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27 janvier 2023

“L’Algérie s’est muée en médecin urgentiste investi d’une mission de réanimation du Monde arabe“


René Naba

Déc 6

RENÉ NABA — Ce texte est publié en partenariat avec www.madaniya.info.

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Interview de René Naba au journal Al Moujahid propos recueillis par Yasmina Houmad

L’Algérie s’est mue en médecin urgentiste investi d’une mission de réanimation du Monde arabe moribond, tant l’urgence d’une concertation inter-arabe s’imposait face au basculement géo stratégique de la planète, consécutif à défaite américaine en Afghanistan et la guerre d’Ukraine.

La présence du Hamas à Alger a voulu gommer dans l’opinion arabe l’image d’une caution du mouvement islamiste palestinien à la normalisation maroco-israélienne, telle qu’elle s’est dégagée de la visite d’Ismail Haniyeh à Rabat, en 2021, en soutien au premier ministre islamiste signataire de l’accord de normalisation.

Il est particulièrement impropre de parler de normalisation. Il s’agit en fait d’une officialisation de relations clandestines et souterraines engagées depuis des décennies entre les pays arabes et l’état hébreu.


L’Algérie accueille le 31e Sommet de la Ligue arabe les 1er et 2 novembre 2022. Un sommet qu’Alger veut «rassembleur». La symbolique de la date du Sommet, le lieu et période du dialogue, la présence des chefs d’État arabes, sont ils les ingrédients d’une opération diplomatique exceptionnelle ? Quel sera selon vous la particularité de ce Sommet?

Réponse René Naba : L’Algérie a délivré au monde arabe, au-delà à l’Occident, une “leçon de choses” diplomatique, une démonstration de son savoir-faire diplomatique légendaire, qui s’est déjà manifesté avec la suspension de l’adhésion d’Israël à l’Union africaine.

Primo : De concert avec Damas, l’Algérie a été dédouanée de l’absence de la Syrie à ce sommet. L’Algérie n’aurait en aucun cas accepté d’abriter un sommet arabe en l’absence de la Syrie, fidèle en cela… à sa fidélité à ses engagements internationaux, particulièrement envers un pays qui fut le partenaire de l’Algérie dans sa guerre d’indépendance.

NDLR : Le drapeau syrien a néanmoins flotté sur le site de la conférence tout au long des deux jours du sommet, comme pour signifier la volonté de l’Algérie de signifier sa détermination à réintégrer au sein du giron arabe, la Syrie, pays refuge de l’Émir Abdel Kader Al Jazairi, un des arabes pays arabes avec Le Liban à n’avoir pas pactisé avec l’état hébreu..

Deuxio : Dans un message subliminal au monde arabe, l’Algérie a néanmoins invité à ce sommet le Maroc, un pays voisin avec lequel elle est en conflit ouvert. Preuve de son ouverture d’esprit et de son refus de l’ostracisme.

Pour ce sommet, l’Algérie s’est mue en médecin urgentiste investi d’une mission de réanimation du Monde arabe moribond, tant l’urgence d’une concertation inter-arabe s’imposait face au basculement géo stratégique de la planète, consécutif à la défaite américaine en Afghanistan et la guerre d’Ukraine.

Le Parlement arabe (PA) s’est dit convaincu que le prochain Sommet arabe d’Alger sera “exceptionnel”, et verra l’unification des rangs arabes. Peut-on dire que l’Algérie a réussi le challenge de la réunification des rangs entre les pays arabes et la mise en branle du processus de réconciliation pour dépasser les divisions qui frappent de plein fouet l’OLP ?

Réponse RN : L’Histoire seule dira si ce sommet sera exceptionnel. Il sera jugé sur ses résultats. Il est contre productif de faire supporter à ce sommet plus de poids qu’il ne peut assumer tant la décomposition du Monde arabe est manifeste. Avec le concours plus ou moins actif des pays arabes, l’Algérie a dressé le constat médical du monde arabe, l’a placé en soins intensifs en attendant sa convalescence.

L’Égypte, pâle figure diplomatique arabe depuis sa conclusion d’un traité de paix avec Israël, est davantage préoccupée de stabiliser, en accord avec l’Algérie, la situation en Libye, pays frontalier des deux pays, et de trouver une issue au lancinant problème du barrage éthiopien sur le NIL, une solution qu’il espère trouver grâce à l’entremise de l’Algérie au sein de l’Union Africaine.

