à moyens revenus étant bien plus riches que les foyers noirs qui sont au plus haut de l’échelle. « Même lorsqu’ils font tout ce qu’il faut – c’est-à-dire étudient, travaillent dur, ont une bonne paie – les Afro-Américains ne peuvent atteindre le niveau de richesse de leurs collègues blancs, et cela se traduit par une grande différence de chances dans la vie », écrit dans un communiqué Thomas Shapiro, coauteur d’une étude publiée en 2010 par l’université de Brandeis (Massachusetts).

De même que les peuples d’Afrique, d’Asie, d’Amérique latine et du monde arabe sont témoins de la brutalité des États-Unis en dehors de ses frontières, ces mêmes communautés sont confrontées à l’exploitation raciste et coloniale à l’intérieur de ses frontières. Ces deux phénomènes sont inextricablement liés. L’Empire s’est construit sur le dos des esclaves noirs et le génocide des Noirs ainsi que sur la colonisation et le génocide des peuples indigènes. Ceux qui pensent que le destin des peuples aux États-Unis est lié aux partis de la classe dirigeante (les Républicains et les Démocrates) vivent dans l’illusion. La défaite de l’Empire américain n’arrivera que par la lutte et par l’organisation du peuple émergeant à travers les soulèvements et la colère des communautés contre l’injustice.

Capitaine Martin 

Dimanche 5 octobre 2014

Aldous HuxleyAu temps du fascisme, le contrôle des gouvernants sur les peuples s’exerçait de manière autoritaire et la répression était la règle contre les opposants au régime. Aujourd’hui, le droit de vote constitue la clé de voûte de la démocratie. Établi en France par la Constitution des droits de l’homme et du citoyen de 1789, il permet à chacun d’exprimer pleinement ses libertés individuelles. Choix des dirigeants, moyen de faire entendre sa voix, voter reste selon la vulgate officielle le moyen le plus efficace et le plus direct de participer à la vie démocratique. La pétition, la grève, la manifestation, etc. ne sont que le corollaire du droit de vote qui reste le rouage fondamental du système démocratique. Cet horizon semble généralement indépassable. Alors, quand Herbert Marcuse affirme « qu’une des réalisations de la civilisation industrielle avancée est la régression non-terroriste et démocratique de la liberté, la non-liberté efficace, lisse, raisonnable, qui semble plonger ses racines dans le progrès technique même », cette phrase interpelle. Pour bien comprendre ce que le philosophe allemand voulait dire, il est nécessaire de comprendre les nouvelles formes d’assujettissement de la société postmoderne d’aujourd’hui, royaume de l’illusion réconfortante chère à Chomsky.

Depuis la disparition du Rideau de Fer et la chute du mur de Berlin, d’aucuns se croient entrés dans une ère post-idéologique. Une ère libérée des dogmatismes du XXème siècle, un monde dans lequel chaque individu est en mesure de déterminer lui-même le contenu de ses représentations intellectuelles,  morales, politiques et religieuses. « On pense à ce que l’on veut et on pense soi-même à ses idées », nous dit-on.

À partir de la fin des années soixante-dix, le néolibéralisme apparaît comme la nouvelle idéologie dominante. Elle sera d’abord mise en application aux États-Unis avec le président Ronald Reagan et en Grande-Bretagne avec Margaret Thatcher avant de se propager au reste du monde. Sur le plan politique, le néolibéralisme prône une réduction maximale de l’État ce qui, mécaniquement, accentue le pouvoir de l’oligarchie. Sur le plan économique, c’est le développement du marché dans tous les domaines, la financiarisation d’une partie du capital et la mondialisation du commerce. L’État n’est plus à même de réguler à lui seul le marché, en conformité avec lequel la politique doit désormais évoluer. On assiste à un renforcement de la libéralisation, de la privatisation et de la dérégulation Les conséquences sociales de ces mutations économiques sont de plus en plus perceptibles et douloureuses : l’émergence d’une « classe supérieure » adaptée au nouvel environnement concurrentiel va de pair avec celle d’un groupe sans cesse grandissant de personnes laissées pour compte. Les intérêts du marché l’emportent sur ceux de la société.

Ces mutations économiques et politiques influencent profondément le monde des idées et de la culture. Ces activités humaines ne doivent-elles pas elles aussi se soumettre aux lois du marché ? Les produits culturels deviennent interchangeables, la solidarité humaine est réduite à des rapports entre producteurs et consommateurs et les institutions culturelles deviennent des entreprises du marché de la culture.

C’est dans les médias, qui règnent à présent en maîtres sur le domaine culturel, que la commercialisation de la culture est la plus évidente. Les médias sont désormais plus importants dans la socialisation que ne l’étaient l’enseignement et l’Église autrefois. La télévision occupe aujourd’hui une place prépondérante dans notre société. Elle est pour ainsi dire le ciment social ; elle constitue le cadre référentiel, quasi unique, de la société. Les médias, on peut s’en douter, fonctionnent à tous égards selon des critères privés, inspirés du marché. Il y a encore une vingtaine d’années, les journaux dépendaient (en partie) pour leur financement d’organisations politiques ou philosophiques. La presse d’opinion était encore bien présente. De nos jours, tous les journaux sont des produits commerciaux dirigés par des entrepreneurs (des patrons) et soumis fatalement aux lois du marché. Il en va de pair avec la télévision.

Ne parlons pas de l’abrutissement dont est victime le secteur médiatique dans sa quasi-totalité. La plupart des journaux et émissions télévisées réduisent l’information et d’actualité aux futilités de la vie quotidienne. Les actualités se traduisent en taux d’audience, si bien que l’information n’est plus diffusée qu’à la condition de générer du profit. Les médias sont pour ainsi dire des producteurs de matière idéologique. Ils déterminent ce dont on parle et ce dont ne parle pas, ce qui peut être regardé et ce qui ne peut pas l’être, qui est ou qui n’est pas « expert ». Ils définissent les limites de la critique permise ; ils font partie de la grande industrie du divertissement, source d’enrichissement infinie pour les propriétaires et ses vedettes.

Le concept d’idéologie se voit dans ce contexte singulièrement réduit à une pensée unique. « Symbole d’un marché désincarné et sans visage, cette dernière évoque une représentation insaisissable du pouvoir, entre dispersion et disparition, dissémination et dissolution ». Notre époque est finalement la plus idéologique qui soit. Comme l’écrivait Marx il y a près de deux siècles dans l’Idéologie allemande, « les pensées de la classe dominante sont les pensées dominantes, autrement dit la classe qui est la puissance matérielle dominante de la société est aussi la puissance dominante spirituelle ». Ainsi, les pensées dominantes ne sont pas autre chose que l’expression idéale des rapports matériels dominants, elles sont ces rapports matériels dominants saisis sous forme d’idées, donc l’expression des rapports qui font d’une classe la classe dominante. Ce sont en quelque sorte les idées de sa domination. Le pouvoir exécutif, le pouvoir législatif et le pouvoir judiciaire, la société dans son ensemble, sont dominés par les relations sociales qu’impose cette pensée unique. Les propositions et projets de lois sont pensés à partir de cet environnement. Sous les apparences de liberté se cache en réalité une dictature suffisamment subtile pour faire croire au plus grand nombre qu’il est encore libre.

Capitaine Martin

Dimanche 28 septembre 2014

Guerre - paixÀ Paris se sont réunis près de trente pays qui veulent la guerre ! Tout fier, le Président français (qui ne représente plus guère la France) n’est pas avare de bons sentiments : il nous parle de lutte contre le terrorisme, de démocratie, d’humanité en danger, d’unir nos efforts, etc.

Ce serait plus convaincant s’il n’avait pas lui-même aidé, protégé, armé ces mêmes terroristes de Daesh qu’il présentait comme des modérés quand il les appelait à se battre contre la Syrie présidée par Bachar el Assad !

