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17 septembre 2021

Réponse d’une citoyenne tunisienne à Öznur Küçüker et aux autres: Ce qui s’est passé en Tunisie le 25 juillet 2021 n’est pas un coup d’Etat .


INSTITUT TUNISIEN DES RELATIONS INTERNATIONALES

Par Zohra Credy

De nombreux amis m’ont écrit ces derniers jours d’Algérie, du Liban, d’Europe et du Canada pour avoir des précisions sur ce qui se passe en Tunisie et sur mon point de vue. Le papier de mon amie Zohra Credy que je fais mien leur répond a tous.

Ahmed Manai

On peut à la limite comprendre la logique qui anime le journaliste turc soucieux  des intérêts de son pays , mais on ne saurait admettre ses falsifications de la vérité 

Ce qui s’est passé en Tunisie le 25 juillet 2021 n’est pas un coup d’Etat comme l’affirme notre journaliste turc, mais un redressement entrepris sur la base de l’article 80 de la Constitution.

Pourquoi parle-t-on de coup d’État alors que cet article existe bel et bien dans la Constitution adoptée par la majorité islamiste en 2014 et confère au président de la république le droit d’agir en « cas de péril imminent menaçant les institutions de la nation, la sécurité et l’indépendance du pays et entravant le fonctionnement régulier des pouvoirs publics, le président de la République peut prendre les mesures nécessitées par cette situation exceptionnelle… ».

Le président a peut-être fait une lecture élargie de cet article eu égard aux graves problèmes qui traversent la société Tunisienne mais son action n’est ni illégitime, ni illégale.  On peut discuter de la loi, de l’esprit de la loi comme de la légalité et de la légitimité de certaines mesures indéfiniment, mais ce qui est irréfutable c’est la constitutionnalité de sa décision. Devant une situation explosive qui oppose une rue déterminée à en finir avec le régime en place et les menaces des islamistes de lâcher leurs troupes contre les manifestants, le président, garant de la sécurité nationale, se devait d’agir pour éviter à la Tunisie de sombrer dans le chaos. Prétendre comme certains que les mesures prises par le président conduisent la Tunisie vers l’inconnu n’est en aucun cas pertinent.

Trahi, floué et désespéré par la gestion islamiste qui a conduit le pays à une crise multiforme : politique, institutionnelle, économique, sociale, sanitaire et surtout morale, le peuple tunisien est sorti le 25 juillet pour exiger le départ de la mafia au pouvoir, la dissolution du parlement et ceci malgré la canicule, le confinement et toutes les mesures prises pour empêcher son déplacement. Le seul mot d’ordre des manifestants était la « restauration de la république ».

Le peuple tunisien enthousiaste après la révolution du « printemps arabe » qui a suscité beaucoup d’espoir et d’espérance s’est rendu compte au fil des années que ce printemps a changé les acteurs et non le régime. À la dictature du parti unique s’est substituée celle d’une coalition sous l’égide des islamistes.

Depuis son accession à la présidence du Parlement en 2019 grâce à un marché douteux conclu avec son principal rival, Nabil KAROUI, le frère musulman Ghannouchi s’est érigé en potentat. Il a confisqué la démocratie en privant souvent les députés de l’opposition de leur droit de parole et de vote en adoptant des lois sans que l’opposition en soit informée ou les ait reçues à l’avance pour les étudier. La majorité dominée par les islamistes va jusqu’à faire passer des lois sans que le quorum ne soit atteint ou en dehors des séances plénières et en l’absence des députés de l’opposition (voir à ce sujet les multiples déclarations de l’opposition et notamment les vidéos de la députée du PDL, Abir Moussi, qui a souvent dénoncé ce dysfonctionnement de la démocratie en direct du palais du Bardo).

Indéniablement, ces pratiques portent atteinte au fondement même de la démocratie en privant les élus du peuple de leurs droits fondamentaux et constitutionnels.

