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16 juillet 2019

La crise au Venezuela et la cristallisation de la crise du système globaliste-atlantiste


Russie politics

Karine Bechet-Golovko

En soutien à Maduro

Mardi 5 février 2019

La crise au Venezuela s’intensifie, non sans l’aide particulière apportée par les pays européens et surtout la France aux Etats-Unis pour se débarrasser (enfin) de Maduro, qui avec sa politique socialiste pose des problèmes. Evidemment en matière de droits de l’homme. Rappelons que les réserves de pétrole au Venezuela sont parmi les plus grandes au monde. Le coup d’Etat contre Maduro se met en place, Trump aux manettes, Macron en première ligne. Reste la Russie, pleine de bon sens, qui tente de sauver l’institution des élections, avant que nos sociétés ne sombrent dans une nouvelle phase de chaos dictatorial, seule apte à préserver les intérêts du clan atlantiste, trop éloignés des aspirations des populations pour maintenir le masque démocratique. Le Venezuela révèle toute l’ampleur de la crise idéologique qui s’empare de nos sociétés.

L’arrivée de Maduro au pouvoir en 2014, après Chavez, s’est accompagnée d’une montée en puissance des sanctions adoptées contre le pays, au nom de la sacro-sainte démocratie, de la lutte contre la corruption (qui ne dérangeait pas avant), pour une meilleure répartition (dite libérale) des richesses, etc. Bref, une guerre économique menée contre un pays et un peuple. Un combat qui se livre de l’extérieur (Etats-Unis, Canada, avec l’aide de UE) contre le Venezuela, avec l’appui de certaines structures à l’intérieur et qui permet ainsi d’appauvrir le pays, de provoquer et entretenir une crise socio-économique, ensuite utilisée dans les discours internationaux pour discréditer un Président déclaré incompétent, voire criminel. Rappelons qu’au-delà de la question des droits de l’homme, qui n’intéresse personne lorsque la « bonne » personne est aux commandes, la « voix populaire » devient à nouveau un argument dès lors qu’il s’agit d’un pays dont les réserves de pétrole sont les plus importantes au monde et qui n’est pas dirigé dans le sens exigé de la mondialisation atlantiste. La question des droits de l’homme est évidemment centrale …

C’est pourquoi le « peuple » vénézuélien sorti dans la rue contre Maduro est soutenu par l’étranger, c’est pourquoi le peuple vénézuélien soutenant Maduro est ignoré, autant que les Gilets Jaunes en France. C’est pour ça que Macron soutient ce « peuple » demandant le départ d’un président dit « illégitime » (car ne mettant pas en place une « juste » répartition des richesses – dans la foulée globaliste) et que ce même Macron gaze et combat son « peuple » des Gilets Jaunes, qui demandent son départ en raison d’une politique de répartition des richesses qu’ils ne considèrent pas comme juste, en raison d’une politique qui oublie l’intérêt national.

Tous les peuples ne sont pas égaux, tous les Présidents non plus. 

Les élections présidentielles se tenant en mai 2018, Guaido, sachant très bien que l’opposition minoritaire, va perdre dans les urnes, commence des négociations secrètes avec Washington, pour préparer des manifestations et obtenir par la contrainte dans la rue ce qu’il ne peut gagner librement par les urnes. Il obtiendra, ainsi, le soutien de la Colombie et du Brésil, avant même les élections, en plus de celui des Etats-Unis. Ce que révèle l’AP dans un article très détaillé. Et le plan fonctionne à merveille, non sans le soutien de l’UE, dont l’indépendance à l’égard des Etats-Unis est une farce grotesque.

Le scénario n’a, par ailleurs, rien de nouveau. il a déjà été testé en Ukraine en 2004, lors de la révolution orange, où un troisième tour des présidentielles a été obtenu de force, après d’énormes pressions de la part des Etats-Unis, de l’UE et de l’OSCE. Ce qui a permis de détruire le système électoral ukrainien et de conduire le pays dans la crise qu’il connaît aujourd’hui : la légitimité ne venant plus du peuple, de l’intérieur, mais de la volonté et des intérêts changeants de puissances extérieures. Et les personnages au pouvoir servent alors non plus les intérêts d’un peuple dont ils n’ont plus besoin pour se maintenir au pouvoir, mais de leurs véritables maîtres.

Avec le Venezuela, nous sommes passés à la vitesse supérieure et les pays du bloc atlantiste n’attendent pas qu’un troisième tour soit organisé pour déjà déclarer qui est « leur » président. Les Etats-Unis, le Canada, le Brésil, la Colombie (ces pays qui ont organisé le coup d’Etat) ont évidemment reconnu Guaido. Mais pour que l’affaire prenne toute son ampleur, il faut aussi le soutien formel des pays européens. C’est pourquoi, après que le Parlement européen, sans en avoir la compétence, ait lui aussi reconnu Guaido, trois pays européens (la France, l’Allemagne et la Grande-Bretagne), pour tenter de donner un léger vernis de légitimité à ce coup d’Etat, ont lancé un absurde ultimatum de 8 jours, afin que Maduro organise de nouvelles élections « libres », qu’il doit évidemment perdre. Pour être « libres ». Or, il a réellement un soutien important au sein de la population, quand le soutien de Guaido est très faible à l’intérieur. Maduro refuse évidemment cette farce aux relents impérialistes, il a déjà été élu par le peuple vénézuélien, que sa politique plaise ou non aux pays du bloc atlantiste ne leur donne pas le droit de décider d’un nouveau président, qui leur serait soumis.