Depuis plus de trois ans, l’armée arabe syrienne se bat effectivement contre ces mercenaires, qu’ils se dénomment Daesh ou autrement. Et alors que ces mêmes mercenaires sont en train d’être défaits en Syrie, il se passe quelque chose d’étonnant. À ce qu’on dit, 15.000 de ces hommes de main déferlent en Irak, bousculent l’armée irakienne, s’emparent de plusieurs villes importantes et, très opportunément, font main basse sur une grande quantité d’argent liquide « oublié » dans les banques du coin ainsi que sur des armes toutes neuves qui se trouvaient là ! Bizarre tout de même que tout ça soit tranquillement stocké à portée de main du premier terroriste venu, dans un pays où règne un chaos savamment entretenu par les États-Unis ! Bizarre aussi que le renseignement étasunien n’ait rien vu venir ! Il est vrai que ce même renseignement étasunien avait très clairement vu les armes de destruction massive de Saddam Hussein tout comme il a récemment vu des colonnes de chars russes se diriger vers le Donbass !

Bref, ces terroristes de Daesh déferlent et rien ne semblerait nous dit-on pouvoir les arrêter… sauf si on leur fait la guerre, en Irak comme en Syrie !

Il faut quand même savoir que dans la région, les Étasuniens ont plusieurs objectifs de guerre qu’ils n’ont jusque-là jamais atteints. D’abord la partition de l’Irak en trois parties : chiites, sunnites et kurdes, histoire que l’Irak disparaisse pour de bon et soit remplacé par trois entités dont il serait facile d’attiser les antagonismes. Et surtout détruire la Syrie qui a le toupet de mener une guerre victorieuse contre ces mercenaires envoyés par l’Occident avec le soutien actif (et financier) de pays arabes qui se vautrent dans la soumission à l’impérialisme, tels l’Arabie Saoudite, le Qatar, les Émirats…

Justement, en Irak, Daesh s’installe sur la zone qui aurait vocation à être une terre sunnite ! Les Kurdes du PKK sont vivement encouragés à occuper ce qui pourrait être une sorte de Kurdistan (ça ne fait pas trop plaisir à la Turquie, parce que ça lui prend un bon bout de son territoire, mais elle a choisi son camp – le mauvais – et cela a un prix… qu’elle n’a pas fini de payer !). Le restant, chiite, pourrait rester dans les mains du petit gouvernement irakien.

Ainsi donc, trente pays se sont réunis à Paris, justement ceux qui financent, protègent et dirigent dans les faits, les terroristes à qui ils prétendent faire la guerre. Pournous convaincre de la malfaisance de « l’ennemi » et nous appeler à soutenir leur éradication, des vidéos de décapitations sauvages apparaissent sur le net. Et elles sont « authentifiées » par les services de renseignements étasuniens ! Ben voyons !

C’est bizarre tout de même. Ceux qui combattent effectivement ces groupes de mercenaires depuis des années, ceux qui ont l’expérience de ce combat, ceux qui ont montré toute leur détermination dans l’atteinte de cet objectif, c’est-à-dire la Syrie et son armée, le Hezbollah, l’Iran, leurs alliés russe et chinois, ceux-là ne sont même pas invités !

En somme, sachant que les mercenaires de Daesh sont des hommes de main de l’Occident (à savoir les États-Unis, les pays de l’Union européenne, Israël et les pays arabes à leur solde), sachant que Bachar el Assad, la population syrienne et l’armée arabe syrienne mènent depuis plus de trois ans une lutte victorieuse contre cet Occident qui se bat par procuration en armant, finançant, instruisant des hordes barbares, sachant que la population française, dans sa majorité jamais consultée, soutient la Palestine et la Russie agressées par ce même Occident, on est en droit de considérer que cette nouvelle guerre a trois objectifs.


Le premier est de pérenniser la division en trois entités confessionnelles de l’actuel Irak. Le deuxième est de chercher à tuer Bachar el Assad et de semer le chaos en Syrie, comme ont été tués Mouammar Kadhafi et Saddam Hussein, en éliminant au passage le Hezbollah, présent en Syrie et ultime rempart au Liban contre les agressions d’Israël. Le troisième objectif de guerre est à usage interne (en tout cas en France, mais on peut supposer que les autres pays européens sont sur la même longueur d’onde) : museler le peuple !

En France, une loi est en cours d’adoption. Elle est de même nature que le « Patriot Act » étasunien : supprimer les droits du peuple pour sécuriser le capital !


Il ressort que la liberté de circuler sera suspendue, votre passeport pouvant être confisqué au moindre soupçon policier. Il suffira par exemple que vous ayez exprimé une opinion favorable au Hezbollah ou à la Résistance palestinienne !

Internet est évidemment une cible. L’accès aux sites qui combattent l’impérialisme pourra être interdit, toujours sur décision policière. Et les auteurs pourront être condamnés à de lourdes peines.

Mais ces trois buts de guerre ne sont pas encore atteints ! La Syrie a déjà déclaré qu’elle ripostera à toute agression sur son territoire ; elle a de nombreux atouts en main. La Chine et la Russie ne resteront pas de leur côté les bras croisés ! Les coalisés pourraient ainsi avoir de belles surprises balistiques et informatiques !

En France même, les protestations contre les lois liberticides arrivent de toutes parts, et on se dirige clairement vers un gouvernement autoritaire ! Et nul besoin d’être devin pour voir qu’au-delà des enjeux militaire et économique, il y a celui du contrôle de l’opinion. Or « l’opinion », c’est chacun de nous : alors, protestez, dénoncez, manifestez, faites chauffer les réseaux sociaux !

D.R.

Lundi 22 septembre 2014

Obama - EILa progression spectaculaire et jusque-là incoercible de l’État islamique a de nouveau placé l’Irak sous le feu des projecteurs. Si les médias sont prolixes pour décrire les atrocités du prétendu califat, ils le sont beaucoup moins lorsqu’il s’agit de dire quelle est son origine et qui sont exactement ceux qui s’en réclament. L’État islamique ne surgit pourtant pas de nulle part. Il est le fruit de la politique impérialiste étasunienne au Moyen-Orient dont les racines remontent au chaos irakien post-Saddam Hussein et au récent conflit syrien. Pour bien comprendre son rôle exact, il convient d’analyser brièvement la politique américaine dans le monde arabe dans les trente dernières années. L’islamisme a été au cours de cette période l’allié objectif de l’Oncle Sam au Moyen-Orient. Il est aujourd’hui le prétexte qui permet aux États-Unis d’intervenir dans les pays arabes, soit pour défendre les « bons musulmans » dans leur quête de liberté, soit pour combattre les « mauvais » qui menacent la sécurité de la planète.

Pendant la Guerre froide, l’islam conservateur était l’allié des États-Unis. Il permettait à ces derniers de contenir l’expansion du communisme et l’influence soviétique dans le monde arabe. Une révolution éclata le 27 avril 1978 en Afghanistan, avec pour résultat l’arrivée au pouvoir du Parti populaire démocratique d’Afghanistan. La proclamation de la République démocratique d’Afghanistan lui fut concomitante. Les tentatives faites par les dirigeants du pays de mettre en œuvre de nouvelles réformes qui auraient permis de surmonter le retard structurel du pays se heurtèrent rapidement à une résistance acharnée de la part de l’opposition islamique. Une guerre civile éclata. Fin 1979, l’armée soviétique intervint pour soutenir le régime progressiste en place. La CIA s’appuya alors sur les groupes islamistes, utilisant l’islam radical pour unir les musulmans contre les Soviétiques. On estime que 3,5 milliards de dollars ont été investis sous l’administration Reagan pendant la guerre d’Afghanistan. Après le retrait russe en 1989, les États-Unis ont cessé de fournir des armes sans toutefois rompre les liens avec les moudjahidines afghans. Ils ont ainsi maintenu entre 1994 et 1996  des relations avec les talibans, leur fournissant cette fois-ci un soutien politique par le biais de l’Arabie saoudite et du Pakistan. L’administration Clinton espérait secrètement pouvoir créer un front anti-iranien et anti-chiite pour restreindre l’influence de l’Iran dans la région. Al-Qaïda est né dans ce contexte. En 1993, le quotidien britannique The Independent publiait un entretien avec Oussama Ben Laden, lequel était censé mettre son armée sur la route de la paix (sic).