Le Liban sera représenté par un premier ministre exsangue, Najib Mikati, en l’absence des deux protagonistes d’un bras de fer victorieux diplomatico-militaire contre l’État Hébreu visant à la délimitation de ses frontières maritimes: Le président Michel Aoun, en fin de mandat et le Hezbollah libanais, la bête noire d’Israël, des pays occidentaux et des pétromonarchies du Golfe.

Sans compter l’absence de la Syrie, un pays du champ de bataille, le ravitailleur de l’armement stratégique du Hezbollah Libanais, enfin du Yémen, qui tient tête via les Houthistes à une coalition pétro monarchique-atlantiste, en un mot l’absence de la frange arabe combative et combattante…

Bref, le décompte des absents et des figurants pourrait atténuer quelque peu le caractère exceptionnel de ce sommet;

Le 13 octobre au Palais des nations, le président de la République, M. Abdelmadjid Tebboune affichait un large sourire aux côtés des responsables des factions palestiniennes signataires de « la Déclaration d’Alger». Est-ce le retour de l’âge d’or de la diplomatie algérienne ? 

Réponse René Naba : Il importe de le proclamer haut et fort: L’Algérie n’a jamais, bien jamais- instrumentalisé la cause palestinienne, ni en se drapant du titre de gardien des lieux Saints de l’Islam ou de celui du président du comité Al Qods. La solidarité a été sans faille avec les Palestiniens, «oppresseurs qu’ils soient ou opprimés, (Zaliman Kana Aww Mazloum). Nul pays au Monde n’a professé pareille profession de foi et s’en est strictement tenu à le respecter. Il importait d’en donner acte à l’Algérie.

Cela dit, la réconciliation inter-palestinienne sous l’égide de l’Algérie est précaire, en raison des profondes divisions qui minent le mouvement national palestinien. L’Algérie n’en est pas dupe. Mais en procédant à une réconciliation, même temporaire entre les Palestiniens, l’Algérie a voulu suggérer un mode opératoire aussi bien aux Palestiniens qu’aux Arabes: l’unité des factions combattantes est le seul chemin qui peut mener à la victoire.

Au delà, la présence du Hamas à Alger était destinée à gommer dans l’opinion arabe l’image du mouvement islamiste palestinien cautionnant le premier ministre islamiste marocain, image qui s’était forgée lors de la visite d’Ismail Haniyeh à Rabat, en 2021, volant au secours de son collègue islamiste marocain en mauvaise posture après avoir signé l’accord de normalisation, au nom du Roi, le commandeur des croyants……En service commande en somme en substitution du “commandeur des croyants”.

A ce propos il est particulièrement impropre de parler de normalisation. Il s’agit en fait d’une officialisation de relations clandestines et souterraines engagées depuis des décennies entre les pays arabes et l’état hébreu.

Le Hamas à Alger a constitué l’antichambre de la visite d’une délégation du Hamas en Syrie une semaine plus tard, scellant ainsi officiellement une réconciliation entre le Syrie et le Hamas après onze ans de brouille, consécutive à la défection du mouvement islamiste palestinien du champ de bataille. Alger a ainsi servi de sas de décompression à la réconciliation Hamas-Syrie, œuvre du Hezbollah Libanais.

Que pensez-vous des tentatives de parasitage du sommet arabe d’Alger, l’accusation concernant la présence de la République sahraouie à Alger, les manquements protocolaires envers le ministre marocain des Affaires étrangères Nasser Bourrita ?

Réponse René Naba : Cela relève du jeu classique des chancelleries pour camoufler un embarras. Du bruitage médiatique pour masquer un inconfort diplomatique. Le Maroc sera présent, tout comme d’autres pays normalisateurs avec Israël.

Mais au final, l’image qui restera de ce sommet est celle d’un président Abdelmadjid Tebboune trônant parmi ses pairs dont près de la moitié voulait exclure l’Algérie de la Ligue arabe pour s’être opposé à l’exclusion de la Syrie de l’organisation pan arabe.

Tous les principaux protagonistes de cette séquence sont passés à la trappe de l’Histoire: Hamad Ben Jassem (Qatar), Nicolas Sarkozy (France), David Cameron ( Royaume Uni), Bandar Ben Sultan (Arabie saoudite)……alors que l’Algérie est promue au rang de pays hôte du sommet arabe et président en exercice de la Ligue pour un an.

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