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7 août 2020

Les luttes contre le colonialisme français dans la Caraïbe et la dette de la France »


 

Contribution du CNCP de Martinique

 

 

 

Bonjour à toutes et à tous

 

En premier lieu, nous allons rappeler l’importance qu’ont pour la France, ses colonies encore sous domination directe. C’est un document publié par le Secrétariat général de la défense et de la sécurité nationale, dont le titre est : « La France face aux évolutions du contexte international et stratégique » qui le rappelle : je cite, « Les départements et collectivités d’Outre-mer donnent à la France une surface mondiale de première importance (11 millions de kilomètres carrés de zone économique exclusive, au deuxième rang derrière les Etats-Unis) et une présence dans trois zones stratégiques du globe, Pacifique, Amériques, Océan Indien« . C’est bien une réalité. Toutefois, nous le savons, cette puissance dont se vante la France est en train de vaciller. D’une part, sa présence est vivement contestée en Afrique et, d’autre part, elle résiste de plus en plus difficilement en Asie et dans le Pacifique, à la montée en puissance de la Chine et des autres pays émergents de la région.

Je reviens au texte du Secrétariat Général à la Défense que je citais en introduction. Il dit ceci : « La zone Antilles-Guyane est d’une importance stratégique essentielle avec le Centre spatial guyanais de Kourou, « port spatial de l’Europe ». Concernant la Guyane, dont la superficie est à peu près égale à celle du Portugal, on peut noter aussi que ce territoire possède un formidable potentiel, encore inexploité, en particulier sur le plan minier (or) et agricole. Sur ce dernier point, seuls 0,3 % des surfaces sont utilisées. En outre, des recherches ont attesté de la présence de grandes quantités de pétrole au large des côtes guyanaises, dont l’exploitation devrait démarrer dans une dizaine d’années. »

Un dernier extrait significatif mérite d’être cité : « Le maintien de la sécurité dans la zone caraïbe est indispensable pour éviter la constitution de zones de non-droit en partie dues aux grands cartels de la drogue. La présence de nombreux ressortissants français et européens impose de disposer en outre de moyens de protection et d’évacuation rapides en cas de crise« . Il est donc très clair que, pour la France, maintenir sa domination sur ses colonies dans notre région est devenu un enjeu de la plus haute importance.

Mais, notre région caraïbe étant devenu un enjeu stratégique capital pour l’ensemble des pays impérialistes occidentaux, ce sont les intérêts collectifs de ceux-ci que la France coloniale y défend. Nous pouvons prendre en exemple la question du commerce mondial.

Aujourd’hui, avec l’ouverture de la troisième écluse du canal de Panama et le projet du canal inter-océanique du Nicaragua, la Grande Caraïbe se retrouve au cœur de l’économie maritime. Les navires venus d’Asie pourront atteindre en nombre la façade atlantique de l’Europe et les côtes africaines.

Il est vital pour la France et l’Union Européenne de bien se positionner pour prendre leur part dans le contrôle de ce commerce. A cet égard, nos pays leur sont indispensables pour renforcer leur domination coloniale et néo-coloniale sur l’ensemble de la région et en tant que plate-forme pour développer leur stratégie de pénétration sur le plan économique.

Les colonies de la France dans la caraïbe lui servent de base pour la pénétration de sa propagande idéologique, de vitrine pour la vente de ses équipements, de cheval de Troie pour faire sa loi dans les institutions caribéennes et surtout de tête de pont militaire pour préparer ses agressions. Faut-il rappeler que les manœuvres avec l’armée Etats-unienne sont régulières, que la Martinique a servi de relais lors de l’invasion de Grenade ou de la guerre des Malouines ?

Ce n’est pas un hasard si, lors de la dernière provocation des navires états-uniens à proximité du Venezuela, la France, les Pays Bas et la Grande Bretagne avaient parallèlement envoyé des bâtiments militaires dans leurs colonies, soi-disant pour aider à la lutte contre le coronavirus !

Ainsi, la lutte de nos peuples contre le colonialisme dans notre région doit forcément prendre en compte ce contexte mondial dans lequel les pays impérialistes bafouent ouvertement le droit international avec leurs lois extra-territoriales, leurs sanctions illégales, leur dit « devoir d’ingérence humanitaire ». Un contexte dans lequel leurs gouvernements multiplient les lois liberticides, instrumentalisent la justice et abusent des violences policière

Dans les faits, c’est une guerre frontale entre les deux mondes qui se déroule sous nos yeux.