Cette stratégie a d’ailleurs été également utilisée sous la présidence Clinton dans les années quatre-vingt-dix, lorsque la KFOR, cette force multinationale mise en œuvre par l’OTAN, intervint aux côtés des narcotrafiquants de l’UCK pour instaurer la domination de l’alliance atlantique sur les Balkans et installer une base militaire étasunienne au Kosovo. Mais un changement radical s’opère sous l’ère Bush : complices dans les attentats du World Trade Center, les amis d’hier deviennent les ennemis d’aujourd’hui. La menace d’un ennemi extérieur, forcément musulman, est alors savamment entretenue par de nombreux médias et par la propagande étasunienne. La menace terroriste constitue concomitamment la pierre angulaire de la doctrine militaire des États-Unis et de l’OTAN. Bien qu’il n’y ait aucune preuve que l’Irak soit de quelque manière que ce soit derrière les attentats du 11 Septembre, les soi-disant « armes de destruction massive » censées être présentes dans le pays tiendront lieu de prétexte pour obtenir une résolution au conseil de sécurité de l’ONU en faveur d’une intervention militaire. Ironie de l’histoire, l’Irak baathiste et laïc allait ainsi être balayé au nom de la lutte contre l’islamisme.

La stratégie opère un nouveau virage avec Obama. Les États-Unis doivent intervenir pour défendre le Printemps arabe et les luttes menées contre les « dictateurs » (lire les chefs d’État non adoubés par Washington). Ben Laden, maintenu en vie sous l’ère Bush, disparaît en un clin d’œil, comme pour éviter qu’il n’ait à rendre compte de ses liens passés avec ses anciens bailleurs de fond. Les islamistes, y compris les pires intégristes du Front al-Nosra, redeviennent subitement dans les médias de gentils étudiants en proie à la violence des dictatures qu’ils combattent. Cet argument servira à Obama pour armer des milices en Libye et déposer Kadhafi. Et peu importe que ce pays soit aujourd’hui un enfer à ciel ouvert en proie aux extrémistes de tous poils du moment que les Américains en exploitent le pétrole. La Syrie a failli connaître le même sort. Les Occidentaux y ont sous-traité le conflit à leurs amis, les pays du Golfe et à l’Arabie saoudite en particulier, pensant que cela accélèrerait la chute du président Assad. Et c’est ainsi qu’ont été constitués aux portes de l’Europe des groupes islamistes… avec deux fois plus de combattants qu’il n’y en avait en Afghanistan.

Une aubaine pour la plupart des djihadistes qui allaient se regrouper sous la bannière de l’organisation « État islamique ». Sunnite d’obédience fondamentaliste, cette dernière a proclamé le 29 juin 2014 le rétablissement du califat sur les territoires syrien et irakien qu’elle contrôle. L’intervention militaire étasunienne en Irak et le renversement en 2003 du président Saddam Hussein ont dynamité l’équilibre interne fragile entre la majorité chiite et la minorité sunnite d’un des rares États laïcs arabes. Dans l’anarchie et le chaos qui ont suivi, l’islam politique a d’autant plus réussi à recueillir un large consensus au sein de la minorité ethnique sunnite qu’un million d’anciens membres de l’appareil de sécurité, de l’armée et du parti Baas, charpente du régime de Saddam Hussein, pour la plupart sunnites, sont mis au ban de la société par les Américains. « Dans la mouvance salafiste-djihadiste, la mise à l’écart de ces sunnites propulse les chiites, nouveaux maîtres du pays, en ennemis numéro un », explique Romain Caillet.

Les États-Unis ont alors cru pouvoir mettre en place un gouvernement fantoche qui se prêterait aux intérêts économiques et politiques de l’Occident. Mais ce projet a fait long feu. Le Premier ministre chiite Maliki s’est révélé être un chef de file difficilement manipulable et surtout peu enclin à se soumettre aux ordres des occupants. Crime de lèse-majesté, il s’est insurgé contre les compagnies pétrolières occidentales qui cherchaient à tirer un profit considérable des vastes réserves d’énergie de l’Irak. En 2012, ExxonMobil avait ainsi signé un accord d’exploitation pétrolière avec la région kurde semi-autonome située au nord de l’Irak. Maliki avait logiquement rejeté cet accord, faisant remarquer que tout contrat sur le pétrole devait être négocié avec le gouvernement central de Bagdad et non avec le gouvernement régional du Kurdistan dirigé par Massoud Barzani. Ce dernier, c’est un secret de polichinelle, appelle sans relâche à la création d’un État kurde. Or, le Kurdistan représente une base avancée pour le déploiement de la puissance militaire américaine en Irak. Sa situation permet de surcroît de lorgner sur l’Iran. Enfin, le niveau de coopération entre Israël et les Kurdes a augmenté de façon significative après la chute de Saddam Hussein. Les partisans du rapprochement avec l’entité sioniste, nombreux au Kurdistan, pensent qu’ils ont quelque chose à offrir à l’État juif. Ce partenariat, affirment certains, pourrait créer un nouvel équilibre des pouvoirs au Moyen-Orient, et cette évolution serait très bénéfique pour Israël. Dans ce contexte, il est intéressant de se pencher également sur la question du Kurdistan syrien où l’Occident aurait tout intérêt à voir se mettre en place une région autonome. Les bases d’un État kurde viennent ainsi d’être insidieusement posées… à condition,  cela va de soi, que le nouveau-né s’intègre à la sphère d’influence israélo-américaine dans la région. L’indépendance a un prix…

Après avoir armé l’État islamique en Syrie, les États-Unis voient aujourd’hui débouler les hordes barbares djihadistes sur l’Irak. La déstabilisation de ce pays, tout comme de la Syrie, fait partie du projet de démembrement du monde arabe sur des bases ethniques, confessionnelles ou tribales. Les multinationales n’ont cure de la confusion générée par cette situation, le principal étant pour elles de contrôler les champs pétroliers… et qu’Israël survive en tant qu’État juif.De la chute du bloc socialiste au 11 Septembre, une dizaine d’années aura ainsi été nécessaire pour instituer un ennemi de substitution au communisme, le terrorisme. Le cadre, c’est la stratégie du chaos, fait de désinformation systématique diffusée par des officines officielles, de mesures liberticides contre leurs propres concitoyens, d’occupations armées et de mainmise politique sur des peuples ayant perdu leurs initiatives civiques et leurs immunités. La doctrine, c’est la préemption militaire où faire fi des lois et de l’éthique est légitimé et où les justifications et les preuves sont délibérément manipulées pour fonder le massacre des néo-barbares dans une guerre totale du camp du bien contre l’axe du mal. Au terrorisme tout court, les États-Unis répliquent par le terrorisme d’État. Le général Giap, qui a combattu la France avant d’affronter les États-Unis, disait des colonialistes qu’ils étaient de mauvais élèves. Il ne reste plus à ces derniers qu’à passer à l’addition… forcément salée.