Sous la présidence de Rached Ghannouchi, le parlement est devenu un cirque. Le peuple tunisien est horrifié et indigné par les scènes de violences verbales et physiques quasi permanentes des représentants du parti salafiste, al-Karama, principal allié du mouvement Ennahdha, envers les députés de l’opposition. Aucune sanction n’est prise contre les députés contrevenants au règlement intérieur, de même qu’aucune immunité n’est levée aux députés convoqués par la justice pour des affaires pénales. En un mot, le Parlement, une institution essentielle du fonctionnement démocratique, est devenu un refuge pour le terrorisme, la corruption et les passe-droits.

Si la démocratie est en péril en Tunisie, ce n’est pas en raison des mesures exceptionnelles prises par le président Kaïs Saïed, c’est plutôt à cause de la politique des frères musulmans qui ont cherché depuis 2011 à contrôler tous les rouages de l’État et à faire du pouvoir une finalité en soi et de l’immoralité politique une norme.

En effet, la justice censée être indépendante dans un système démocratique est totalement sous l’emprise des islamistes. Nous ne citerons pas les multiples dysfonctionnements de procédures et les multiples irrégularités signalés par le comité de défense des affaires des deux martyrs Chokri Belaid et Mohammed Brahmi depuis plus de 8 ans. De même, nous n’évoquerons ni l’implication de personnes proches du courant islamo-terroriste dans ces assassinats politiques, ni leur protection par des procureurs et des juges aux ordres du mouvement islamiste. Nous allons juste citer le cas le plus probant, celui de Béchir Akremi, un membre du parti Ennahdha, protégé de Nourredine Bhiri, ex-ministre de la justice et membre du conseil de la Choura, devenu procureur de la république. Selon le rapport du Haut comité de contrôle du ministère de la justice Béchir Akremi a omis sciemment d’inscrire plus de 6000 dossiers parvenus à son bureau de personnes impliquées dans le terrorisme. Autrement dit ce procureur islamiste selon une enquête menée par le ministère de la justice, protège depuis de longues années des citoyens liés aux réseaux terroristes et qui représentent une menace pour la sécurité nationale.

D’ailleurs, c’est ce même Béchir Akremi, président de la 13ème chambre qui aurait libéré les 3 terroristes qui ont perpétré l’attentat du Musée du Bardo qui a fait plusieurs victimes parmi les touristes en 2013. Ceci a totalement ruiné le secteur touristique clef de voûte de l’économie tunisienne, la Tunisie ayant été classée après cet attentat comme pays à haut risque par les tours opérateurs.

Sans la mobilisation du comité des avocats de défense des martyrs Chokri Belaid et Mohamed Brahmi, ce rapport aurait été classé et l’affaire Béchir Akremi étouffée.

Le plus grave c’est que Bechir Akremi n’est pas un cas isolé, d’autres députés de la majorité islamiste ont bafoué la justice et ont porté atteinte aux fondements de l’État de droit. Amina Zoghlami et Seifeddine Makhlouf s’en sont pris aux officiers des services de sécurités de la police et de la douane de l’aéroport de Tunis-Carthage en usant abusivement de leur immunité parlementaire pour faire prendre l’avion à des personnes interdites de quitter le territoire pour implication dans des affaires de terrorisme par la justice.

Ces atteintes aux institutions de l’État sont devenues légion. Dernièrement, la Tunisie a été secouée par le scandale d’un terroriste notoire, membre important de Daesh, expulsé de Turquie et qui a pu, à son arrivée, quitter l’aéroport de Tunis-Carthage sans être inquiété en bénéficiant de la couverture des islamistes et de Rached Ghannouchi en personne selon la presse tunisienne, au détriment de la loi anti-terrorisme.

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Tous ces dysfonctionnements ajoutés à l’institutionnalisation de la corruption et au pillage des sociétés nationales et des richesses du pays par cette mafia au pouvoir qui a conduit le pays à la ruine eu égard au taux d’endettement, de croissance, de chômage et de l’inflation, justifient largement le redressement décidé par le président Kaïs Saïed qui n’a nullement l’intention d’accaparer le pouvoir et que le peuple tunisien vigilant ne laissera pas faire.

