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23 octobre 2020

La Palestine dé-osloïsée


Palestine

La Palestine dé-osloïsée

Haidar Eid

Mardi 10 novembre 2015

Que se passe-t-il en Palestine ? Est-ce une nouvelle Intifada ? Si oui, quels sont ses slogans ?

De nombreuses personnes comparent la situation actuelle en Palestine à l’apartheid en Afrique du Sud. Les chefs tribaux des bantoustans sud-africains — les « pays » dirigés par des noirs et indépendants de nom créés par le gouvernement raciste — croyaient qu’ils dirigeaient des États souverains. Le régime d’apartheid promouvait la fiction de l’indépendance noire sous son contrôle général, dans une tentative de légitimer et de perpétuer la domination blanche.

Alors que le mouvement anti-apartheid et la quasi-totalité du monde rejetaient l’idée d’une séparation s’appuyant sur l’identité raciale en Afrique du Sud, les dirigeants palestiniens se vantent d’avoir posé les fondations de leur propre bantoustan, prétendant qu’il était l’« État palestinien ».

Pour que le sionisme survive en Palestine, l’« autre » — le peuple palestinien autochtone — doit être assimilé et soumis sans être conscient de cette soumission. Telle était l’idée derrière la décision israélienne d’accorder à la Palestine son « autonomie » sous l’Autorité palestinienne (AP). C’est la logique qui sous-tend les accords d’Oslo de 1993 entre Israël et l’Organisation de libération de la Palestine (OLP) qui instaurèrent cette autorité.

Oslo visait à amener la reddition des Palestiniens et à créer chez eux une conscience passive, mais ses architectes n’avaient pas prévu qu’Israël créerait son antithèse — défiance et réaction — comme une résultante de décennies d’épuration ethnique, de colonialisme d’implantation et d’apartheid.

Ils n’avaient pas compté sur l’héritage de résistance civile et politique qui était devenu la marque de fabrique de la lutte palestinienne. La constitution du Comité national pour le boycott en 2007, deux ans après l’appel aux boycott, désinvestissement et sanctions (BDS) lancé par plus de 170 organisations de la société civile palestinienne et autour duquel il existe un consensus quasi universel, la résistance à la machine de guerre israélienne en 2009, 2012 et 2014 à Gaza, et le soulèvement actuel, tout cela représente ce que j’appelle un processus de dé-osloïsation.

L’illusion d’être un État

Oslo faisait la promesse – tout illusoire qu’elle ne cesserait d’être – qu’un tiers du peuple palestinien, qui vit dans la bande de Gaza et en Cisjordanie, allait concrétiser son « rêve national » d’avoir un État sur rien de plus que 22 pour 100 de la superficie de la Palestine historique.

Mais l’impossibilité de réaliser ne serait-ce que cela — du fait qu’Israël a enraciné son occupation et n’a cessé d’étendre sa colonisation de la Cisjordanie tout en soumettant Gaza à un siège permanent — finit, assez ironiquement, par relancer la question embarrassante des droits des deux tiers restants : les millions de réfugiés dépossédés à l’intérieur et à l’extérieur de la Palestine historique et le 1,5 million de citoyens palestiniens d’Israël de troisième rang.

Les accords d’Oslo feignaient seulement de s’intéresser aux millions de réfugiés palestiniens dispersés dans le monde entier suite à la Nakba, l’épuration ethnique de la Palestine en 1948 par les milices sionistes.

Mais les élites palestiniennes qui signèrent les accords d’Oslo rassurèrent plus ou moins explicitement Israël en disant qu’elles étaient disposées à sacrifier les droits de ces réfugiés en échange d’un État. Quant aux Palestiniens d’Israël, il n’en était pas fait mention du tout.

Oslo était destiné — au mieux — à améliorer les conditions de l’oppression (tout en faisant de certains Palestiniens des partenaires de l’occupation) et, partant, à faire disparaître le « problème » palestinien d’Israël. À la fin, Oslo n’arriva même pas à cela — sauf pour une petite élite palestinienne qui tira parti des accords économiques avec Israël.

La génération d’Oslo

La plupart des événements qui ont eu lieu à Gaza depuis les élections du Conseil législatif palestinien en 2006 — remportées par le Hamas, qui s’était opposé aux accords de 1993 — ont représenté un rejet complet d‘Oslo et de ses retombées.

Et, en remarquant qu’environ 80 pour 100 des Palestiniens de Gaza sont des réfugiés d’autres parties de la Palestine, les résultats des élections de 2006 dans la bande de Gaza et en Cisjordanie deviennent plus compréhensibles en tant que prises de position anti-coloniales et anti-Oslo.

Mais la chose est délibérément occultée par les signataires d’Oslo et leurs complices, qui les sponsorisent.

La résistance des Palestiniens, à l’instar de celle des noirs sud-africains sous l’inhumain régime de l’apartheid et de celles des Afro-Américains sous les lois de Jim Crow, dépend de l’assise morale plus élevée qu’ils occupent du fait d’avoir été dépossédés de leurs droits et de leur terre.

Une victoire palestinienne sera le résultat inévitable de leur sumoud — détermination à rester sur leur terre qui n’a jamais vacillé, en dépit du sentiment qu’on les laisse combattre Israël en ne comptant que sur leurs propres moyens.

Ce qui a contribué à maintenir en vie le régime d‘Oslo pendant si longtemps, c’est la promesse de plus en plus fausse que la récupération [de ce qui avait été perdu] — sous la forme de « création d’État » et d’« autodétermination » — attendait au bout. Mais la génération d’Oslo, les Palestiniens nés après ou vers l’époque de la signature des accords, ne gobe pas cette couleuvre. Ils en ont plus qu’assez et leur message est clair : Le problème ne concerne pas que l’occupation, mais aussi le colonialisme d’implantation, l’apartheid, le nettoyage ethnique et la politique génocidaire d’Israël.

L’actuel soulèvement — qu’on l’appelle Intifada ou pas — peut être le creuset où se forgera une nouvelle équipe de dirigeants, une équipe qui comprendra l’unité de la cause de tous les Palestiniens, qu’ils résident à l’intérieur ou à l’extérieur de la Palestine historique, qu’ils soient réfugiés de fraîche date ou depuis de longues et douloureuses décennies.

C’est une génération qui nous dit qu’elle est opposée à toutes formes de collaboration avec l’occupant. C’est une génération qui n’a rien vu d’autre, dans Oslo, que défaite et humiliation, et elle rejette le tout en bloc.

Elle dit — et nous devrions l’entendre — que la coexistence basée sur la colonisation et l’apartheid n’a absolument rien d’une coexistence. C’est de l’esclavage et elle ne l’acceptera plus.

La jeunesse de Palestine dit ceci : « Nous voulons tous nos droits et nous n’accepterons rien de moins. »

Publié le 9 novembre sur The Electronic Intifada

Traduction : Jean-Marie Flémal

haidar eid 2Le Dr Haidar Eid est professeur associé de littérature anglaise de l’Université Al-Aqsa dans la bande de Gaza en Palestine. Le Dr Eid est un des membres fondateurs du Groupe pour un seul Etat démocratique (One Democratic State Group (ODSG)) et il est également membre de la Campagne palestinienne pour le boycott universitaire et culturel d’Israël.

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About : Ginette Hess Skandrani

Écologiste, membre co-fondatrice des Verts, présidente de "La Pierre et l'Olivier" réseau de solidarité avec le peuple de Palestine, Co-fondatrice de la commission d'enquête non gouvernementale sur la vérité en Libye,