Capitaine Martin

Dimanche 14 septembre 2014

L’extermination silencieuse des éléphants d’AfriqueL’ivoire est la cause du funeste destin qui menace la plupart des éléphants d’Afrique. C’est ce qui ressort d’une étude menée par la National Academy of Sciences (académie nationale des sciences) selon laquelle au moins 7 % des spécimens encore existants ont été tués chaque année depuis 2010. Les défenses des pachydermes servent à nourrir le marché illégal et très florissant de l’ivoire dont Hong-Kong est la plaque tournante.

La situation n’est pas partout la même sur le continent noir. Si un relatif équilibre avait été trouvé dans les savanes de l’Est et du Sud de l’Afrique entre 2002 et 2009 (avant le récent infléchissement de la population d’éléphants), il n’en est pas de même en Afrique centrale où le nombre des pachydermes n’a cessé de diminuer de façon dramatique. Le respect de la vie animale n’a jamais été là-bas une priorité. Ebola n’a été qu’une énième catastrophe dans une partie du monde plombée par les guerres, les pénuries et la famine. L’’ivoire est dans ce contexte une source de financement idéale pour les trafiquants, les gangs criminels et les terroristes. Les Shebab somaliens se financeraient ainsi en grande partie grâce au trafic d’ivoire généré par le braconnage en Afrique de l’ouest, affirme l’ONG Elephant Action League. Selon cette dernière, entre une et trois tonnes d’ivoire transiteraient chaque mois par les ports du sud de la Somalie.

La communauté internationale a tenté de réagir face à cette tragédie. Les principaux pays impliqués dans le commerce de l’ivoire se sont engagés l’an dernier à pénaliser le trafic d’animaux sauvages lors d’un sommet sur la protection des éléphants au Botswana. Hong-Kong a effectué dernièrement des saisies significatives tout en procédant à la destruction des stocks. C’est un signe certes encourageant qui ne cache malheureusement pas les causes du problème.

La pauvreté et les insuffisances de la gouvernance dans les pays où vivent les éléphants, associées à une demande croissante d’ivoire illégal dans les pays consommateurs, notamment asiatiques, expliquent la présente situation. En juillet 2013, environ trois cents éléphants sont morts empoisonnés au cyanure à Hwange au Zimbabwe. Ce jour-là, il fallait ajouter de nombreuses autres victimes collatérales au massacre : des lions, des vautours, des hyènes, etc., ont péri après avoir dépecé les carcasses d’éléphants. Selon Johnny Rodrigues, le président de l’ONG Zimbabwe Conservation Task Force, les autorités minimisent sciemment les pertes. « On cache beaucoup de choses », a-t-il affirmé. « Ceux qui ont été arrêtés sont du menu fretin sacrifié par des gros poissons qui eux restent intouchables. Il y a parmi eux des hommes politiques et des hommes d’affaires importants ».

On ne compte plus qu’un demi-million d’éléphants sur le continent africain, contre 1,2 million en 1980, et leur nombre pourrait baisser de 20 % ces dix dernières années si l’hémorragie n’était pas stoppée. Fin août, la douane vietnamienne a saisi plus d’une tonne de défense d’éléphants qui étaient dissimulées dans un container en provenance du Nigéria. L’ivoire, d’un poids de 1.266 kilos, était caché sous des paquets de cacahuètes.

L’ivoire récolté et exporté clandestinement est essentiellement destiné au marché asiatique. Les défenses finissent comme objets d’ornement ou de sculptures d’objets d’art. Il est malgré tout encore tout à fait légal aujourd’hui de chasser l’éléphant en dépit de l’avenir menacé de l’espèce. Le roi Juan Carlos avait défrayé en 2012 la chronique en se blessant lors d’un safari au Botswana. Ce spectacle d’un monarque chassant les éléphants d’Afrique alors que la crise économique frappe de plein fouet les Espagnols avait provoqué à l’époque un véritable malaise dans la péninsule ibérique. Ironie du sort, Juan Carlos était alors le président d’honneur de WWF Espagne.

Capitaine Martin

Dimanche 7 septembre 2014

Pour enchaîner les peuples, on commence par les endormir…Le système capitaliste repose sur des médias de plus en plus omniprésents car parfaitement adaptés aux évolutions technologiques du XXIème siècle. Journaux et chaînes télévisées représentent aujourd’hui une arme redoutable pour ceux qui tirent les manettes de l’économie globale. Et ne parlons pas de liberté de la presse ! Tout récemment, les mésaventures de Libération, affrontant une des plus graves crises de son histoire, ont nécessité d’avoir recours à des hommes d’affaires fortunés prêts à renflouer les caisses, moyennant forcément une emprise plus ou moins directe sur l’entreprise et partant, la ligne éditoriale. On ne mord pas la main qui vous nourrit…

Malgré ceci, de nombreuses voix se font entendre pour critiquer ce système qui nous pousse inexorablement vers une crise, économique et morale, de grande ampleur. Certains, tel l’éditorialiste du New York Times Roger Cohen, estiment même que les tensions qui agitent l’Ukraine, la guerre syrienne et les conflits territoriaux en mer de Chine sont autant d’éléments qui pourraient déclencher un nouveau conflit mondial. 

Plus que jamais l’Occident, qui continue à être à la traîne de ce système en n’acceptant pas de céder le témoin aux BRICS, met le feu aux poudres en alimentant les guerres et autres entreprises de déstabilisation. Et là encore, l’appareil médiatique n’a jamais autant joué son rôle de propagandiste que depuis la chute du Mur. Le principe du « deux poids et deux mesures » est à ce petit jeu-là un véritable atout dans la manche des États-Unis et de leurs alliés, une arme dévastatrice utilisée au fil des ans pour hypnotiser et tromper une opinion publique de plus en plus privée de sens critique et de profondeur culturelle. Les États-Unis ont même rendu systématique ce « deux poids et deux mesures » en trouvant le terrain d’entraînement idéal avec la Guerre froide qu’elle a menée contre l’Union soviétique au cours du XXème siècle.

Mais comment diable s’y sont-ils pris ? C’est très simple : en accusant le pays des soviets de ne pas respecter les droits humains et d’arrêter injustement les dissidents politiques. Dans le même temps, le maccarthysme battait pourtant son plein au pays des soi-disant libertés, et des milliers d’Américains suspectés d’avoir de simples sympathies pour le socialisme ont connu les foudres de la « chasse aux sorcières ». Certains, à l’image des époux Rosenberg, ont même connu la chaise électrique. Et lorsque les chancelleries dites démocratiques mettaient en cause le bloc socialiste pour son intervention en Hongrie et en Tchécoslovaquie, les États-Unis et leurs alliés écrasaient les revendications populaires en Corée, au Vietnam, en Angola, au Congo ou en Amérique du sud sans que personne n’osât alors remettre en doute la supériorité morale de l’Empire. Et peu importe si, à la même période, les États-Unis étaient en train de dépasser l’URSS en termes de taille relative de sa population carcérale… Les médias avaient déjà fait le tri.

On ne parlera même pas de la politique intérieure des États-Unis, marquée durant les années cinquante et soixante par un racisme quasi institutionnel à l’encontre des Noirs et des Hispaniques. Un racisme impensable pour un pays se faisant le chantre de la liberté. Rappelons que l’ancien président sud-africain Nelson Mandela figurait sur la liste des terroristes établis par l’Empire, et ce depuis la présidence de Ronald Reagan jusqu’en 2008. Son parti, l’ANC (Congrès national africain), était alors considéré par les autorités américaines comme une organisation terroriste en raison de son engagement contre l’apartheid. Ces éléments n’ont pourtant jamais entamé la confiance aveugle des pays d’Europe de l’ouest vis-à-vis de son allié d’Outre-Atlantique. Cela pouvait encore se comprendre tant que l’URSS était debout ; il s’agissait alors d’une guerre idéologique entre l’Ouest et l’Est, et l’Occident se retrouvait, bon gré mal gré, sous le parapluie de l’OTAN.