Sans attendre cette fois-ci la tenue d’une nouvelle élection, les pays européens, la France en tête, se lancent dans une étrange reconnaissance d’un individu qui n’a pas été élu, mais est simplement monté sur des barricades après une tournée internationale. Dans la forme, il s’agit de déclarations à la presse ou sur twitter. Les mécanismes juridiques sont laissés de côté, il est vrai que le droit n’a ici pas sa place, c’est de la comm et de la politique. L’on notera l’étrange tweet de Macron:

Ce texte appelle plusieurs questions. Tout d’abord, pourrait-on m’expliquer ce que, juridiquement, signifie « président en charge » ? Absolument rien, ça n’existe pas et c’est d’ailleurs la raison pour laquelle l’expression est entre guillemets dans le texte. C’est, en fait, une sorte de manager qui, n’ayant aucune légitimité intérieure pour avoir une quelconque chance d’être élu (même avec l’aide étrangère), doit organiser la mise sous tutelle du pays. Ainsi, l’on appréciera le lien entre la volonté du peuple et finalement le « Groupe de contact créé avec l’UE », qui va se charger de déterminer ce que veut le peuple vénézuélien. Et le meilleur reste à venir avec ce Groupe de contact :

Un groupe de contact international constitué par l’UE pour favoriser l’organisation d’élections présidentielles « libres, transparentes et crédibles » doit se réunir le 7 février à Montevideo, ont annoncé dimanche la cheffe de la diplomatie européenne Federica Mogherini et le président uruguayen Tabare Vazquez.

L’UE et huit de ses États membres (Allemagne, Espagne, France, Italie, Portugal, Pays-Bas, Royaume-Uni et Suède) en font partie, ainsi que la Bolivie, le Costa Rica, l’Équateur et l’Uruguay pour les pays d’Amérique latine.

Donc, pour ne pas se salir les mains, les Etats-Unis refilent le bébé à l’UE, qui va être en charge de s’occuper de la finalisation du coup d’Etat. En plus, pour revenir à la question de la « volonté populaire », ce fameux Groupe ne va pas se réunir au Venezuela, où il pourrait notamment discuter avec la population. Non. Il va se réunir dans un autre pays … en Uruguay. Aucun effort n’est fait, ne serait-ce que pour protéger les apparences. Le but est de placer le pays sous tutelle, il y a trop de ressources naturelles, l’on ne plaisante pas avec ça. En matière de transparence et de crédibilité, on ne fait pas mieux …

Dans ce chaos mal odorant, reste la Russie, droite dans ses bottes. Rappelant que le Venezuela n’est pas une question internationale à discuter au Conseil de sécurité de l’ONU, mais un problème intérieur – sauf à considérer l’intervention du clan atlantiste. Que dans ce cas, la Russie pourrait aussi soulever la question des Gilets Jaunes en France … mais (dommage) elle ne le fera pas. Voir ici les paroles du représentant de la Russie, Nebenzia :

La crise vénézuélienne est caractéristique non pas d’une crise socio-politique dans ce pays, mais de la crise du système idéologique globaliste et atlantiste qui se joue aujourd’hui. Le décalage entre les objectifs des élites et les aspirations des peuples atteint un tel niveau, que l’institution des élections, comme modalité légitime d’accession au pouvoir de dirigeants (mêmes factices), devient inefficace, puisqu’elle ne permet plus de maîtriser la prévisibilité du résultat. Par ailleurs, une fois en place, le mécontentement populaire gonfle et met en péril les représentants de ces systèmes, qui ne sont plus rééligibles, mais doivent être sacrifiés à chaque tour. Ce qui met en danger le système idéologique lui-même – la pénurie de cadres éligibles se préparant. Les élections, comme mécanismes de légitimité intérieure (ce qui fait la démocratie), doivent donc être remplacées par des mécanismes de légitimité extérieure (comme dans le cas de l’Ukraine ou du Venezuela), permettant un contrôle total des résultats, pour ensuite être importés dans les autres pays. Et l’UE devient le bras armé de ce système anti-démocratique.

En ce sens, le conflit avec la Russie ne peut que s’intensifier, car en protégeant de toutes ses forces le système électoral, les autorités russes s’opposent frontalement au mouvement de radicalisation de la gouvernance atlantiste que nous observons. Or, ce système idéologique ne peut plus se permettre même l’illusion électorale, il doit maîtriser et contrôler les peuples et les paroles. Ce que nous voyons parfaitement se profiler en France avec la farce électorale qui a conduit Macron à l’Elysée et les dernières évolutions législatives liberticides et anti-nationales.

 

 

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Source : Russie Politics
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About : Ginette Hess Skandrani

Écologiste, membre co-fondatrice des Verts, présidente de "La Pierre et l'Olivier" réseau de solidarité avec le peuple de Palestine, Co-fondatrice de la commission d'enquête non gouvernementale sur la vérité en Libye,