C’est un drôle de paradoxe que d’entendre les islamistes protecteurs du terrorisme condamner les décisions du président Kaïs Saïed en se présentant comme les garants de la démocratie et de la révolution. Une démocratie qu’il n’ont cessé de détourner et une révolution qu’ils ont fourvoyée. Comment peut-on prétendre être le bouclier de la révolution comme ne cessent de le répéter les frères musulmans qui accusent Kaïs Saied de vouloir instaurer une dictature quand on parraine le terrorisme islamiste radical et son projet passéiste ?

Certes, les mesures prises par Kaïs Saïed sont un coup dur pour les Nahdhaouis et leurs alliés frères musulmans, notamment les turcs. Ils sont les principaux perdants car ils ont vu grâce aux islamistes tunisiens leurs intérêts économiques prospérer et leurs intérêts stratégiques se consolider. Mais dans ce rapprochement avec la Turquie, la Tunisie et le peuple tunisien ne sont pas les bénéficiaires. La balance commerciale qui était équilibrée avant l’arrivée au pouvoir des islamistes en 2010 est devenue déficitaire. Les échanges qui étaient de l’ordre de 200 millions de dollars en 2010 sont passés à plus de 4 milliards de dollars en 2019 avec 94 % d’importation de produits turcs contre seulement 4% d’exportation de produits tunisiens. Depuis 2012, plus de 90 nouveaux produits turcs ont été ajoutés à la liste des importations. La Turquie assure aussi un contrôle sur l’économie tunisienne via les caisses d’investissements qui ont bénéficié de larges avantages et privilèges grâce à la complicité du pouvoir islamiste.

Sur le plan stratégique l’intervention de la Turquie en Libye a été soutenue par les islamistes tunisiens qui ont fait de la Tunisie une base arrière pour la Turquie, qui envisagerait d’établir une base militaire au sud tunisien, tout en sachant que le président n’y est pas favorable.

Pour toutes ces raisons, les turcs à l’instar de notre journaliste ont très mal accueilli les décisions du président. La mise à l’écart des islamistes perturbe largement la politique expansionniste d’Erdogan.

Pour légitimer leur ingérence dans la politique intérieure tunisienne pour sauvegarder   leur intérêt, les turcs usent de la même propagande mensongère comme ils l’ont fait en Syrie en se cachant derrière la fausse bannière de la démocratie tout en soutenant les hordes terroristes sanguinaires d’Al-Qaida et de Daesh.

En Tunisie, Erdogan soutient ceux qui comme lui pensent que la démocratie n’est qu’un tremplin pour le projet islamiste passéiste d’autant plus qu’ils servent docilement son projet de califat ottoman.

Dire que le président Kaïs Saïed a coordonné son action avec des puissances étrangères me semble totalement inexact au vu des réactions des puissances occidentales, la Chine et la Russie n’étant pas très influentes ou présentes en Tunisie.

L’Occident qui n’a pas de politique arabe mais une politique sioniste à appliquer dans le monde arabe comme l’avait dit le feu président Hafedh Assad, ne peut objectivement soutenir les décisions de Kaïs Saïed dont la politique est hostile aux sionistes. Au contraire, l’Occident ne peut que soutenir les islamistes qui se sont opposés à deux reprises à un projet de loi de criminalisation de la normalisation avec l’ennemi sioniste. Objectivement, ce sont les islamistes qui servent le projet sionisto-impérialiste en Syrie, en Libye et ailleurs. Faut-il rappeler que c’est sous le gouvernement islamiste que la Tunisie a accueilli la conférence des « Amis de la Syrie » en 2011 et que la Tunisie des islamistes a envoyé plus de 12 000 terroristes pour servir de mercenaires à la guerre sionisto-impérialiste contre l’État syrien.

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Le communiqué des USA et de la France appelant au dégel des activités du parlement constitue une preuve de ce que l’on avance.

Le peuple tunisien n’acceptera pas de retour en arrière, il veut en finir avec le régime issu du « printemps arabe » américain qui change les dirigeants en maintenant le régime, la corruption et l’immoralité politique.

Le peuple tunisien veut la restauration de l’Etat  et  un nouveau  régime dont le crédo serait  « la politique au service du peuple et de la patrie ».

Zohra Credy co- auteure

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