Avec la chute de son ennemi soviétique, les États-Unis ont perdu toute excuse. N’ayant plus d’Empire du mal à défier, la « reine des démocraties » aurait dû tenir ses promesses et délivrer au monde entier la prospérité que la présence du monstre soviétique empêchait jusque-là d’offrir. Force est de constater que la chute de l’URSS n’a pas conduit à une amélioration des conditions sociales. Pis, les droits des travailleurs ont commencé à être malmenés et le bien-être ne s’est pas propagé si ce n’est par le développement de nouveaux biens technologiques, mais au prix d’un processus de fragmentation de la richesse aboutissant à la capitalisation par quelques-uns de sommes considérables d’argent au détriment du plus grand nombre.

Quant aux guerres, elles sont loin d’avoir disparu. L’Iraq, la Yougoslavie, le 11 Septembre, l’Afghanistan, les Printemps arabes et l’Ukraine nous rappellent que le monde entier verse chaque jour un peu plus dans le chaos. Le « deux poids et deux mesures » figure toujours en pointe de la propagande de guerre que les médias ont mise en place pour apporter un soutien diplomatique et moral aux interventions militaires de l’Occident. De la Libye de Kadhafi à la Syrie d’Assad, les médias ont orchestré sans discontinuer un gigantesque martèlement visant à identifier l’ennemi de la liberté et de la démocratie, le méchant pourrait-on dire, pour le jeter en pâture à l’opinion publique et justifier du même coup leurs prétentions impérialistes.

Ces manipulations, grossières au demeurant, sont d’autant plus possibles que les masses sont littéralement gavées par la propagande d’État. Il est facile dans ces conditions pour les dirigeants occidentaux de ne présenter qu’une analyse sommaire et manichéenne des faits,  une analyse n’appelant aucune réflexion. Pourtant, les militants djihadistes qui combattent Assad après avoir combattu contre Kadhafi sont présentés par les médias comme des combattants de la liberté, alors que les moudjahiddines qui luttent contre les États-Unis en Afghanistan deviennent subitement des terroristes. Plus près de nous, Hollande affirme que le président Assad n’est pas un partenaire fiable contre le terrorisme, alors que ces mêmes terroristes étaient les interlocuteurs de l’Élysée dans ses velléités de destitution des dirigeants syrien et libyen.

En Ukraine, le mouvement de contestation, baptisé « Euromaïdan », montre comment un coup d’État contre un gouvernement démocratiquement élu peut être fomenté avec succès avec un appui étranger et sans intervention militaire. Il dévoile, une fois de plus, la partialité des médias occidentaux qui, avec une argumentation fallacieuse, appuient aveuglément l’interventionnisme occidental et, avec une vision dichotomique, qualifient là aussi les uns de bons et les autres de méchants. Parmi ceux-ci, les séparatistes de la République populaire du Donetsk… comme si cette appellation suffisait à faire d’eux des terroristes.

L’Occident n’a eu de cesse de rendre ces ennemis inaudibles, pratiquant la désinformation par une perte de repères due à la surinformation en vue de créer non des illettrés ou des incultes, mais des êtres en phase de « désorientation », psychologiquement conditionnés et réorientés dans le sens souhaité. Pour enchaîner les peuples, on commence par les endormir…

Capitaine Martin

Vendredi 29 août 2014

MultinationalesOn ne peut que constater dans le monde d’aujourd’hui la détérioration croissante des identités nationales. La mondialisation culturelle, ce phénomène du XXIème siècle, se traduit dans les faits par la diffusion d’un modèle culturel global : le modèle occidental, et plus particulièrement « étasunien ». On parle ainsi d’occidentalisation ou d’américanisation de la culture. Du fait de la superpuissance des idées culturelles occidentales et surtout américaines, ce sont essentiellement ces modèles-là qui servent à toute une partie de l’humanité. Un jeune Japonais portera ainsi le même jean qu’un Français tandis qu’un Indien et un Brésilien acquerront simultanément le même téléphone dernier cri. Les exemples ne manquent pas.

Comment s’opère cette « vulgarisation », cette diffusion à l’échelle globale de la culture occidentale ? Les multinationales ont joué un grand rôle, en contribuant à répandre dans le monde l’organisation et les méthodes de gestion utilisées dans leur pays respectif. Elles diffusent leurs produits par le biais de campagnes publicitaires ciblées. C’est ainsi que l’on peut uniformiser les règles de fonctionnement d’un McDonald’s dans n’importe quel endroit du monde où il est implanté. Les produits sont en effet strictement standardisés et similaires avec un cahier des charges précis imposant aux producteurs locaux des exigences particulièrement contraignantes.

Les entreprises multinationales ont largement bénéficié au cours des trois dernières décennies des politiques de libéralisation du commerce mondial et de la déréglementation opérée sur la circulation des marchandises et des capitaux. Les décisions prises par ces entreprises concernent des dizaines de milliers de salariés et parfois des millions de consommateurs. Elles ont une telle puissance que pour les mesurer, on compare leurs chiffres d’affaires à celui du produit intérieur brut de pays relativement importants. Une comparaison qui se révèle parfois plus éloquente que de longs discours. Exxon Mobil était en 2013 la cinquième plus grande entreprise mondiale. Le pétrolier étasunien avait généré en 2013 un chiffre d’affaires de 438 milliards de dollars. Comparé aux performances économiques des pays, cela représente presque dix milliards de dollars de plus que le PIB autrichien. Avec quelques milliards de plus, Exxon Mobil dépasserait même l’activité de Taïwan ou de l’Argentine.

Le problème aujourd’hui est que le pouvoir des multinationales est non seulement économique, mais aussi politique. Ces entreprises peuvent exercer leur pouvoir en influençant les décisions des gouvernements par le biais des groupes de pression (lobbies) et en finançant les partis politiques (comme aux États-Unis). Il leur arrive même parfois de corrompre directement les agents publics pour parvenir directement à leurs fins. Tout ceci aboutit bien évidemment à rendre de moins en moins transparentes aux yeux des électeurs les décisions prises en politique. On peut même se demander si ces dernières ont été adoptées dans l’intérêt du bien public (ce qui devrait être la norme) ou si elles l’ont été pour satisfaire les volontés de telle ou telle entreprise dont les intérêts, bien évidemment, se trouvent aux antipodes de ceux des citoyens.

Les médias ne sont pas en reste et jouent également un rôle primordial dans la légitimation de ces entreprises. La télévision est accessible à tous grâce aux satellites et les informations circulent dans le monde entier quasiment en temps réel. Les images proviennent essentiellement des États-Unis ou, à tout le moins, du monde occidental. Elles ne sont globalement pas neutres dans la mesure où elles traduisent les perceptions propres de ceux qui font les reportages. Quant à Internet, son développement renforce la dépendance technologique vis-à-vis de l’Occident en même temps qu’il contribue à généraliser l’usage de l’anglais comme moyen de communication universelle.

La politique tout entière est aujourd’hui soumise à ces entités supranationales. Les partis politiques traditionnels dits de gouvernement ne représentent plus une alternative car ils sont contraints, une fois aux manettes, de se plier aux exigences des multinationales. Ils ne détiennent plus le pouvoir de décision qui leur a échappé depuis bien longtemps. Ceux qui tentent de s’opposer à l’hégémonie néolibérale ne manqueront pas en revanche d’être taxés d’antidémocratisme et seront immanquablement perçus comme un obstacle au bon fonctionnement du marché. Pour avoir mis à jour les contradictions du monde capitaliste, on les traitera indistinctement de communistes, voire de fascistes. Malgré toutes les évidences, nos représentants semblent croire que les individus sont conduits à leur insu par cette fameuse « main invisible » grâce à laquelle le marché s’autorégulerait. Surtout, ils ne prennent jamais véritablement position contre la financiarisation de l’économie dont on sait qu’elle a favorisé la spéculation à l’échelle internationale sur les monnaies mais aussi sur les matières premières et alimentaires, entraînant un développement rapide et effrayant de toutes les inégalités sur la planète.