Notre région a toujours été marquée par la résistance des peuples. Il n’est pas nécessaire de rappeler aux militants et militantes qui participent à cet échange la longue liste des luttes menées par les premiers habitants de notre région, par les africains qui y ont été esclavagisés, et par l’ensemble de nos peuples depuis les débuts de la colonisation et jusqu’à ce jour. Ces dernières années les mobilisations se sont intensifiées pour dénoncer les saccages des politiques ultralibérales et de la corruption, à Saint Domingue, en Haïti, à Porto-Rico et ailleurs. Le Peuple Cubain et le Peuple Vénézuélien continuent à résister avec vaillances aux menées agressives de l’impérialisme Etatsunien et de ses complices. Les conditions de la lutte sont dures, mais nous sommes convaincus que les luttes populaires seront victorieuses. Tant au plan international qu’au plan national, les conditions objectives et subjectives sont de mieux en mieux réunies pour qu’elles s’intensifient.

En Martinique, depuis deux ans, les luttes populaires ont connu un fort développement. Des comités d’usagers très actifs se mobilisent régulièrement contre la pression fiscale, les coupures à répétition qui touchent la distribution de l’eau. Mais surtout, une frange de la jeunesse radicalisée multiplie les actions de résistance. Près d’un millier d’entre eux sont aller libérer des plages privatisées par des privilégiés. Rejoints par de nombreux militants, ils ont organisé pendant plusieurs semaines, le boycott de centre commerciaux appartenant aux responsables de l’empoisonnement au chlordécone de 92 % de la population martiniquaise en exigeant qu’ils soient poursuivis et condamnés à réparation du crime. Ce sont eux aussi qui se sont mobilisés pour obliger les autorités françaises à contrôler les touristes qui introduisaient le covid 19 dans notre pays.

Dimanche dernier encore, une centaine de militants a procédé au déboulonnage des statues de l’impératrice Joséphine et du flibustier Desnambuc qui est à l’origine de a colonisation de notre île. La tête de ce dernier a été jetée dans la cour de la préfecture française. Le lendemain, lundi, une partie de la population de la commune de Diamant est descendu porter plainte contre des français ayant publié des propos racistes à notre égard et appelant à la violence contre des Martiniquais. Ils ont contraint les gendarmes à aller arrêter les individus en question. Il faut dire que dans au moins trois communes les français se sont regroupés dans des quartiers où ils cultivent un comportement ségrégationnisme. Certains d’entre eux n’hésitent pas à taguer le sigle du Klu Klux Klan sur les murs pendant la nuit.

Face à toutes les mobilisations, l’état colonial français répond par des violences démesurées, des rafles chez les militants, des séries de procès sans fondement. Mais, chaque fois les mobilisations deviennent plus fortes. C’est dire que la situation devient explosive.

Il faut noter avec satisfaction que dans cette dynamique de lutte, d’une part, la jonction entre la jeunesse et les anciens militants se renforce et, d’autre part, la solidarité et la coordination avec les militants de Guadeloupe, de Guyane et même de la Réunion devient effective.

Ceci dit, il est important de le signaler, la France défendra ses intérêts bec et ongles, les récents événements le montrent. La confrontation deviendra de plus en plus dure. C’est pour cela que nous estimons que la solidarité entre les Peuple caribéen est plus indispensable que jamais.

Pour terminer je dirai quelques mots sur la question des dettes illégitimes. Notre situation de colonie directe nous place dans une situation particulière. Les chiffres nous concernant sont intégrés aux « comptes de la nation » française. Ce qui n’empêche pas que nous soyons soumis au même pillage. Juste un chiffre pour l’illustrer : le déficit de notre balance commerciale avoisine les 2 milliards d’euros.

Il n’empêche que la conscientisation de notre peuple concernant le problème du pillage par le biais des dettes illégitimes reste indispensable à la compréhension de la mécanique impérialiste et à l’élaboration d’un projet de développement alternatif. Nous nous engageons donc à soutenir la campagne « la vida antes de la deuda »

Merci de votre écoute

 

 

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About : Ginette Hess Skandrani

Écologiste, membre co-fondatrice des Verts, présidente de "La Pierre et l'Olivier" réseau de solidarité avec le peuple de Palestine, Co-fondatrice de la commission d'enquête non gouvernementale sur la vérité en Libye,