Traduction Marie Meert

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Des agents des forces de sécurité infiltrés flanqués de soldats israéliens s’emparent d’un manifestant palestinien blessé au cours d’affrontements près de la colonie juive de Bet El, au nord de Ramallah, le 7 octobre dernier (REUTERS/Mohamad Torokman)

Les mistaravim, soldats israéliens déguisés en Palestiniens, sont connus pour infiltrer des manifestations afin d’aider à identifier et à capturer des individus recherchés, ce que les observateurs palestiniens dénoncent comme étant une pratique illégale.

Au cours des récentes confrontations israélo-palestiniennes en Cisjordanie et à Jérusalem, des membres de la presse ont filmé ce qui apparaît comme des civils armés, qui remettent des manifestants palestiniens aux Forces de défense israéliennes (FDI). Ces hommes, appelés mistaravim sont habillés pour ressembler à des Palestiniens quand ils opèrent en mission d’infiltration et qu’ils tuent quelquefois des Palestiniens recherchés par les FDI.

Les mistaravim interviennent de plus en plus souvent aux entrées des villes palestiniennes et près des colonies juives, points de friction entre les deux parties.

Le 7 octobre dernier, les mistaravim ont clairement été vus dans des heurts entre les FDI et des étudiants de l’Université Birzeit, puis dans des manifestations près de la colonie de Beit El au nord de Ramallah. Bien qu’on ne dispose pas d’évaluations fiables, Ghassan Da’ar estime dans son livre « Mistaravim : Israeli Death Squads » (2005) que les istaravim ont tué 422 Palestiniens entre 1988 et 2004.

Al Jazeera a présenté le 27 mars un documentaire sur les mistaravim, débattant de leurs missions et opérations secrètes. On trouve également sur Youtube de nombreuses vidéos sur les mistaravim.

Imad Hussein, figure marquante des manifestations en Cisjordanie, a déclaré à Al- Monitor : « En quelques secondes les mistaravim se transforment de civils palestiniens en soldats israéliens portant de petits pistolets. Après avoir capturé les manifestants qu’ils voulaient, ils mettent un couvre-chef marqué « Police » en hébreu. Pendant les dernières manifestations, des jeunes qui lançaient des pierres vers le soldats ont été choqués de voir plusieurs hommes masqués qui se mettaient à tirer sur eux. Ils se sont révélés être des mistaravim » .

Les Palestiniens ont accumulé d’importante quantités de données sur les mistaravim pendant la première et la deuxième intifada. Ils parlent couramment l’arabe. Pendant des affrontements ils sont difficiles à identifier dans la masse, vu que les gens se couvrent les visage de foulards ou de T-shirts, craignant d’être filmés par les caméras des FDI et arrêtés par après ».

Le reporter photographe Ibrahim Jumaa a dit à al-Monitor : « Les mistaravim travaillent sous couverture, au milieu des Palestiniens. Ils les encouragent à lancer des pierres, à s’avancer et à attaquer les soldats. Ils offrent aussi de l’eau à boire aux manifestants, puis, tout d’un coup, ils les attaquent. Je les ai vus plus d’une fois pointer un flingue sur les manifestants près du poste de contrôle de Qalandia dans la banlieue de Jérusalem, et aussi à Ofer près de Ramallah, et tirer sur eux quelques secondes avant que les soldats n’arrivent ».

Récemment les mistaravim se tiennent dans le premiers rangs de manifestants, à quelques mètres des soldats israéliens, aux entrées de villes cisjordaniennes. Ils lancent des pierres vers les soldats et s’abritent des lacrymogènes et de balles gainées de caoutchouc derrière de grandes barricades. Et puis, subitement, ils s’éloignent des manifestants, sortent leurs pistolets et tirent sur eux. Quand les soldats les rejoignent, les mistaravim arrêtent les gens et les emmènent dans des véhicules militaires.

Al-Monitor a rencontré Abdu Hadi, pseudo d’un Palestinien arrêté récemment par les mistaravim. « Pendant que j’étais avec les manifestants dans la banlieue de Jérusalem, six hommes armés habillés en civils et de type arabe nous ont attaqués. Plus tard nous avons su qu’ils étaient au milieu de nous depuis plus d’une heure, jusqu’à ce que ce soit le moment d’arrêter trois jeunes. J’ai survécu miraculeusement, de même que les deux autres, après que les manifestants ont continué de lancer des pierres sur les mistaravim » raconte-t-il.

Les mistaravim suivent un entraînement intensif qui diffère de celui des soldats israéliens ordinaires. Ils apprennent à maîtriser le dialecte et les coutumes des Palestiniens. Parfois ils se déguisent pour ressembler à des vieux Palestiniens ou à des vendeurs de rue.

Le calme règne habituellement avant leur entrée en scène dans une manifestation. Les soldats se retirent un peu et font une pause de lacrymogènes et de balles caoutchoutées. Les mistravim encerclent habilement les manifestants, en coopération avec l’armée, et quand les soldats s’avancent à nouveau vers l’avant de la manifestation, les mistaravim attendent à l’arrière les manifestants qui s’en vont.

Maha al-Husseini, pote-parole d’Euro-Med, a exprimé à Al-Monitor « sa profonde préoccupation concernant l’utilisation croissante par l’armée israélienne des mistaravim lors des confrontations actuelles dans les Territoires palestiniens ». Selon Husseini « c’est parce que leurs opérations sont illégales et violent le principe de la distinction entre civils et combattants, ce qu’interdit le droit humanitaire international, car les soldats israéliens déguisés en vêtements civils mettraient en danger les civils. Et en outre, la mission des mistaravim est de collecter des informations, de commettre des assassinats et des enlèvements ou de disperser des manifestants. La façon dont ils arrêtent les Palestiniens est très violente et est ressentie comme une tromperie. Les personnes arrêtées subissent des tabassages brutaux et injustifiés ».

Le Centre d’Information Palestinien, un site web officiel du Hamas, a posté le 8 octobre un article pour faire prendre conscience aux manifestants de la nécessité de se protéger des mistaravim. L’article conseille aux manifestants de porter des couleurs claires, car les mistaravim portent des vêtement sombres et larges afin de dissimuler leurs armes. Il dit que les manifestants devraient enfoncer leurs T-shirts dans le pantalon parce que les mistaravim les portent flottants pour couvrir leurs pistolets. Le site recommande aussi de se déplacer en petits groupes au moment des confrontations afin de pouvoir se reconnaître et identifier des étrangers.

Les mistaravim posent un véritable défi pour la poursuite de manifestations palestiniennes en Cisjordanie. Ils arrêtent les meilleurs des manifestants, les plus actifs et ils sèment le doute et la défiance parmi les jeunes Palestiniens, permettant aux FDI de faire d’une pierre deux coups …