La dichotomie entre la gauche et la droite est bel et bien dépassée, et la démocratie représentative n’est plus démocratique qu’en apparence. Aujourd’hui, le pouvoir est entre les mains d’entreprises privées qui régissent l’ensemble des aspects politiques, économiques et sociaux de notre société et de nos vies. S’inscrire dans ce système, c’est perpétuer la primauté de l’économie sur la politique et entretenir l’illusion de l’alternance démocratique. Méditons cette phrase de l’auteur italien Lampedusa dans le Guépard : « il faut que tout change pour que rien ne change ». En l’occurrence, il a fallu que l’aristocratie italienne acceptât une forme de révolution, acceptât de perdre apparemment son pouvoir pour conserver la réalité de celui-ci. Et l’histoire lui a donné raison.

Capitaine Martin

Mardi 5 août 2014

france-war-on-mali-for-uraniumL’industrie nucléaire a été mise en place en France dès le début des années soixante, avec la création du centre de Cadarache. L’électricité d’origine nucléaire représente aujourd’hui la principale énergie produite (73,3 %) et consommée ; elle provient de cinquante-huit réacteurs répartis sur l’ensemble du territoire. Le groupe Areva, dont les activités sont historiquement liées à l’énergie nucléaire, intervient sur l’ensemble des activités du cycle du combustible : en amont avec la conversion et l’enrichissement de l’uranium et en aval avec le recyclage des combustibles usés. Enfin, il participe activement à la conception et la construction des réacteurs nucléaires. EDF est son principal client.

Le choix du nucléaire a des racines profondes. La France a étendu durant la colonisation son empire sur la zone aride et inhospitalière du Sahel. Cette région a longtemps formé dans l’imaginaire colonial une Afrique « inutile » dont le développement semblait impossible, à l’exception notable du Sénégal. Après leur accession à l’indépendance à partir de 1960, la Mauritanie, le Niger, le Burkina Faso et le Tchad ont été largement délaissés par les grandes puissances dont l’engagement y fut orienté par deux tropismes : l’un francophone, les pays concernés formant une zone d’influence naturelle pour l’ancienne puissance coloniale ; l’autre saharien, hérité lui aussi des temps de la colonisation, synonyme pour les grandes puissances d’espace vide et incontrôlable, pouvant servir de zone tampon aux velléités d’influence des pays du Maghreb et du Machrek, en particulier l’Algérie et la Libye.

Depuis les années 2000, une évolution majeure marque la région : le Sahel est perçu comme un espace dont l’instabilité menacerait la sécurité du monde. Une situation qui a conduit de nouveaux acteurs à s’y engager, comme les États-Unis et l’Union européenne. Et pour cause : les besoins exponentiels en énergie ce territoire en terrain de course pour les ressources naturelles.

Les sites miniers les plus importants se situent à Bakouma en République centrafricaine, ainsi qu’à Akokan et Arlit au Niger. Ces derniers produisent à eux seuls pas moins du tiers des besoins énergétiques français. Présent depuis quarante ans au Niger, Areva exploite l’uranium du nord du pays par le biais de deux filiales, la Somaïr et la Cominak, pour une production de 4.240 tonnes en 2013.

Les choses ont suivi un cours plus ou moins tranquille durant des décennies. Certes, Paris a envoyé plus d’une fois ses paras et ses légionnaires pour protéger ses intérêts (cf. l’opération Barracuda pour renverser Bokassa en Centrafrique ou les opérations Manta et Épervier au Tchad dans les années quatre-vingt pour repousser Kadhafi dans le désert), et la situation était rapidement normalisée… Areva jouait dans ces conditions quasiment à domicile, extrayant l’uranium du continent africain à un prix défiant toute concurrence, quitte à user du pot-de-vin avec les potentats locaux. Et peu importe si des ex employés d’Areva se plaignent de diverses maladies qu’ils imputent aux activités d’extraction. Les profits passent avant tout.

Mais depuis quelques années, deux facteurs sont en train de remettre en cause l’hégémonie de la France au Sahel et partant, l’approvisionnement en uranium à bas coûts. Le premier est la déstabilisation progressive de l’ensemble de la zone sahélienne par les activités des bandes criminelles et des groupes djihadistes de plus en plus agressifs. Le démantèlement de la Jamahiriya libyenne y est (en partie) pour quelque chose. L’incapacité absolue des dirigeants locaux à enrayer le processus n’a d’égale que leur impuissance à satisfaire les exigences fondamentales de leurs populations. L’effondrement de l’un de ces États se traduirait irrémédiablement par un effet domino immédiat sur les autres. Ce contexte extrêmement fragile contraint Paris à recourir de plus en plus souvent à des interventions de stabilisation et à engager de coûteuses opérations militaires : Épervier au Tchad, Licorne en Côte d’Ivoire, Serval puis Barkhane au Mali, Boali hier et Sangaris aujourd’hui en Afrique centrale.

À cet engagement toujours plus lourd, en particulier dans un contexte de crise qui oblige à réduire les dépenses militaires, s’ajoute un deuxième facteur. En effet, la France n’est plus toute seule à mener la partie en Afrique. L’Inde, la Corée et surtout la Chine se font de plus en plus présentes. Le livre blanc publié l’an dernier par cette dernière regorge de chiffres assez éloquents sur la transformation des liens commerciaux entre les deux régions, tout en insistant sur le caractère bilatéral de ces échanges. De fait, la balance commerciale entre la Chine et l’Afrique penche en faveur de cette dernière : sur les 198,49 milliards de dollars d’échanges commerciaux réalisés en 2012, 85,319 étaient constitués d’exportations de la Chine vers l’Afrique contre 113,17 milliards d’exportations africaines. La présence de cette forte concurrence a considérablement réduit le pouvoir de négociation de Paris, obligeant Areva à céder du terrain lors du renouvellement des licences d’exploitation d’Arlit et d’Ako kan : augmentation de 5,5 % à 12 % de la valeur des ressources extraites en faveur du Niger par exemple.

De plus, l’augmentation significative du coût d’extraction de l’uranium ainsi que l’effondrement du prix du minerai,  passé de 140 $ / kg il y a cinq ans à 70  $ / kg aujourd’hui (effet Fukushima), sont loin de faire les affaires d’Areva. Si on y ajoute le poids toujours plus prohibitif des interventions militaires, la position de Paris est en passe de devenir difficilement tenable. L’image de la France est de surcroît en train de se détériorer au Sahel. Bloquée dans un premier temps par l’opération Serval, l’insurrection est aujourd’hui en train de reprendre son souffle et de nombreuses bandes djihadistes se sont installées au nord du Mali. En outre, l’activisme de Paris en Afrique a fait des objectifs français les cibles privilégiées de la galaxie fondamentaliste et des tribus touarègues, traditionnelles ennemies des pouvoirs centraux. Au sud, on assiste à une tentative de pénétration de Boko Haram, notamment dans les zones les plus pauvres et autour du lac Tchad, où la secte terroriste a établi sa base arrière et commencé à y installer des structures paraétatiques de contrôle du territoire en vue d’accroître sa zone d’influence. En République centrafricaine, l’opération Sangaris, si elle a réussi à mettre en sécurité les gisements de Bakouna, ne peut pas faire grand-chose pour stopper les tueries qui s’étendent aujourd’hui à l’ensemble du pays où les milices chrétiennes (anti balaka) et les différentes factions du Séléka s’affrontent de plus belle sous les yeux impuissants de la MINUSCA (mission internationale de soutien à la Centrafrique sous contrôle africain).

La France vit un véritable paradoxe : d’un côté l’ex puissance coloniale doit contrôler la zone pour préserver ses intérêts économiques et de l’autre, elle est financièrement acculée. Paris tente donc de s’appuyer sur des acteurs locaux, tels que le Tchad et son président Déby. Ce dernier, fort du soutien français, a d’ailleurs l’intention d’étendre le pouvoir de sa propre ethnie Zaghawa. On voit déjà les premiers résultats de l’opération : à part sa participation au bourbier centrafricain, c’est au Darfour que N’Djamena veut jouer un rôle en s’alliant aux Janjawid de Moussa Hilal (beau-père de Déby), et ce au détriment de Khartoum. C’est un grand service que le président tchadien rend aux Français. L’Élysée a en effet plusieurs objectifs dans la région en plus de ne pas vouloir voir un autre foyer d’instabilité se former : étendre son influence sur le Soudan et le Soudan du sud avec en point de mire le pétrole qui s’y trouve, mais surtout contrebalancer l’influence de la Chine dont la présence en Afrique fait l’effet d’un véritable pavé dans la mare.

Officiellement décolonisée, l’Afrique n’en reste pas le terrain de jeu de la France. Cette dernière ne pouvant desserrer l’étau sur les pays du Sahel, elle y déplace les chefs d’État selon ce qu’elle a à gagner : pétrole, uranium ou toutes autres richesses présentes dans le sol africain. Les peuples pèsent bien peu dans la balance : qu’importent les guerres, les massacres, les famines, les viols et toutes les autres formes de violence à partir du moment où les affaires continuent. Mais ces dernières sont justement remises en cause, contraignant Paris à conserver par tous les moyens une relation de type colonial avec l’Afrique. Il n’y a pas d’autre explication au redéploiement des forces militaires françaises sur le continent noir.

Capitaine Martin 

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Vendredi 1 août 2014

La Palestine aux PalestiniensDéclenchée le 8 juillet par Israël avec comme objectif affiché de détruire les infrastructures du Hamas dans la bande de Gaza, l’opération « Bordure protectrice » a pris un nouveau tournant le 17 juillet avec l’envoi de troupes au sol. On comptait déjà le 31 juillet 1.373 morts du côté palestinien, parmi lesquels 852 civils et 252 enfants. « Le nombre de personnes cherchant refuge auprès de l’agence de l’ONU pour l’aide aux réfugiés palestiniens (UNRWA) a quant à lui passé la barre des 100.000 personnes », a indiqué l’ONU. On dénombrait 59 victimes du côté israélien (dont trois civils).

Officiellement, l’opération vise à stopper les tirs de roquettes du Hamas. Mais le véritable objectif d’Israël est de briser l’unité du peuple palestinien conquise par l’entrée du mouvement de résistance islamique dans le gouvernement palestinien d’unité nationale, mais aussi de maintenir le Hamas au pouvoir (mais militairement affaibli) afin de justifier la « prison à ciel ouvert » qu’est devenu Gaza après le retrait israélien de l’été 2005.

Pour bien comprendre la stratégie de Tel-Aviv dans sa guerre déclarée contre le terrorisme, il est nécessaire de comprendre la nature du conflit israélo-palestinien ainsi que l’essence même du sionisme. Israël a de son côté toujours tenté de présenter le conflit comme un conflit religieux ou ethnique. Force est pourtant de constater que la démographie joue dans cette affaire un rôle non négligeable. Et quand Théodore Herzl théorisait la création d’un État juif en Palestine, la question de la présence des populations arabes, largement majoritaires dans la zone où devait s’édifier l’État juif, se posait déjà. Inverser la donne et créer une majorité juive dans un territoire allant du Jourdain à la mer a toujours été le but ultime du sionisme. Pour l’atteindre, ses partisans ont utilisé tous les moyens possibles, notamment l’émigration de masse durant le mandat britannique et même le terrorisme, poussant les Palestiniens à quitter les maisons qui les avaient vu naître en vue de les repousser vers l’un des États arabes existants. Les mesures oppressives mises en place par les premiers colons à leur encontre n’avaient d’ailleurs d’autres buts que de favoriser l’occupation totale de la Cisjordanie.

Mais en dépit de cette politique déguisée de nettoyage ethnique, réalisée depuis plus de soixante ans avec le silence complice de l’Occident, le nombre de Palestiniens dans la zone bibliquement définie comme celle de la Terre promise n’a pas diminué. Il a même augmenté. Un rapport du bureau central palestinien des statistiques (BCPS) estime en effet qu’à l’horizon 2020, les Palestiniens seront plus nombreux que les Juifs sur l’entité formée par Israël et les territoires occupés. Selon le quotidien Haaretz, 5,8 millions d’Arabes vivent actuellement en Israël, en Cisjordanie, dans la bande de Gaza et à Jérusalem-Est, contre six millions de Juifs. En 2016, ces populations devraient atteindre le même nombre d’individus  avant de voir les deux courbes se croiser pour atteindre 7,2 millions en 2020, contre 6,9 millions de Juifs. Une situation qui s’explique en partie par un taux de fertilité de 4,4 enfants par famille dans la bande de Gaza. Moins qu’il y a quinze ans où ce même taux atteignait  les six enfants par famille selon le Times of Israel, mais nettement plus que le taux de fertilité des Israéliens, stable à trois enfants par famille.

Les sionistes admettent implicitement qu’ils ne pourront jamais éradiquer la présence palestinienne. Ils se ainsi rabattus sur la solution qui consiste à regrouper autant de Palestiniens que possible sur de petits espaces… pour annexer le territoire restant. On comprend aisément que cette stratégie qui a pour but la colonisation de vastes zones en Cisjordanie n’est pas applicable à Gaza, une minuscule bande de terre sur laquelle s’entassent pas moins de deux millions de Palestiniens.

On comprend mieux aussi la politique menée par l’ex Premier ministre Ariel Sharon, qui a vu le désengagement de Gaza (où le Hamas – organisation « terroriste » aux yeux d’Israël et  de l’Occident – a pris le pouvoir) et la poursuite en parallèle d’une féroce occupation en Cisjordanie… sur laquelle le modéré Mahmoud Abbas essaie tant bien que mal d’exercer le pouvoir dans les limites que l’État israélien veut bien lui consentir. Ainsi, retirer ses troupes d’une zone tenue par des « extrémistes » pour les concentrer sur une zone administrée par des modérés pouvait sembler a priori irrationnel. Mais tout ceci se concevait en réalité parfaitement, l’objectif étant en filigrane l’annexion des territoires.

Mais le projet sioniste se heurte à trois obstacles. Le premier réside dans la prise de conscience de la part de l’Occident que le statu quo qu’Israël aspire à prolonger indéfiniment pour poursuivre son processus de colonisation n’est plus acceptable. Et cette prise de conscience a connu sa manifestation la plus éclatante lorsque l’assemblée générale des Nations Unies a accepté la Palestine comme un État observateur par 138 voix (dont la France), 9 contre (dont les États-Unis, le Canada et Israël) et 41 abstentions (dont l’Allemagne et le Royaume-Uni), officialisant derechef la reconnaissance d’un État palestinien au niveau international.

Le second obstacle est l’émergence d’un nouvel équilibre mondial. Les États-Unis ont toujours été un allié précieux pour Israël. Même si l’Oncle Sam est toujours puissant aux niveaux diplomatique et militaire, il doit aujourd’hui composer avec d’autres puissances que sont par exemple la Russie et la Chine, traditionnels partisans de la cause palestinienne. Dans un tel contexte, les États-Unis n’ont plus la faculté (ni peut-être même la volonté) de contenir l’émotion du monde entier quand Israël exécute sa sale besogne.

Enfin, la tentative de recomposition des factions palestiniennes et la naissance d’un gouvernement d’unité nationale sont vécues par l’entité sioniste comme une menace mortelle pour ses objectifs expansionnistes, et ce pour deux raisons. La première est que la division des Palestiniens en deux factions dont une seule reconnaît le droit à l’existence d’Israël (le Fatah) a toujours été la raison officielle avancée par l’entité sioniste pour ne pas concéder la pleine autonomie à un État palestinien. Tel-Aviv affirme en effet que la Palestine tout entière pourrait se transformer en un nouveau Gaza si le Hamas venait à s’emparer du pouvoir. La seconde raison est qu’un État palestinien en bonne et due forme, c’est-à-dire permettant à ses ressortissants la liberté de circulation, ferait augmenter considérablement la population arabe en Cisjordanie, rendant ainsi impossible la création d’Eretz Israël cher. Les plans sionistes s’en trouveraient contrecarrés.

Le millier de morts palestiniens depuis la dernière offensive de Tsahal est malheureusement susceptible d’augmenter comme en témoigne le refus obstiné d’Israël d’accepter tant la réalité de l’échec de son projet que la présence de deux peuples, désormais numériquement équivalents, sur le territoire de la Palestine historique. Pourtant, au lendemain de la Seconde guerre mondiale, les sionistes avaient assuré aux Occidentaux ceci : « aidez-nous à avoir un État et nous serons les dignes représentants de la civilisation et de la démocratie ». Sous-entendu : nous serons les garants de la civilisation.

Or, depuis maintenant près de soixante-dix ans, l’entité sioniste nous montre tous les jours comment elle conçoit cette dernière. Elle ne cesse d’amplifier la création de nouvelles colonies et pratique délibérément la politique d’occupation des sols. Elle viole quotidiennement le droit international et dénie de facto au peuple palestinien de disposer de lui-même. Elle essaie depuis 1948 de fermer la voie à toute discussion sur le droit au retour et le retire de la table des négociations avant tout accord, si minime soit-il. Les résultats négociés ne peuvent être ainsi que ridicules. Or, les droits s’obtiennent par la lutte et le droit au retour s’impose de lui-même.

Jusque-là, l’entité sioniste n’avait aucune difficulté à négocier sur sa dernière exigence de judaïser Israël parce qu’on avait cessé de poser la condition de son existence. La protection des États-Unis et des Européens bienveillants à son égard en avait fait de facto un État intouchable. Mais le monde change et le projet sioniste a manifestement du plomb dans l’aile. Il est donc aujourd’hui plus que jamais temps de rebattre les cartes.

 

Capitaine Martin

Dimanche 27 juillet 2014

Croatie et Union européenneLa Croatie a célébré le 1er juillet son premier anniversaire dans l’Union européenne. Le panneau de signalisation frappé de l’inscription « douane » avait l’an dernier été symboliquement retiré du passage frontalier avec la Slovénie, la seule ex-République yougoslave qui ait rejoint à ce jour l’UE depuis le démantèlement de l’ancienne fédération communiste. Un panneau portant le signe de l’UE avait été dans le même temps installé à l’extrême est du pays, à la frontière avec la Serbie, pays à qui Bruxelles a également donné l’an dernier son feu vert pour l’ouverture de négociations d’adhésion.

Aujourd’hui, l’ambiance est à la morosité. Zagreb ne parvient en effet ni à enrayer ses problèmes structurels, ni à enrayer un déclin économique, un déclin qui semble inéluctable. Seule embellie : l’année 2014 devrait enfin mettre un terme à cette chute programmée en affichant une croissance nulle. Mais au cours des cinq années précédentes, son produit intérieur brut a diminué de 13 % alors que les analystes de toutes tendances prévoient une stagnation du pays sur le long terme. Pour aggraver les choses, Zagreb attendait de son entrée dans l’espace économique européen un flux plus important d’investissements en provenance de l’étranger. Hors, ces derniers sont allés decrescendo au fur et à mesure que son entrée dans l’UE approchait.

Le pays enregistre le troisième taux de chômage le plus important en Europe. 17,2 % en mars 2014, juste après la Grèce (26,8 %) et l’Espagne (26,8 %). Et le scénario s’avère encore plus sombre chez les moins de 25 ans. Environ un jeune Croate sur deux est sans emploi (49,7 %), comme en Grèce (58,3 %) ou en Espagne (55,5 %). « Il est tellement difficile de trouver un emploi que mes amis n’ont même pas envie de se mettre à chercher », raconte Kristina, 24 ans, étudiante en dernière année de Master en sciences humaines.

Placé sous la férule de Bruxelles, le gouvernement croate n’a désormais plus de marge de manœuvre pour faire face aux difficultés : la dette publique, qui représentait il y a un an 59,6 % du PIB, s’élève aujourd’hui à 64,7 %, ce qui a conduit les gardiens de l’orthodoxie à engager une procédure pour déficit excessif à l’encontre du pays. Ce dernier a répondu aux injonctions en opérant des coupes claires dans son budget qui ont permis de réduire, bien que très marginalement, le déficit en cause. Mais ces mesures interdisent de disposer des ressources à affecter aux investissements plus que nécessaires pour moderniser l’économie et stimuler la croissance. Pendant longtemps, Zagreb s’est engagé à réformer l’administration publique héritée de l’ex-Yougoslavie, engageant des réductions d’effectifs sans reclassement dans d’autres secteurs, entraînant de facto la précarisation de milliers de personnes. Les mesures d’austérité imposées par les experts de la troïka ont au contraire enfoncé un peu plus la Croatie dans la crise.  

La perspective de trouver des hydrocarbures dans la mer Adriatique est la seule bonne nouvelle. Le bénéfice financier espéré pourrait être une belle manne pour remplir les caisses de Zagreb, mais l’exploitation commencerait dans le meilleur des cas dans une dizaine d’années. Et les travaux ne seront pas gratuits.

Pour les libéraux, l’objectif est en tout cas atteint : « nous avons obtenu des frontières sans douanes, de nouveaux passeports et des frais d’itinérance moins coûteux. Mais seul le gouvernement croate peut encore initier les changements que les citoyens attendent vraiment… L’Union européenne n’est pas une baguette magique mais attend un partenaire sérieux, en mesure d’expliquer précisément ce dont il a besoin, pour quelles raisons et de quelle façon il entend l’obtenir. Mais pour cela, il faut engager des réformes et cela fait des décennies que la Croatie attend leur mise en œuvre. »

Les membres du gouvernement de Zoran Milanović, Premier ministre depuis 2011, clamaient en chœur il y a encore peu de temps que les Croates pariaient sur d’importants bénéfices à long terme de leur entrée dans l’Union européenne, tout en acceptant les conséquences négatives à court terme. Lors des dernières élections européennes, seuls 20,84 % des électeurs avaient pris part au vote, ridiculisant le sens même du scrutin. Et le sentiment de subir, à peine entré dans l’antre bruxellois, le sort de la Grèce, de l’Espagne, du Portugal et de Chypre a certainement refroidi les ardeurs. En Croatie, le rêve européen s’est transformé en cauchemar.

Capitaine Martin

Par Résistance Publié dans : Les petits papiers du capitaine Martin Communauté : Parti Communiste Français

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About : Ginette Hess Skandrani

Écologiste, membre co-fondatrice des Verts, présidente de "La Pierre et l'Olivier" réseau de solidarité avec le peuple de Palestine, Co-fondatrice de la commission d'enquête non gouvernementale sur la vérité en Libye,